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Il faut construire un consensus social | Le Devoir

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Il faut construire un consensus social

Marguerite Mendell, professeure titulaire à l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia et directrice de l’équipe de recherche sur l’économie sociale de cette université.

Le Québec possède une expertise unique en matière d’innovation sociale, constate Marguerite Mendell, professeure titulaire à l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia et directrice de l’équipe de recherche sur l’économie sociale de cette université. C’est en outre une économiste de renommée internationale dont l’expertise est réclamée à travers le monde.

Depuis des décennies, Mme Mendell étudie les différents modèles économiques et elle se réjouit de celui qu’on a mis en pratique au Québec. «Je voyage un peu partout, dit-elle, mais pas pour dire que tout ce qu’on fait ici est merveilleux, ni pour dire qu’on a les réponses à toutes les questions. Non! Mais nous avons une façon particulière de dialoguer et de se concerter qui est précieuse… puisque ça marche!»

Le bon et le mauvais modèle économique

Étudiante dans les années 1970-1980, Marguerite Mendell a eu la chance, comme elle le raconte elle-même, de s’être fait enseigner les différentes théories économiques. «J’ai été privilégiée d’étudier la science économique à une époque où on enseignait les diverses écoles théoriques, les différents modèles et également le contexte dans lequel ceux-ci ont été élaborés.»

C’est ainsi qu’elle a étudié le keynésianisme, le marxisme, le néoclassicisme, etc. « Je pense que j’ai fait partie de la dernière génération d’économistes à qui on a enseigné tout cela», se désole-t-elle, alors qu’aujourd’hui il n’y a place que pour un modèle : l’économie de marché (le néolibéralisme). De surcroît, ce modèle est une perversion du néoclassicisme. «Il s’agit d’un modèle à pensée unique, dit-elle, une idéologie centrée sur l’individu où on oublie qu’il y a d’autres modèles, dont des modèles coopératifs et des modèles où l’État joue un rôle.»

En outre, l’économie de marché — qui devrait s’autoréguler, dit-on — est, pour l’économiste, «une perversion», pour ne pas dire une chimère. À preuve, les innombrables impacts négatifs qu’on observe dans les sociétés qui reposent essentiellement sur l’autorégulation du libre marché (notamment aux États-Unis). Et ce qui étonne le plus Mme Mendel, c’est que, peu importe les échecs répétés un peu partout à travers le monde avec ce modèle, on n’en continue pas moins de vanter ses mérites !

En pratique, Marguerite Mendell constate que le meilleur modèle est celui de l’économie plurielle. «Il y a des activités économiques où le secteur privé est la meilleure formule, dit-elle. Mais il y a aussi des activités où l’État est préférable et d’autres où le milieu communautaire est mieux placé. Et il est souvent préférable d’avoir une combinaison des deux ou des trois secteurs.»

« Il faut, à coup sûr, que l’État intervienne en économie pour établir les priorités et pour réguler les marchés, poursuit-elle. Il faut aussi un secteur communautaire fort, de même qu’un secteur privé en bonne santé. Les trois sont nécessaires, puisqu’ils sont souvent complémentaires les uns par rapport aux autres.»

De surcroît, il faut tendre vers un système économique où existe un consensus social, une économie où les divers acteurs (le patronat, les syndicats, le milieu communautaire, les politiques, etc.) se parlent, échangent entre eux et se concertent. C’est même, pour elle, la formule gagnante — celle, justement, qu’on a développée au Québec ces dernières décennies.

« Mon Québec, que je ne reconnais plus ! »

Or, rapporte la professeure à l’École des affaires publiques et communautaires, c’était le modèle économique qu’on appliquait jusqu’à tout récemment. «Ce que je trouve vraiment particulier, dit-elle, c’est la façon selon laquelle on a cette capacité de dialoguer, de se rassembler autour d’une table, de négocier, de travailler ensemble — même si on n’aboutit pas toujours à un résultat acceptable pour tous. On fonctionnait selon un processus de concertation.»

Par conséquent, Mme Mendell n’en revient tout simplement pas de voir la façon dont le gouvernement Couillard procède en ce moment, en brisant le consensus social québécois. «Je n’ai pas de mots pour décrire ce qui se passe, déclare-t-elle. Bien sûr, on fait face à d’importants défis [budgétaires],poursuit-elle, mais là, ce que fait le gouvernement, il ne nous l’avait jamais annoncé en campagne électorale. Alors donc, pourquoi arrive-t-il avec un marteau en disant qu’il faut à peu près tout démolir?!»

Cette économiste chevronnée rejette, par conséquent, la stratégie qui consiste à dire que, pour parvenir à une responsabilité fiscale, il faut rationaliser, fermer, transformer, fusionner…

En réalité, le gouvernement Couillard cherche avant tout à réduire la taille et le rôle de l’État, sous le prétexte d’atteindre l’équilibre budgétaire. Il n’a pourtant jamais annoncé ses intentions durant la campagne électorale. «Le gouvernement nous dit qu’il faut faire un grand effort pour la prochaine année et que, par la suite, tout ira mieux… Mais non, ça ne se passera pas comme ça!», déclare Mme Mendell.

«Pour moi, ce n’est pas mon Québec, poursuit-elle. Je ne le reconnais pas!» Selon Mme Mendell, il serait essentiel de construire un consensus social, car, «autrement, tout le monde y perdra».

Heureusement qu’il y a les jeunes…

Par contre, Marguerite Mendell se dit inspirée par la nouvelle génération. «Il y a énormément de jeunes qui cherchent un autre modèle, observe-t-elle, une façon de réinsérer l’économie dans la société afin que la finance devienne un outil, un instrument, et non une fin en soi.»

Elle voit ainsi quantité de jeunes inspirés par l’économie sociale au Québec. «On a maintenant énormément de jeunes qui s’intéressent, partout à travers le monde, à l’entrepreneuriat social, dit-elle. Et nous, à Concordia — comme dans bien d’autres universités — nous travaillons avec ceux et celles qui cherchent à faire les choses autrement.»

Il y aurait donc de l’espoir.

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