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Pourquoi il faut en finir avec le capitalisme

Une excellente analyse à lire!

http://www.concoursphilosopher.com/pourquoi-il-faut-en-finir-avec-le-capitalisme/

Pourquoi il faut en finir avec le capitalisme

Par Simon Tremblay-Pepin, chercheur à l’IRIS

Simon Tremblay-Pepin

Simon Tremblay-Pepin

Le mouvement Occupy Wall Street, celui des Indignados en Espagne et la mobilisation étudiante de 2012 au Québec sont, chacun à leur façon, des exemples de remises en question du capitalisme. Ce texte parvient également à la conclusion, après évaluation, que le capitalisme doit être remisé au profit de nouvelles avenues. Après avoir établi la nécessité de critères pour juger du capitalisme, je considère son efficacité (déficiente) de l’angle de la production, de la consommation, de la répartition des ressources et de la viabilité écologique.

Juger le capitalisme est complexe pour deux raisons. Tout d’abord, ce système économique se confond avec l’ensemble de notre société : il façonne notre mode de vie, nos pensées, nos interactions et notre identité. Ensuite, nous ne connaissons pas d’autres systèmes économiques attrayants qui ont été implantés dans toute une société. Une évaluation comparative du capitalisme exigerait donc de périlleuses comparaisons historiques. Malgré ces deux difficultés majeures pour poser un jugement réfléchi sur le capitalisme, il est possible d’en mesurer l’efficacité en le comparant à la conception théorique de ce que devrait permettre un système économique.

En l’absence d’autres systèmes économiques avec lesquels comparer le capitalisme, il est possible de comparer sa réalité concrète à des objectifs théoriques que nous souhaiterions qu’un système économique atteigne. En effet, dans l’objectif de répondre aux besoins des êtres humains, l’économie doit permettre de (1) produire des biens, (2) les consommer et (3) d’allouer les ressources de façon à réduire les pertes lors de ces deux activités. L’efficacité du capitalisme dans l’accomplissement de chacune des « tâches » d’un système économique est cruciale pour porter notre jugement.

L’actuelle crise écologique, soulignée à nouveau lors de la récente Conférence de Paris, suggère un quatrième critère qui n’est apparu que récemment en théorie économique : la pérennité environnementale. Notre système économique, notre façon d’organiser l’économie, ne peut parvenir à répondre à nos besoins à long terme s’il met en danger notre capacité de survie. Portons maintenant un jugement sur l’efficacité du capitalisme sur la base des quatre critères que nous venons de présenter.

Le capitalisme n’organise pas la production de façon optimale. La propriété privée des moyens de production est l’un des fondements du capitalisme. Certaines personnes possèdent des outils (ordinateurs, marteaux, caisse enregistreuse) et des lieux de travail (usine, tour à bureau, boutique) et embauchent d’autres individus pour réaliser la production. La grande majorité d’entre ces derniers n’ont que peu de possibilités d’influer sur la façon dont est organisée la production et, donc, leur travail quotidien. En dernière instance, la décision revient au patron et tout le monde le sait bien.

Cette absence de démocratie dans les milieux de travail a plusieurs conséquences négatives sur la production. D’abord, la dévalorisation des travailleuses et travailleurs du fait qu’on ne tienne pas compte de leur opinion les empêche de se réaliser pleinement dans leur emploi. Elles deviennent donc malheureuses. Conséquemment, on dépense des ressources inutilement à employer des cadres, des patrons et des surveillants qui sont payés, non pas pour des tâches productives, mais bien à surveiller l’exécution du travail des autres qu’on soupçonne de fainéantise. Ensuite, les idées et projets de la vaste majorité des personnes qui travaillent n’ont pas l’occasion d’être réalisés, et l’humanité ne bénéficie pas de leur diversité et de leur créativité.

Le capitalisme ne permet pas une consommation adaptée à la réalité sociale des êtres humains. Les êtres humains sont des animaux sociaux. Non seulement ils vivent en bande, mais en plus ils appréhendent leur réalité grâce à des institutions sociales : le langage, la politique, la ville, la monnaie, etc. Or, la consommation au sein du capitalisme est complètement individualisée. Nous pensons à nos moyens et à nos besoins en terme strictement individuels, déliés de rapports sociaux : comment vais-je faire pour réaliser tout ce que je désire avec mon chèque de paie? Ainsi, tout le monde pense séparément à satisfaire ses besoins de façon individuelle, alors que des solutions collectives seraient plus efficaces.

Le transport est un bon exemple. On peut se dire au sein du capitalisme : je dois me rendre au travail, j’ai donc besoin d’une voiture. Tout le monde arrive à la même conclusion, et on se retrouve bloqué dans la circulation à polluer et à arriver en retard à nos rendez-vous parce qu’il y a trop de voitures. Une approche alternative serait de réunir toutes les personnes qui habitent un quartier pour qu’elles conçoivent, avec l’aide d’experts, un système de transport en commun qui permette à tout le monde de se rendre au travail sans avoir de circulation, sans polluer et sans que qui que ce soit ne soit en retard à ses rendez-vous. Le capitalisme ne permet pas une telle consommation collective. L’État tente de compenser en jouant ce rôle, mais il le fait généralement d’une façon technocratique et non démocratique, ce qui fait que les besoins réels des gens ne trouvent pas là non plus un espace où être exprimés.

Le capitalisme ne permet pas d’allouer les ressources de manière à combler les besoins de tous et toutes. Le moteur du capitalisme est l’accumulation de l’argent. Il s’accumule en exploitant des ressources et le travail des individus pour produire des marchandises qu’on vend à d’autres à profit. On ne produit pas des biens d’abord parce qu’ils seraient utiles, ou nécessaires ou importants, on les produit d’abord parce qu’il existe une demande et que la clientèle potentielle est prête à payer un prix suffisant pour dégager un profit. Ce qui compte pour les entreprises au sein du capitalisme c’est l’argent que les individus peuvent investir pour se procurer une marchandise et non son utilité pour l’humanité.

En effet, le capitalisme ne permet pas de différencier les besoins prioritaires des désirs secondaires ni, en conséquence, d’allouer les ressources de manière à combler les besoins de base de tous et de toutes. Les famines dans certains pays en développement couplées au gaspillage alimentaire dans le monde occidental sont une démonstration suffisante de l’inefficacité du capitalisme dans la répartition des ressources.

Le capitalisme met en danger la survie des êtres humains. De toute évidence, le bilan environnemental du capitalisme est très mauvais : les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie pétrolière causent un réchauffement climatique qui s’annonce dévastateur tant pour la faune et la flore que pour les collectivités côtières. Deux solutions sont proposées par les tenants du capitalisme. D’une part, les vertues présumées de ce système pour l’innovation pourraient être mises à profit pour développer de nouvelles technologies qui éliminent la pollution. Par exemple, les CFC des réfrigérateurs ont été remplacés lorsqu’il a été démontré que ces gaz étaient à l’origine du trou dans la couche d’ozone. D’autre part, les coûts de la pollution pourraient être internalisés de manière à rendre moins profitables les biens et services qui polluent.

Toutefois, ces « solutions » – dont ont pourrait débattre la valeur intrinsèque – ne résolvent pas la contradiction fondamentale du capitalisme. La production de bien n’y est pas réalisée comme une fin en soi, mais bien comme un moyen de faire plus d’argent. Chaque entrepreneur·e est poussé à faire plus de profit pour éviter de périr aux mains de son concurrent, collectivement les entrepreneur·e·s ont une soif infinie de profit. Ils vont toujours vouloir en faire plus pour se battre entre eux. Or, les ressources planétaires dont ils ont besoin pour continuer à entrer en compétition les un·e·s contre les autres sont, elles, limitées. Il est contre la nature même du capitalisme de planifier collectivement comment nous utiliserons les ressources pour mieux les préserver. Exiger cela du capitalisme, c’est demander à un tigre de devenir végétarien. Si nous ne l’arrêtons pas, si nous succombons encore et toujours à son appétit pour l’accumulation, il rendra cette planète invivable pour plusieurs d’entre nous et provoquera famines, guerres et catastrophes.

Bref, quel jugement devenons-nous porter sur le capitalisme? À la lumière des quatre critères de fonctionnement d’un système économique que nous avons établi (la production, la consommation, la répartition des ressources et la viabilité écologique), le capitalisme est un système inefficace. Comme nous l’avons fait pour d’autres systèmes économiques qui l’ont précédé dans l’histoire de l’humanité, il vaut mieux maintenant le laisser derrière nous avant qu’il ne nous emporte.

Des options de remplacement à ce système ont germé en lui depuis suffisamment longtemps pour que nous puissions nous en saisir et les réaliser : des milieux de travail démocratiques comme les coopératives de travail, des organismes facilitant la consommation collective comme les coopératives de consommation et des budgets participatifs pour assurer la meilleure répartition des ressources selon les besoins de la collectivité. Ces options démocratiques et écologiques doivent être mieux pensées, plus souvent mises en pratique et approfondies, mais elles existent et sont plus prometteuses que de continuer avec ce système économique dysfonctionnel.

Note : Je tiens à remercier Marie Léger-St-Jean pour son aide avec ce texte, sans elle il n’aurait jamais eu les quelques qualités qu’une lecture généreuse pourra lui trouver.

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Un commentaire

  1. Bernard Christian. dit :

    la coopération est la seule voie à la vision et perspective de sauvegarder notre Humanité.

    J’aime

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