Analyses

Le 7e stade du développement moral, une évolution urgente de l’humanité

Selon le modèle psychologique de Kohlberg, le développement moral passe par 6 stades de développement. Les recherches documentaires de l’IRASD tendent à confirmer des constats faisant consensus dans divers domaines scientifiques et correspondants à l’observation des stratégies comportementales humaines, à savoir que les lois et conventions sociales assurant l’ordre et le bon fonctionnement de la civilisation sont appuyées sur des idéologies et philosophies résultant de la cognition humaine et non sur des lois naturelles de l’environnement biophysique faisant consensus scientifique.

Ces idéologies résultent de biais et dissonances cognitives, d’erreurs d’heuristique de jugement et du déni de la réalité factuelle qui sont caractéristiques de l’évolution de la cognition humaine. L’éthologie des stratégies comportementales humaines semble démontrer qu’elles tendent à favoriser l’atteinte et l’amélioration d’un niveau de confort psychologique et physique acceptable pour les individus, afin d’assurer le fonctionnement individuel dans le modèle social de convention décrit par le modèle psychologique de Kohlberg. Autrement, il en résulte de l’instabilité et des conflits sociaux.

Pour atteindre ces objectifs, l’espèce humaine a développé des concepts et mécanismes de société et de nombreuses stratégies comportementales déviantes, tous basés sur des idéologies et philosophies erronées, visant à exploiter à outrance les ressources humaines et naturelles. Les conséquences de cette exploitation ont largement dépassé la capacité naturelle de l’environnement biophysique à les compenser et provoquent avec l’explosion démographique de l’espèce humaine, une nouvelle ère géologique : l’Anthropocène, caractérisée par des traces gravées dans la géologie de la planète que laissent les activités humaines dans la nature.

Au-delà de ces traces, plus grave encore, il y a la déstabilisation des fragiles équilibres naturels entre les environnements biophysique, humain et social. Cette déstabilisation affecte toutes les niches écologiques occupées par l’homme, provoque l’extinction de la biodiversité, la réduction de la capacité du système à supporter la vie, la dégradation de l’environnent et du climat. Par conséquent, la déstabilisation même du système de civilisation et met ainsi à risque la survie de l’espèce humaine.

Cette situation périlleuse ouvre quand même la voie vers un 7e stade du modèle de Kohlberg que l’espèce humaine aurait avantage à atteindre pour accroître ses chances de survie dans un environnement en profonde mutation rapide qui risque de mettre en péril la civilisation et l’espèce humaine. Une profonde prise de conscience devra précéder l’éducation et l’adaptation de l’usage de la cognition humaine pour prendre en compte ses caractéristiques cognitives avec ses biais, ses dissonances et le risque d’erreurs d’heuristique de jugement qui en découle. Ainsi, l’espèce humaine évoluera afin d’assurer sa survie afin de prendre des décisions qui doivent inévitablement être en accord direct avec le maintien des équilibres fragiles assurant le maintien de la vie sur Terre.

Autrement, le temps est compté! Et l’horloge tourne aussi vite que la volonté humaine d’accélérer le développement du modèle actuel de civilisation…

Stade 7

Le stade 7 est orienté vers une remise en question des principes moraux universels qui ne sont basés que sur la cognition humaine sans aucune référence dans l’environnement biophysique. Le raisonnement moral étant basé sur une pensée abstraite qui utilise des principes éthiques, le stade 7 est basé sur les connaissances en neurosciences cognitives, en psychologie cognitive et dans les autres sciences et connaissances des mécanismes de l’environnement biophysique.

Au stade 7, les lois ne sont valables que dans la mesure où elles sont fondées sur les lois immuables de la nature et non sur la justice qui ne fait office que de convention. Il y a une obligation de remettre en question la totalité des lois sociales et même des principes de moralité. Les droits légaux contrevenant aux lois biophysiques sont des nuisances potentielles à la survie de l’espèce humaine, car des contrats sociaux ne sont pas en symbiose avec les lois de la nature. La personne agit parce que cela garantit le confort individuel et non la survie de son espèce. Par conséquent, elle doit se conformer à un système de convention qui met à risque cette même survie, parce que c’est dans le meilleur intérêt du système de conventions et non de l’espèce. C’est seulement en respectant les lois naturelles qu’on assure les équilibres nécessaires à la survie et non en se conformant à ce qui est socialement attendu, légal ou préalablement convenu.

Le stade 7 remet en question toutes les idéologies et philosophies fausses ou erronées issues des nombreux biais cognitifs, dissonances cognitives et erreurs d’heuristique de jugement de l’histoire de l’humanité qui entraînent le déni de la réalité factuelle au bénéfice du confort psychologique et physique de l’humain. Le stade 7 est une application élargie de la zététique.

http://www.psychomedia.qc.ca/psychologie/2015-06-07/stades-developpement-moral-kohlberg

Les 6 stades du développement moral selon le célèbre modèle psychologique de Kohlberg

7 juin 2015

Le modèle du développement moral du psychologue américain Lawrence Kohlberg a dominé la recherche en psychologie de la morale de 1958 à la fin des années 1980. Bien que certains aspects aient été critiqués, son influence est toujours importante.

Il a été développé en soumettant des sujets à une diversité de dilemmes moraux et en analysant leurs formes de raisonnement. Ces dernières ont été classées en trois niveaux se divisant chacun en 2 stades.

Ces stades sont séquentiels, c’est-à-dire qu’ils se développent par étapes successives. Ils sont généralement irréversibles, les régressions étant rares. Ils sont intégratifs, c’est-à-dire qu’une personne ayant acquis un stade supérieur est en mesure de comprendre les raisonnements des personnes ayant atteint les stades précédents. Ils sont transculturels, c’est-à-dire que dans toutes les cultures, le développement moral suit les mêmes étapes. Et, tous les individus ne se rendent pas aux stades les plus avancés.

La moralité préconventionnelle (ou prémoralité)

La moralité préconventionnelle est caractérisée par une perception des règles limitée par l’égocentrisme. Les règles sont extérieures à l’enfant qui les perçoit à travers la punition et la récompense.

  • Stade 1

    Le stade 1 est orienté vers l’évitement de la punition et l’obéissance à l’autorité. L’enfant est centré sur les conséquences directes de ses actions sur lui-même.

  • Stade 2

    Le stade 2 est orienté vers l’intérêt personnel. L’enfant intègre les récompenses et les avantages, toujours dans une optique limitée par l’égocentrisme, c’est-à-dire qui manque de perspective sociétale ou relationnelle.

La moralité conventionnelle

La moralité conventionnelle est typique des adolescents et des adultes. Raisonner d’une façon conventionnelle consiste à juger de la moralité des actions en les comparant aux opinions et aux attentes de la société.

La morale conventionnelle est caractérisée par une acceptation des conventions de la société concernant le bien et le mal. À ces stades, une personne obéit aux règles et suit les normes de la société, même quand il n’y a pas de conséquence pour l’obéissance ou la désobéissance. Le respect des règles et des conventions est quelque peu rigide, cependant, et la pertinence ou l’équité d’une règle est rarement remise en question.

  • Stade 3

    Le stade 3 est orienté vers le maintien des bonnes relations et l’approbation des autres. La personne est réceptive à l’approbation et à la désapprobation comme indices des vues de la société. Elle essaie d’être un « bon garçon » ou « bonne fille » à la hauteur des attentes, car elle a appris qu’être jugée positivement est avantageux. La personne peut évaluer la moralité d’une action par ses conséquences sur ses relations qui incluent le respect et la gratitude.

  • Stade 4

    Le stade 4 est orienté vers le respect de la loi et des conventions sociales qui sont jugées importantes pour le maintien de l’ordre social. Violer une loi est moralement répréhensible. Selon Kohlberg, les membres les plus actifs de la société demeurent au stade 4 dans lequel la morale est principalement dictée par une force extérieure.

La moralité post-conventionnelle (ou moralité basée sur les principes)

La moralité post-conventionnelle est orientée vers des principes qui se situent au-delà des balises d’une société en particulier. 20 à 25 % seulement des adultes atteindraient ces stades. Les personnes qui se situent à ce stade peuvent désobéir aux règles qui ne sont pas compatibles avec leurs propres principes.

Ces principes concernent généralement les droits fondamentaux de la personne comme la vie, la liberté et la justice. Les personnes qui manifestent une morale post-conventionnelle voient les règles comme des mécanismes utiles, mais modifiables — idéalement, les règles devraient maintenir l’ordre social général et protéger les droits humains. Les règles ne sont pas impératifs absolus qui doivent être respectées sans être questionnées.

  • Stade 5

    Le stade 5 est orienté vers le contrat social. Le monde est considéré comme incluant des opinions différentes, des droits et des valeurs. Les lois sont considérées comme des contrats sociaux plutôt que des dictats rigides. Celles qui ne favorisent pas le bien-être général doivent être remplacées lorsque nécessaire pour promouvoir le plus grand bien pour le plus grand nombre de personnes.

  • Stade 6

    Le stade 6 est orienté vers des principes moraux universels. Le raisonnement moral est basé sur une pensée abstraite qui utilise des principes éthiques.

    Les lois ne sont valables que dans la mesure où elles sont fondées sur la justice. Il y a une obligation de désobéir à des lois injustes. Les droits légaux ne sont pas nécessaires, car des contrats sociaux ne sont pas essentiels pour l’action morale déontique. La personne agit parce que c’est juste, et non parce qu’elle évite la punition, parce que c’est dans son meilleur intérêt ou parce que c’est ce qui est attendu, légal ou préalablement convenu.

    Selon Kohlberg, 13 % de la population adulte atteindrait le stade 6. Il est toutefois difficile, estimait-il, de trouver des gens qui opèrent toujours à ce niveau.

Le modèle de Kohlberg a reçu des critiques selon diverses perspectives et est aujourd’hui relativement discrédité. L’une de ces critiques, provenant de la psychologue Carol Gilligan, est qu’il mettrait trop l’emphase sur la valeur de justice à l’exclusion d’autres valeurs morales telle que le « prendre soin » et qu’il sous-évaluerait ainsi la moralité des femmes. Une autre critique provient d’un courant, recevant aussi son propre lot de critiques, qui estime que le raisonnement moral n’est souvent qu’une rationalisation a posteriori de décisions essentiellement intuitives.

Selon une étude du psychologue Steven J Haggbloom et ses collègues, Kohlberg a été le 16e psychologue le plus fréquemment cité du XXIe siècle dans les manuels d’introduction à la psychologie et le 30e en tenant compte de différents critères tels que les citations dans les articles scientifiques.

Source :

Psychomédia

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La « pensée magique » accélère l’effondrement

La « pensée magique » exacerbe le déni, les biais cognitifs et l’heuristique de jugement. Une démarche d’analyse rationnelle, objective, neutre et intégrée de la compréhension, ouvre la porte vers l’architecture de société.

https://www.alternet.org/news-amp-politics/chris-hedges-americas-mania-positive-thinking-and-denial-reality-will-be-our

Chris Hedges: America’s Mania for Positive Thinking and Denial of Reality Will Be Our Downfall

The ridiculous positivism, the belief that we are headed toward some glorious future, defies reality.

By Chris Hedges / Truthdig

May 27, 2015

The naive belief that history is linear, that moral progress accompanies technical progress, is a form of collective self-delusion. It cripples our capacity for radical action and lulls us into a false sense of security. Those who cling to the myth of human progress, who believe that the world inevitably moves toward a higher material and moral state, are held captive by power. Only those who accept the very real possibility of dystopia, of the rise of a ruthless corporate totalitarianism, buttressed by the most terrifying security and surveillance apparatus in human history, are likely to carry out the self-sacrifice necessary for revolt.

The yearning for positivism that pervades our corporate culture ignores human nature and human history. But to challenge it, to state the obvious fact that things are getting worse, and may soon get much worse, is to be tossed out of the circle of magical thinking that defines American and much of Western culture. The left is as infected with this mania for hope as the right. It is a mania that obscures reality even as global capitalism disintegrates and the ecosystem unravels, potentially dooming us all.

The 19th century theorist Louis-Auguste Blanqui, unlike nearly all of his contemporaries, dismissed the belief, central to Karl Marx, that human history is a linear progression toward equality and greater morality. He warned that this absurd positivism is the lie perpetrated by oppressors: “All atrocities of the victor, the long series of his attacks are coldly transformed into constant, inevitable evolution, like that of nature. … But the sequence of human things is not inevitable like that of the universe. It can be changed at any moment.” He foresaw that scientific and technological advancement, rather than being a harbinger of progress, could be “a terrible weapon in the hands of Capital against Work and Thought.” And in a day when few others did so, he decried the despoiling of the natural world. “The axe fells, nobody replants. There is no concern for the future’s ill health.”

“Humanity,” Blanqui wrote, “is never stationary. It advances or goes backwards. Its progressive march leads it to equality. Its regressive march goes back through every stage of privilege to human slavery, the final word of the right to property.” Further, he wrote, “I am not amongst those who claim that progress can be taken for granted, that humanity cannot go backwards.”

Blanqui understood that history has long periods of cultural barrenness and brutal repression. The fall of the Roman Empire, for example, led to misery throughout Europe during the Dark Ages, roughly from the sixth through the 13th centuries. There was a loss of technical knowledge (one prominent example being how to build and maintain aqueducts), and a cultural and intellectual impoverishment led to a vast historical amnesia that blotted out the greatest thinkers and artists of the classical world. None of this loss was regained until the 14th century when Europe saw the beginning of the Renaissance, a development made possible largely by the cultural flourishing of Islam, which through translating Aristotle into Arabic and other intellectual accomplishments kept alive the knowledge and wisdom of the past. The Dark Ages were marked by arbitrary rule, incessant wars, insecurity, anarchy and terror. And I see nothing to prevent the rise of a new Dark Age if we do not abolish the corporate state. Indeed, the longer the corporate state holds power the more likely a new Dark Age becomes. To trust in some mythical force called progress to save us is to become passive before corporate power. The people alone can defy these forces. And fate and history do not ensure our victory.

Blanqui tasted history’s tragic reverses. He took part in a series of French revolts, including an attempted armed insurrection in May 1839, the 1848 uprising and the Paris Commune—a socialist uprising that controlled France’s capital from March 18 until May 28 in 1871. Workers in cities such as Marseilles and Lyon attempted but failed to organize similar communes before the Paris Commune was militarily crushed.

The blundering history of the human race is always given coherence by power elites and their courtiers in the press and academia who endow it with a meaning and coherence it lacks. They need to manufacture national myths to hide the greed, violence and stupidity that characterize the march of most human societies. For the United States, refusal to confront the crisis of climate change and our endless and costly wars in the Middle East are but two examples of the follies that propel us toward catastrophe.

Wisdom is not knowledge. Knowledge deals with the particular and the actual. Knowledge is the domain of science and technology. Wisdom is about transcendence. Wisdom allows us to see and accept reality, no matter how bleak that reality may be. It is only through wisdom that we are able to cope with the messiness and absurdity of life. Wisdom is about detachment. Once wisdom is achieved, the idea of moral progress is obliterated. Wisdom throughout the ages is a constant. Did Shakespeare supersede Sophocles? Is Homer inferior to Dante? Does the Book of Ecclesiastes not have the same deep powers of observation about life that Samuel Beckett offers? Systems of power fear and seek to silence those who achieve wisdom, which is what the war by corporate forces against the humanities and art is about. Wisdom, because it sees through the facade, is a threat to power. It exposes the lies and ideologies that power uses to maintain its privilege and its warped ideology of progress.

Knowledge does not lead to wisdom. Knowledge is more often a tool for repression. Knowledge, through the careful selection and manipulation of facts, gives a false unity to reality. It creates a fictitious collective memory and narrative. It manufactures abstract concepts of honor, glory, heroism, duty and destiny that buttress the power of the state, feed the disease of nationalism and call for blind obedience in the name of patriotism. It allows human beings to explain the advances and reverses in human achievement and morality, as well as the process of birth and decay in the natural world, as parts of a vast movement forward in time. The collective enthusiasm for manufactured national and personal narratives, which is a form of self-exaltation, blots out reality. The myths we create that foster a fictitious hope and false sense of superiority are celebrations of ourselves. They mock wisdom. And they keep us passive.

Wisdom connects us with forces that cannot be measured empirically and that are outside the confines of the rational world. To be wise is to pay homage to beauty, truth, grief, the brevity of life, our own mortality, love and the absurdity and mystery of existence. It is, in short, to honor the sacred. Those who remain trapped in the dogmas perpetuated by technology and knowledge, who believe in the inevitability of human progress, are idiot savants.

“Self-awareness is as much a disability as a power,” the philosopher John Gray writes. “The most accomplished pianist is not the one who is most aware of her movements when she plays. The best craftsman may not know how he works. Very often we are at our most skillful when we are least self-aware. That may be why many cultures have sought to disrupt or diminish self-conscious awareness. In Japan, archers are taught that they will hit the target only when they no longer think of it—or themselves.”

Artists and philosophers, who expose the mercurial undercurrents of the subconscious, allow us to face an unvarnished truth. Works of art and philosophy informed by the intuitive, unarticulated meanderings of the human psyche transcend those constructed by the plodding conscious mind. The freeing potency of visceral memories does not arrive through the intellect. These memories are impervious to rational control. And they alone lead to wisdom.

Those with power have always manipulated reality and created ideologies defined as progress to justify systems of exploitation. Monarchs and religious authorities did this in the Middle Ages. Today this is done by the high priests of modernity—the technocrats, scholars, scientists, politicians, journalists and economists. They deform reality. They foster the myth of preordained inevitability and pure rationality. But such knowledge—which dominates our universities—is anti-thought. It precludes all alternatives. It is used to end discussion. It is designed to give to the forces of science or the free market or globalization a veneer of rational discourse, to persuade us to place our faith in these forces and trust our fate to them. These forces, the experts assure us, are as unalterable as nature. They will lead us forward. To question them is heresy.

The Austrian writer Stefan Zweig, in his 1942 novella “Chess Story,” chronicles the arcane specializations that have created technocrats unable to question the systems they serve, as well as a society that foolishly reveres them. Mirko Czentovic, the world chess champion, represents the technocrat. His mental energy is invested solely in the 64 squares of the chessboard. Apart from the game, he is a dolt, a monomaniac like all monomaniacs, who “burrow like termites into their own particular material to construct, in miniature, a strange and utterly individual image of the world.” When Czentovic “senses an educated person he crawls into his shell. That way no one will ever be able to boast of having heard him say something stupid or of having plumbed the depths of his seemingly boundless ignorance.”

An Austrian lawyer known as Dr. B, whom the Gestapo had held for many months in solitary confinement, challenges Czentovic to a game of chess. During his confinement, the lawyer’s only reading material was a chess manual, which he memorized. He reconstructed games in his head. Forced by his captivity to replicate the single-minded obsession of the technocrat Czentovic, Dr. B too became trapped inside a specialized world, and, unlike Czentovic, he became insane temporarily as he focused on a tiny, specialized piece of human activity. When he challenges the chess champion, his insanity returns.

Zweig, who mourned for the broad liberal culture of educated Europe swallowed up by fascism and modern bureaucracy, warns of the absurdity and danger of a planet run by technocrats. For him, the rise of the Industrial Age and the industrial man and woman is a terrifying metamorphosis in the relationship of human beings to the world. As specialists and bureaucrats, human beings become tools, able to make systems of exploitation and even terror function efficiently without the slightest sense of personal responsibility or understanding. They retreat into the arcane language of all specialists, to mask what they are doing and give to their work a sanitized, clinical veneer.

This is Hannah Arendt’s central point in “Eichmann in Jerusalem.” Technocratic human beings are spiritually dead. They are capable of anything, no matter how heinous, because they do not reflect upon or question the ultimate goal. “The longer one listened to him,” Arendt writes of the Nazi Adolf Eichmann on trial, “the more obvious it became that his inability to speak was closely connected with an inability to think, namely, to think from the standpoint of somebody else. No communication was possible with him, not because he lied but because he was surrounded by the most reliable of all safeguards against the words and presence of others, and hence against reality as such.”

Zweig, horrified by a world run by technocrats, committed suicide with his wife in 1942. He knew that from then on, the Czentovics would be exalted in the service of state and corporate monstrosities.

Resistance, as Alexander Berkman points out, is first about learning to speak differently and abandoning the vocabulary of the “rational” technocrats who rule. Once we discover new words and ideas through which to perceive and explain reality, we free ourselves from neoliberal capitalism, which functions, as Walter Benjamin knew, like a state religion. Resistance will take place outside the boundaries of popular culture and academia, where the deadening weight of the dominant ideology curtails creativity and independent thought.

As global capitalism disintegrates, the heresy our corporate masters fear is gaining currency. But that heresy will not be effective until it is divorced from the mania for hope that is an essential part of corporate indoctrination. The ridiculous positivism, the belief that we are headed toward some glorious future, defies reality. Hope, in this sense, is a form of disempowerment.

There is nothing inevitable about human existence except birth and death. There are no forces, whether divine or technical, that will guarantee us a better future. When we give up false hopes, when we see human nature and history for what they are, when we accept that progress is not preordained, then we can act with an urgency and passion that comprehends the grim possibilities ahead.

Chris Hedges, a Pulitzer Prize-winning reporter, writes a regular column for Truthdig every Monday. Hedges’ most recent book is « Wages of Rebellion: The Moral Imperative of Revolt. »

Notre raison est-elle rationnelle? | CNRS Le journal

Les preuves scientifiques s’accumulent contre la «raison» humaine en faveur d’une cognition génétiquement irrationnelle.

https://lejournal.cnrs.fr/articles/notre-raison-est-elle-rationnelle

Notre raison est-elle rationnelle?

L’adage dit qu’on a toujours deux raisons pour faire quelque chose : une bonne raison et la vraie raison. Des travaux en neurosciences et en psychologie tendent aujourd’hui à montrer que la vraie raison est rarement rationnelle.

Faites entrer l’accusé ! Un tribunal scientifique, présidé par des chercheurs en sciences cognitives, ouvre un procès inédit : celui de notre raison. D’un côté la défense se veut sereine. Les preuves sont là : des centaines voire des milliers d’écrits de philosophes ou encore de longues listes de prix distinguant les plus grands savants qui ont éclairé au fil des siècles la connaissance humaine. La démonstration est irréfutable, triomphante : notre raison célèbre la logique, seule à même d’éclairer nos choix.

De l’autre, l’accusation n’est pas en reste : sur sa table, des piles d’articles scientifiques, des résultats d’imagerie cérébrale, autant d’expériences de psychologie et de neurosciences.

La fonction première de la raison est sociale.

Leur ouvrage, L’Énigme de la raison2, a de quoi semer le doute dans l’assemblée. Fruit d’un travail de longue haleine, ce livre s’oppose avec force et conviction aux tenants de la raison dite intellectualiste : « La fonction première de la raison est sociale », avance ainsi Hugo Mercier.

Logique ou conformisme ?

Allons là où se tranche le débat : dans la tête d’un juré au moment de livrer son verdict. Sa décision finale est-elle le fruit d’un raisonnement personnel, logique et rigoureux, ou le résultat d’un processus plus intuitif et social ? Pour y répondre, le neuroscientifique lyonnais Jean-Claude Dreher3 a réalisé une étude originale publiée en juin 2017 dans la revue Plos Biology4.

Voici comment. Plongez un juré dans un instrument d’imagerie cérébrale fonctionnelle et demandez-lui de statuer sur plusieurs affaires criminelles. Pour chaque cas, une fois son verdict établi, proposez-lui de réviser, le cas échéant, son jugement en fonction des avis des autres jurés. Observez alors ce qui se passe dans son cerveau quand il prend la décision finale.

Résultat : « Nous avons observé que plus la confiance d’un juré en son propre verdict est faible, plus il aura tendance à réviser son jugement et à suivre la décision collective. L’avis du jury pèse d’autant plus sur la décision individuelle que le nombre de jurés est élevé », explique Jean-Claude Dreher. Notre raison serait-elle donc plus conformiste que prompte à affirmer sa propre logique ? « Le biais de conformisme a souvent été invoqué pour expliquer ce comportement. Ici, c’est un mécanisme plus subtil qui est à l’œuvre », nuance le chercheur.

Rendu 3D d’imagerie IRMf montrant la prise de décision au sein du cerveau. Deux régions cérébrales sont impliquées lors d’une décision sociale pondérant la confiance en son propre choix et la crédibilité qu’on accorde à l’information d’autrui : le cortex fronto-polaire (à droite, en rouge) et le cortex cingulaire antérieur (à gauche, en rouge).

De l’inférence à la décision

La prise de décision du juré est en effet plus inférentielle que moutonnière. Inférentielle ? En sciences cognitives, on parle de processus d’inférence lorsqu’un mécanisme permet de tirer des conclusions générales, ou des représentations mentales globales, à partir d’un certain nombre d’informations parcellaires. Par exemple, notre système visuel – composé de plusieurs aires du cerveau, des nerfs optiques et des yeux – permet d’inférer la représentation d’une scène visuelle à partir d’un ensemble hétéroclite et non exhaustif d’informations visuelles perçues. Ou bien, lorsque le matin nous ouvrons nos volets et que nous découvrons un ciel gris et menaçant, nous inférons, sur la base de ce constat et de nos expériences passées, qu’il risque de pleuvoir dans la journée.

La raison ne sert pas tant à guider nos choix qu’à inférer des raisons pour les justifier.

Dans le cas de notre juré, Jean-Claude Dreher et ses confrères sont parvenus à localiser précisément les deux régions du cerveau qui réalisent cette inférence. Il s’agit même ici d’une inférence probabiliste, c’est-à-dire que les informations participant à la prise de décision sont pondérées selon leur degré de certitude.

Comment ? Considérons le cortex frontopolaire, dénommé FPC – pour frontopolar cortex en anglais – situé juste derrière nos yeux. Le FPC est connu pour abriter des facultés cognitives spécifiques à la vie en société : des études chez les primates ont ainsi démontré que la densité de matière grise du FPC augmentait de pair avec les interactions sociales. « Cette région évalue la crédibilité des informations que nous recevons des autres, explique Jean-Claude Dreher. Lorsque le juré prend connaissance du verdict des autres jurés, le FPC en évalue la pertinence. Cette donnée sociale est alors intégrée au sein d’une deuxième région, dans la partie dorsale du cortex cingulaire antérieur, qui joue ici le rôle de centre de décision. Celle-ci résulte alors de l’intégration de l’information sociale en provenance du FPC et de l’information individuelle, tout en pondérant chacune des deux sources par son degré de confiance. »

Des intuitions justifiées par la raison

À l’image de la décision du juré, notre raison serait-elle davantage la combinaison d’intuitions et de jugements sociaux que de raisonnements explicites et de logique ? « Les intuitions jouent un rôle clé dans l’expérience que nous avons du monde, confirme Hugo Mercier. La raison sert avant tout à les expliquer et à les justifier. Par exemple, expliciter avec des mots sa propre décision vient souvent après avoir pris la décision elle-même. La raison ne sert pas tant à guider nos choix qu’à inférer des raisons pour les justifier ». La raison produirait donc après coup ses raisons ? Cette tautologie apparente nous en ferait presque perdre notre latin – il faut dire que l’étymologie commune empruntée au latin ratio est elle-même confondante et n’aide pas vraiment à distinguer la fonction cognitive (la raison) de ses « productions » (les raisons).

Pour tenter de retrouver un peu le sens de la raison, reprenons l’expérience de pensée dans laquelle un individu prend son parapluie un matin où le ciel est nuageux. Même si elle n’y a pas explicitement réfléchi au moment où elle l’a prise, sa décision d’emporter le parapluie découle d’une vague intuition: la présence de nuages est généralement annonciatrice de pluie. Supposons maintenant qu’il ait finalement fait grand soleil toute la journée et que, rentrant le soir, l’individu croise un ami qui l’interroge, surpris, sur la présence du parapluie. C’est seulement là, pour justifier la présence désormais incongrue de cet objet, qu’il va fournir une raison explicite (et rationnelle) à sa décision matinale.

À bien y réfléchir, chacune de nos journées est ainsi rythmée par ces situations où nous devons justifier nos propres décisions aux yeux des autres (famille, amis, collègues de travail, etc.) ? Face au jugement des autres, nous nous faisons constamment l’avocat de nous-même. Et notre raison nous aide à étayer nos plaidoiries.

« Les raisons produites par notre raison sont destinées en premier lieu à l’usage social, gage Hugo Mercier. Sa finalité est argumentative afin de nous justifier et de convaincre les autres. » Et à ce jeu subjectif, la raison n’est pas toujours guidée par un principe intrinsèque d’objectivité. Les raisons objectives relèveraient bien davantage de la morale que de la réalité de notre cerveau.

Mais, rassurons-nous, la « raison interactionnelle », comme la qualifient Hugo Mercier et Dan Sperber, n’aboutit pas forcément à la manipulation ou à la tromperie. Le film Douze hommes en colère illustre sur ce point combien l’échange de raisons au sein d’un jury peut sauver un jeune garçon de la chaise électrique. « Le dénouement heureux de cette fiction peut sembler optimiste, mais plusieurs études en sciences cognitives soulignent à quel point le dialogue au sein d’un groupe conduit à de meilleures solutions », souligne Hugo Mercier. L’étude de Jean-Claude Dreher évoquée précédemment révèle également l’influence parfois positive du groupe. Les scientifiques parlent alors de « sagesse des foules ».

Scène du film «Douze hommes en colère» réalisé en 1957 par Sidney Lumet. Le juré n° 8 (Henry Fonda, debout) expose ses arguments aux autres jurés.

Pourtant, nombreux sont les exemples où une foule fait davantage preuve de folie que de sagesse. Et l’ironie de Pierre Desproges à l’égard des sociétés humaines au sein desquelles « l’intelligence ne s’additionne pas mais se divise », reste toujours aussi mordante et actuelle. La question n’est toutefois pas de faire de cette raison interactionnelle un mécanisme cognitif qui aurait évolué au fil des millénaires au seul bénéfice de la vie sociale.
La théorie de l’évolution ne reconnaît en effet que des avantages sélectifs individuels. Si la société bénéficie des lumières de nos raisons individuelles lorsque celles-ci s’accordent, ces dernières visent bien en premier lieu à promouvoir notre propre intérêt.

« La raison est une adaptation à la vie sociale où la confiance doit être gagnée et demeure limitée et fragile, explique Hugo Mercier. C’est pourquoi nous sommes plus prompts à pointer les erreurs de raisonnement chez les autres qu’à démasquer les nôtres. » En science cognitive, cette mauvaise foi s’illustre au travers de biais cognitifs largement documentés sous les noms de biais de confirmation, effet retour de flamme, dissonance cognitive, etc. « Si la raison, poursuit-il, était avant tout une faculté visant à la construction rigoureuse d’un savoir objectif, comment l’évolution aurait-elle pu sélectionner autant d’imperfections ? » Question d’exigence intellectuelle, pourrions-nous objecter ? Hélas, ces biais ne disparaissent pas non plus des esprits les plus aguerris. L’exemple du prix Nobel de chimie Linus Pauling est sur ce point éloquent. « La qualité de ses travaux scientifiques est incontestable. En revanche, son entêtement à défendre les croyances sur les pouvoirs miraculeux de la vitamine C, censée guérir rhumes et cancers, était totalement irrationnel », rappelle Hugo Mercier.

Il n’y a bien que sous l’hypothèse d’une raison interactionnelle que « ces biais et cette paresse de raisonnement ne sont plus des défauts au regard de l’évolution, souligne le chercheur, mais bien des caractéristiques au service de la véritable fonction de la raison. Nous sommes biaisés vers des raisons qui soutiennent notre point de vue car c’est ainsi que nous pouvons justifier nos actions aux yeux des autres et les convaincre d’embrasser nos idées ».

Faculté distinctive forgée au fil des millénaires, notre raison conjugue autant notre désir de faciliter notre vie sociale que notre crainte légitime envers les esprits malveillants. Dès lors, toute démarche rationnelle nécessite la pleine conscience de notre raison « égoïste » afin de pouvoir en déjouer les biais et les erreurs. C’est dans ce sens que la démarche scientifique s’est instituée : chaque argument y est passé au crible de l’évaluation par la communauté de chercheurs. Au sein de nos multiples interactions sociales, concilier au mieux l’intérêt individuel et collectif demeure encore, sur ce point, un vrai défi pour la raison. ♦

Lire aussi le point de vue du neurobiologiste Thomas Boraud : « Cogitez si vous voulez, les décisions sont irrationnelles »

Notes

  • 1.Unité CNRS/Université Claude-Bernard.
  • 2.The Enigma of Reason. A New Theory of Human Understanding, Allen Lane, mars 2017, 416 pages.
  • 3.Directeur de recherche à l’Institut des sciences cognitives Marc-Jeannerod (CNRS/Université Claude-Bernard).
  • 4.« Integration of individual and social information for decision-making in groups of different sizes », S. A. Park, S. Goïame, D. A. O’Connor et J.-C. Dreher, Plos Biology, publié en ligne le 28 juin 2017.

Émissions de CO2 : L’effondrement nutritionnel – l’humanité pourrait ne pas pouvoir se nourrir au cours de la prochaine décennie

L’accroissement du CO2 atmosphérique provenant des sources de combustion affecte non seulement le climat, mais également la capacité des plantes et l’alimentation des insectes polinisateurs en produisant de de la nourriture appauvrie en nutriments pour l’espèce humaine.

Quelques références.

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Helena Bottemiller Evich. « The great nutrient collapse – The atmosphere is literally changing the food we eat, for the worse. And almost nobody is paying attention », The Agenda, 2017-09-13,

[ https://www.politico.com/agenda/story/2017/09/13/food-nutrients-carbon-dioxide-000511 ]

*

Abdi Latif Dahir. « In 10 years, the world may not be able to feed itself », World Economic Forum, Agenda, 12 Sep 2017

[ https://www.weforum.org/agenda/2017/09/in-10-years-the-world-may-not-be-able-to-feed-itself/ ]

*

Irakli Loladze. « Rising atmospheric CO2 and human nutrition: toward globally imbalanced plant stoichiometry? », Trends in Ecology & Evolution, Volume 17, Issue 10, 1 October 2002, Pages 457-461, https://doi.org/10.1016/S0169-5347(02)02587-9,

[ http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0169534702025879 ],

[ http://88.167.97.19/albums/files/TMTisFree/Documents/Climate/Rising_atmospheric_CO2_and_human_nutrition_toward_globally_imbalanced_plant_stoichiometry_LoladzeCO2andNutrition.pdf ],

*

Irakli Loladze. « Hidden shift of the ionome of plants exposed to elevated CO2 depletes minerals at the base of human nutrition », eLife. 2014; 3: e02245, 2014 May 7, Max Planck Institute for Chemical Ecology, Germany, doi:10.7554/eLife.02245,

[ https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4034684/ ],

[ https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4034684/pdf/elife02245.pdf ]

*

Nate Seltenrich. « Estimated Deficiencies Resulting from Reduced Protein Content of Staple Foods: Taking the Cream out of the Crop? », Environ Health Perspect, 22 September 2017, DOI:10.1289/EHP2472,

[ https://ehp.niehs.nih.gov/ehp2472/ ],

[ https://ehp.niehs.nih.gov/wp-content/uploads/2017/09/EHP2472.alt_.pdf ]

*

Lewis H. Ziska, Jeffery S. Pettis, Joan Edwards, Jillian E. Hancock, Martha B. Tomecek, Andrew Clark, Jeffrey S. Dukes, Irakli Loladze, H. Wayne Polley. « Rising atmospheric CO2 is reducing the protein concentration of a floral pollen source essential for North American bees », 13 April 2016, DOI: 10.1098/rspb.2016.0414,

[ http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/283/1828/20160414 ],

[ http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/283/1828/20160414.full.pdf ]

*

Qi Deng, Dafeng Hui, Yiqi Luo, James Elser, Ying-Ping Wang, Irakli Loladze, Quanfa Zhang, Sam Dennis. « Down-regulation of tissue N:P ratios in terrestrial plants by elevated CO2 », 1 December 2015, DOI: 10.1890/15-0217.1,

[ http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1890/15-0217.1/full ],

[ https://www.researchgate.net/profile/Dafeng_Hui/publication/288827527_Deng_Ecology_15-02172E1/data/5684aa9408aebccc4e0feb0d/Deng-Ecology-15-02172E1.pdf ]

*

Justin M. Mcgrath, David B. Lobell. « Reduction of transpiration and altered nutrient allocation contribute to nutrient decline of crops grown in elevated CO2 concentrations », Plant, Cell and Environment, Volume 36, Issue 3, March 2013, pages 697–705, Willey, DOI: 10.1111/pce.12007,

[ http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/pce.12007/full ],

[ http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/pce.12007/epdf ]

L’économie monétaire, un système déficient, incompatible avec l’environnement biophysique

Une excellente analyse de Jean-Marc Jancovici sur le fonctionnement de l’économie monétaire. Une lecture claire pour comprendre pourquoi ce système est déficient. Jean-Marc Jancovici est ingénieur conseil en énergie et en climat, cofondateur de Carbone 4 et des Entretiens deCombloux, président du think tank The Shift Project, auteur et concepteur initial du bilan carbone de l’ADEME, enseignant, conférencier et chroniqueur indépendant.

https://jancovici.com/transition-energetique/choix-de-societe/leconomie-peut-elle-decroitre/

L’économie peut-elle décroître ? • Jean-Marc Jancovici

1 juillet 2014

Question stupide, votre honneur : évidemment que non, l’économie ne peut pas décroître. Sauf à l’occasion d’épisodes aussi brefs qu’indésirables, la vocation de l’économie, c’est de croître, et en général nous croissons bel et bien, non mais sans blague !

Lire la suite ici : https://jancovici.com/transition-energetique/choix-de-societe/leconomie-peut-elle-decroitre/

 

Un autre système économique et social doit être mis en place

Depuis 2014, l’IRASD effectue des recherches sur l’Antropocène ce qui nous a mené à trouver dans la littérature scientifique de nombreuses références d’études concernant les troubles comportementaux induits par le concept d’argent et ses mécanismes de l’économie monétaire et de la finance. Déni de la réalité factuelle, dissonances cognitives, biais cognitifs, heuristique de jugement, décisions, croyances et jugements erronés sont les pires stratégies comportementales déviantes de l’humanité responsables des dommages irréversibles comme les changements climatiques, la pollution, la surexploitation des ressources humaines et naturelles.

Un article porteur qui va dans le sens des hypothèses ouvertes par l’IRASD sur ces sujets de recherche. Les solutions viables adaptées aux comportements humains demeurent toutefois à élaborer.


https://www.facebook.com/notes/jo%C3%ABlle-leconte/jour-du-d%C3%A9passement-il-faut-inventer-un-monde-de-post-croissance-interview-de-ph/1474707469234483/

Jour du dépassement «Il faut inventer un monde de post-croissance» – Interview de Philippe Bihouix – 01/08/2017

Libération, le 1er aout 2017 : http://www.liberation.fr/planete/20… Pour l’ingénieur Philippe Bihouix, la croissance n’est plus souhaitable. Un autre système économique et social doit être mis en place pour impulser la transition écologique. Philippe Bihouix est ingénieur et auteur de l’Age des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable, aux éditions du Seuil. Le jour du dépassement arrive chaque année un peu plus tôt. N’a-t-on pas déjà atteint un point de non-retour ?

Le point de non-retour a déjà été franchi dans plusieurs domaines. Le problème, c’est que nous ne mesurons pas l’ampleur de la catastrophe. C’est le syndrome du décalage du point de référence (ou shifting baselines), théorisé par le biologiste Daniel Pauly. Nous échouons à transmettre d’une génération à l’autre la dégradation de notre environnement, la perte de biodiversité. Mon fils s’extasie quand il voit une grenouille, grenouille que je pouvais encore disséquer en cours de science naturelle, quand mon père, lui, en voyait des centaines. La dégradation de la planète peut encore s’accentuer, via l’exploitation des ressources. Nous pouvons continuer à aller chercher du pétrole, du gaz naturel ou des minerais, moins concentrés et moins accessibles, avec des rendements inférieurs et des conséquences environnementales accrues. La question subsidiaire étant : peut-on inverser la vapeur ? La bonne nouvelle, c’est que nous avons une forte capacité d’adaptation et d’innovation. Mais comment orienter cette incroyable capacité à inventer dans le bon sens et à la bonne vitesse ?

Les innovations et la haute technologie peuvent-elles nous sauver ?

Il y a de nombreuses promesses technologiques. Le problème, c’est que le numérique nous a donné l’impression que les hautes technologies pouvaient nous sauver. Or, nous ne pouvons pas réaliser dans le monde physique les progrès phénoménaux que nous avons connus avec le numérique. Nous nous heurtons d’abord à la question des ressources non renouvelables, de certains métaux comme le néodyme pour les éoliennes ou le lithium dans les voitures électriques. Et puis il y a une seconde contrainte, celle liée à la vitesse de généralisation. On espère ainsi que toute nouvelle technologie va pouvoir être déployée à l’échelle planétaire sur une période de dix ou vingt ans, de la même manière que les réseaux internet. Là encore, c’est un très mauvais calcul. On peut rajouter un macrosystème technique sur un autre, en installant par exemple des antennes pour créer un réseau internet sur un réseau électrique et de transport déjà existant. Et ça fonctionne. Mais quand il s’agit de remplacer un macrosystème par un autre, par exemple de remplacer le moteur thermique par un électrique, on se heurte là à la capacité industrielle de déploiement du réseau énergétique nécessaire.

L’économie collaborative paraît être une bonne solution pour diminuer notre consommation…

Oui, mais elle produit un effet pervers appelé «l’effet rebond». Si trois passagers relient Paris à Strasbourg en covoiturage par exemple, on est tenté de dire que l’on divise par trois la quantité consommée de carburant. Mais dans cette voiture, il y a qui ? Un étudiant qui a saisi l’opportunité de faire Paris-Strasbourg pour aller voir un copain et qui n’aurait pas forcément fait le trajet si le service n’avait pas existé. On a une autre personne qui aurait pris le train mais a préféré la voiture parce que c’était moins cher et c’est difficile de lui en vouloir. Le chauffeur, lui, fait Paris-Strasbourg plus souvent parce que la contribution économique des deux autres lui permet de payer le péage et le carburant. A l’échelle du pays, la consommation de carburant ne baisse pas.

Finalement, sans sobriété, il n’existe pas de solution technologique ?

La croissance n’est plus possible. Elle ne reviendra pas à la hauteur des fantasmes de nos dirigeants. Et elle n’est pas souhaitable, puisqu’on ne sait pas à la fois diviser nos émissions de gaz à effet de serre par quatre et faire de la croissance. La décroissance, ce n’est pas la caricature de l’inverse de la croissance. Mais une volonté de décroître en termes de consommation d’énergie, de matières premières et de production de déchets. D’inventer un autre système économique, social, fiscal, culturel, un monde de post-croissance de plein-emploi, plutôt que continuer à croire au miracle de l’ouragan schumpetérien de la destruction créatrice – alors que toujours plus de gens perdent leur travail.

Comment faire ?

Il n’y a pas d’un côté le décroissant qui fait ses confitures et son compost, et de l’autre l’espoir d’une organisation mondiale de l’environnement. Entre les deux, il y a une gamme incroyable d’actions possibles, au niveau territorial et surtout national, qui permettraient de donner une vraie impulsion à une réelle transition énergétique et écologique.

Comment expliquer le manque d’actions malgré l’urgence ?

On est dans l’injonction contradictoire permanente, dans la dissonance cognitive : d’un côté les mauvaises annonces sur la dégradation de l’état de la planète ; de l’autre des annonces de solutions miracles. Nos dirigeants sont dans une rivalité mimétique – Nantes a un «fablab», Rennes veut le sien – et tentent toujours les vieilles recettes néokeynésiennes : les grands travaux et la relance de la consommation créent les emplois. Cela a bien fonctionné pendant les Trente Glorieuses. Mais désormais la consommation de produits manufacturés ailleurs crée moins d’emplois. Reste alors la politique de grands travaux : il faut faire des aéroports, des LGV, etc. Cela donne des éléphants blancs, qui sont des aberrations dans la forêt économique et environnementale.

Estelle Pattée

L’Antropocène et ses causes, l’oeuf et la poule!

La cognition irrationnelle humaine est le fruit de l’évolution génétique de l’espèce qui a permis sa survie par adaptation aux conditions environnementales biophysiques.

Les causes de l’Anthropocène n’ont pas de liens directs avec la surpopulation, mais avec les stratégies comportementales irrationnelles individuelles et collectives, adoptées par adaptation à l’environnement social, suite à des choix erronés de société commis au fil de l’histoire humaine.

D’une part, ces comportements favorisent des activités qui laissent des traces indélébiles dans l’atmosphère et la géosphère, traces qui seront identifiables dans les futures couches géologiques au cours des prochains millions d’années. D’autre part, ces comportements contribuent à déstabiliser les équilibres de l’environnement biophysique soutenant la vie, qui à son tour va déstabiliser les équilibres des environnements humain et social.

La nature des activités humaines, principalement industrielles, découlent elles-mêmes de l’architecture conceptuelle et fonctionnelle déficiente des sociétés et de la civilisation, qui a mené à l’adaptation des stratégies comportementales de l’espèce humaine pour survivre dans les environnements biophysique et social.

Les concepts et mécanismes choisis instinctivement par l’homme depuis le début de la préhistoire jusqu’au début de l’ère industrielle ont été guidés par la cognition génétiquement irrationnelle de l’espèce humaine, par des idéologies et philosophies erronées, par des carences en connaissances scientifiques, par l’absence d’intégration de ces connaissances rationnelles aux comportements irrationnels et par des changements qui ont modelé continuellement la société, provoquant l’adoption de stratégies comportementales adaptées à la survie en société.

Tant que l’humanité a vécu en symbiose relative avec l’environnement biophysique, il n’y a pas eu trop d’impacts significatifs durant les premiers millions d’années de l’évolution. Il n’est donc pas question d’Anthropocène, puisque les traces sont insignifiantes et négligeables en ne contribuent pas à modifier l’environnement biophysique.

Mais les choix instinctifs que l’homme a faits pour s’organiser en société depuis 100 000 ans ont été ajustés au fil des siècles pour répondre aux nouvelles considérations d’organisations sociales et de changements de stratégies comportementales adoptées qui s’en sont suivies. Elles sont principalement conséquentes aux comportements politiques des décideurs à la tête des nations, des états, modulés par de nouvelles acquisitions de connaissances traitées de manière irrationnelle, ainsi que par la dérive d’idéologies erronées ignorant les réalités factuelles de l’environnement biophysique par carences de connaissances scientifiques et par préséance des comportements cognitifs irrationnels.

Durant la préhistoire, les sociétés ont été guidées par des croyances très connectées aux phénomènes naturels de l’environnement biophysique, ce qui a donné lieu à un respect des forces de la nature – ses lois immuables et intransgressibles – et à une connaissance de base de son fonctionnement, permettant une adaptation suffisante pour assurer la survie et le maintient ou la croissance très lente des populations sans toutefois avoir d’impacts négatifs irréversibles sur l’environnement.

Au néolithique, il y a 10 000 ans, le passage d’un mode de vie « chasseur-cueilleur nomade » au mode de vie « agriculteur sédentaire » a nécessité la mise en place graduelle du concept social de monnaie pour favoriser les échanges de denrées entre les individus de la société. L’invention de la monnaie a favorisé une profonde métamorphose des stratégies comportementales qui se sont mises à dévier radicalement des anciennes en se déconnectant de plus en plus de l’environnement biophysique. L’homme, plutôt que de dépendre de la nature, s’est mis à l’exploiter!

Durant l’antiquité, les sociétés ont été assujetties à des religions mono et poly théistes de plus en plus déconnectées de la nature, avec la complexification des sociétés, pour se connecter sur l’homme et ses comportements sociaux. De nombreuses connaissances de base en sciences sont apparues durant cette période, accompagnées d’idéologies philosophiques relativement rationnelles, possiblement parce que la complexité des sociétés n’influençait pas encore trop les penseurs qui étaient souvent en même temps les découvreurs des sciences.

L’antiquité n’a toutefois pas pu être une période stable de l’histoire de l’humanité parce que le concept erroné d’argent, basé sur la notion irrationnelle de valeur, a favorisé l’adoption de stratégies comportementales déviantes d’exploitation des humains sous forme d’esclavage et d’envahissement de territoires par des guerres, toutes justifiées par des comportements voués à alimenter la croissance de la richesse et la puissance des états. Puissance et richesse étant des notions irrationnelles purement d’origine cognitive humaine tout en étant couplées à la génétique comportementale par les restes préhistoriques de l’instinct de survie.

Au moyen âge, les religions et les croyances ont pris le dessus sur les sociétés pour favoriser l’adoption de stratégies comportementales profondément irrationnelles pendant que les sociétés s’organisaient autour de fortes dépendances à l’état très fragmenté en groupuscules féodaux. Les guerres et conflits pour la richesse ont continué à se multiplier parmi les comportements adoptés parce que les conditions de vie et même de survie étaient loin d’être stables. La croissance des populations et l’absence d’hygiène favorisaient les maladies qui contribuaient à l’adoption de ces stratégies comportementales. Durant cette période, la fracture avec la nature s’accentue au point que l’espèce humaine adopte de plus en plus de comportements orientés vers l’environnement social.

À partir des années 1600-1800, bon nombre de philosophies erronées ont été émises en ignorant totalement les mécanismes les lois naturelles de l’espèce humaine et de l’environnement biophysique parce que les sciences, bien qu’en forte multiplication des découvertes, n’ont pas pu favoriser l’intégration des connaissances factuelles de la réalité avec les pensées philosophiques déconnectées de ces dernières. Les croyances erronées et irrationnelles issues des courants religieux ont également contribué à empêcher l’adoption des connaissances scientifiques par leur réfutation, stratégie comportementale irrationnelle typique.

Lors de l’entrée dans l’ère industrielle, les comportements décisionnels structurants pour la société se sont appuyés sur ces philosophies erronées pour accélérer la progression technique, technologique et même scientifique, basée sur les connaissances des plus récentes découvertes, afin d’exploiter au maximum l’environnement biophysique au bénéfice de la croissance de l’environnement social, principalement l’économie. On assiste à une exacerbation de l’exploitation sous toutes ses formes de l’environnement biophysique au bénéfice du développement des concepts erronés d’argent avec ses mécanismes de l’économie.

Ceci a eu pour conséquence, une croissance exponentielle des techniques, des technologies, de l’économie, de la population et des impacts sur les équilibres entre les environnements biophysique, humain et social. Non seulement l’homme en a été transformé dans son individualité, sa collectivité et ses comportements – adaptation à cette nouvelle société offrant tant de possibilités –, mais la société aussi a été en pleine mutation totalement déconnectée de la réalité biophysique grâce à des idéologies politiques erronées basées sur des philosophies toutes aussi erronées comme celles de Descartes.

Durant toute cette période, la civilisation déstabilisait dangereusement les équilibres de l’environnement biophysique au point de provoquer suffisamment de pollution pour que de nouvelles maladies et troubles de santé apparaissent provoquant des décès par l’utilisation abusive et irraisonnée du charbon qui a précédé les hydrocarbures. Pourtant, on découvrait, à la même époque, les impacts du gaz carbonique sur le climat! Ce qui démontre à quel point l’adaptation des stratégies comportementales déviantes déconnectées des lois immuables et intransgressibles de la nature a prédominé tout au long de l’histoire depuis le néolithique. C’est aussi durant la période industrielle que débute l’Anthropocène.

Depuis l’époque contemporaine, d’autres conséquences des comportements déviants en croissance ont provoqué les deux grandes guerres mondiales. Elles ont été des conséquences de comportements déviants liés au concept erroné d’argent avec ses mécanismes de l’économie. Ces deux grandes guerres ont également favorisé l’explosion de nouvelles technologies qui se sont répandues rapidement dans la civilisation, comme l’automobile avec le pétrole et le nucléaire. Ces technologies, avec la croissance du développement économique et industriel, ont de plus en plus d’impacts sur l’environnement biophysique.

La prise de conscience par l’espèce humaine de ses impacts sur la planète depuis le début du siècle a mené à des réflexions collectives sur le développement qui ont produit la notion de « développement durable ».

Mais cette notion est elle-même erronée en intégrant l’économie comme un pôle du système en tentant d’établir un équilibre avec l’environnement et l’acceptabilité sociale. L’économie étant une composante de la société et non la société elle-même, le modèle de développement durable est conceptuellement déséquilibré et inapplicable. C’est d’ailleurs ce qui a provoqué tous les échecs politiques de tentatives de moderniser la société afin de mettre en application les principes du développement durable.

Un modèle équilibré de développement durable ferait plutôt intervenir un équilibre entre les environnements biophysique, humain et social. Un tel modèle favoriserait une mise en application des principes de développement durable. Il imposerait également des adaptations des stratégies comportementales menant à des activités humaines et à des choix technologiques plus durables et renouvelables.

Aujourd’hui, l’espèce humaine est aux prises avec une société qui, bien qu’elle présente peu de guerres, n’est pas moins exempte de violence et de menaces constantes liées aux stratégies comportementales déviantes des pouvoirs politiques liés au concept erroné d’argent. L’organisation étatique actuelle favorise exclusivement le développement de l’économie monétaire appuyée sur les idéologies gravement erronées du capitalisme et du néolibéralisme.

Cette société est responsable de l’adoption de stratégies comportementales profondément déviantes et de technologies dommageables qui déstabilisent de plus en plus profondément les équilibres de l’environnement biophysique au point de détruire la biodiversité et de mettre à risque la survie même de l’espèce humaine.

Le non respect des lois immuables et intransgressibles de l’environnement biophysique sont favorisés par ces idéologies erronées. L’interaction avec la nature humaine génétiquement irrationnelle des concepts et mécanismes erronés de notre société favorise l’adoption de stratégies comportementales déviantes qui sont toutefois adaptées à notre survie dans ce modèle d’environnement de société.

L’Anthropocène c’est tout cela à la fois! Pour s’en sortir, l’humanité ne pourra pas se contenter d’idéologies déconnectées des sciences ni de comportements approximatifs et irrationnels! Elle va devoir trouver les moyens d’accroître et de généraliser à toute la population d’individus de l’espèce la prise de conscience de cette situation.

Les obstacles psychologiques et neurocognitifs à surmonter sont non seulement politiques, économiques, idéologiques et culturels, mais également génétiques!

On aborde de plus en plus couramment la collapsologie dans les groupes qui réfléchissent à l’Anthropocène. À un tel point que la communauté scientifique elle-même est en train d’adopter un quasi-consensus d’une possible extinction de l’espèce humaine au cours des prochains siècles.

Cette extinction serait provoquée par la déstabilisation des conditions environnementales qui renieraient la vie humaine difficile, sinon impossible. Cette extinction qui, selon certains scientifiques, pourrait ne pas être complète serait toutefois massive. Elle serait précédée par l’effondrement de notre civilisation engendrée par l’impossibilité de la maintenir fonctionnelle parce qu’elle sera elle-même déstabilisée par les nouvelles conditions biophysiques. En bref, l’espèce humaine risque fort bien de ne pas pouvoir s’adapter aux nouvelles conditions environnementales qu’elle est en train de provoquer ni d’adapter sa société pour y faire face.

Si l’irrationnel génétique de la cognition humaine a pu favoriser la survie de l’espèce, l’évolution de sa capacité cognitive ne pêche toutefois pas la réflexion rationnelle et objective. Toutefois, l’espèce humaine n’est pas instinctivement rationnelle et objective. Le cerveau humain ne fonctionne pas ainsi tel que le démontre les neurosciences cognitives. De plus, les limitations sensorielles de l’humain nécessitent des outils technologiques afin de mesurer le réel factuel pour en tenir compte.

Il faut une forte volonté consciente et soutenue pour adopter une cognition rationnelle et objective. Elle ne peut être maintenue ni entretenue sans une acquisition généralisée, importante et continue de connaissances scientifiques qui doivent être appliquées à toutes les stratégies comportementales et décisionnelles individuelles et collectives afin de tenir compte d’un maximum d’impacts des comportements et des choix de société sur les environnements biophysique, humain et social.

Un tel changement de stratégies comportementales n’est possible que si des modifications profondes à notre environnement social en provoquent l’adoption. Le hasard de la cognition irrationnelle ne peut favoriser une telle situation suffisamment rapidement pour assurer une sortie de l’Anthropocène. Exactement comme le hasard de la sélection naturelle, circonscrite aux probabilités des combinaisons génétiques viables, exige du temps dont l’espèce ne dispose plus parce que les changements sont trop rapides et vont s’accélérer tant que les comportements et activités ne changeront pas.

Depuis l’apparition de la vie sur Terre, ses différentes formes ont survécu parce qu’elles ont pu s’adapter aux changements lents et progressifs. Les activités humaines provoquent des changements rapides et soudains. La génétique ne supporte pas cette rapidité! Il n’est donc pas raisonnablement possible d’envisager que la vie puisse réussir à s’adapter dans de telles conditions de changements rapides. D’ailleurs, l’histoire géologique de la planète est jonchée de traces d’extinctions massives qui ont été provoquées par des changements trop rapides.

Les sciences elles-mêmes démontrent qu’aucune technologie ne peut être envisagée pour accélérer l’adaptation qui est assujettie aux lois immuables et intransgressibles de la nature. Par contre, nous pouvons à court terme adopter rapidement de nouvelles technologies qui peuvent réduire l’impact de la civilisation humaine sur les déséquilibres provoqués dans l’environnement biophysique.

Toutefois, il appert que les décisions politiques favorisant l’adoption rapide de ces nouvelles technologies ne sont pas du tout au rendez-vous parce que les stratégies comportementales déviantes influencées par les concepts et mécanismes erronés de l’argent et de l’économie ont préséance sur la raison rationnelle et objective.

Dans cette situation, tant qu’une architecture profondément différente de la société humaine actuelle ne sera pas conçue avec de nouveaux concepts et mécanismes permettant le respect des principes de développement durable avec un modèle équilibré, il sera impossible d’atteindre une pérennité du système.

Une nouvelle architecture de société doit pouvoir provoquer une adaptation qui favorisera l’adoption de stratégies comportementales compatibles avec le respect et le maintien des équilibres entre les lois immuables et intransgressibles de la nature, l’espèce humaine poursuivra sa course pour la croissance économique vers l’effondrement de sa civilisation qui accélérera son extinction.

Jamais, dans toute son histoire, l’humanité, n’a eu à faire face à une situation aussi risquée dont l’ampleur est proportionnelle aux impacts de sa civilisation avec ses stratégies comportementales déviantes qui ne sont que les symptômes de comportements irrationnels, d’erreurs conceptuelles, fonctionnelles et opérationnelles de l’environnement social au fil de l’évolution et de l’histoire de l’espèce.

Il est urgent de concevoir un nouveau modèle de société par une approche rationnelle et objective qui fait fit des philosophies et idéologies erronées pour se concentrer sur des philosophies et idéologies rationnelles et objectives intégrant réellement les connaissances scientifiques cumulées et confirmées récemment par consensus.

Si l’espèce humaine ne réussit pas à tenir compte de la réalité factuelle en délaissant ses comportements irrationnels, le risque d’échec grandira proportionnellement aux efforts pour maintenir la situation actuelle. Pour accomplir ce défi, l’humanité devra contribuer et collaborer aux recherches, au-delà de toutes ses limites et frontières politiques, économiques, idéologiques et culturelles, afin de constituer une compréhension globale et intégrée des causes de l’Anthropocène. Elle devra par la suite faire des choix drastiques pour l’organisation et le fonctionnement de la société. Ces choix ne pourront être approximatifs, ils devront être le résultat d’une architecture de société qui tiendra compte des connaissances, des causes, des impacts, des objectifs et des moyens à disposition afin de provoquer l’adoption de stratégies comportementales durables et pérennes.

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