Analyses

L’Antropocène et ses causes, l’oeuf et la poule!

La cognition irrationnelle humaine est le fruit de l’évolution génétique de l’espèce qui a permis sa survie par adaptation aux conditions environnementales biophysiques.

Les causes de l’Anthropocène n’ont pas de liens directs avec la surpopulation, mais avec les stratégies comportementales irrationnelles individuelles et collectives, adoptées par adaptation à l’environnement social, suite à des choix erronés de société commis au fil de l’histoire humaine.

D’une part, ces comportements favorisent des activités qui laissent des traces indélébiles dans l’atmosphère et la géosphère, traces qui seront identifiables dans les futures couches géologiques au cours des prochains millions d’années. D’autre part, ces comportements contribuent à déstabiliser les équilibres de l’environnement biophysique soutenant la vie, qui à son tour va déstabiliser les équilibres des environnements humain et social.

La nature des activités humaines, principalement industrielles, découlent elles-mêmes de l’architecture conceptuelle et fonctionnelle déficiente des sociétés et de la civilisation, qui a mené à l’adaptation des stratégies comportementales de l’espèce humaine pour survivre dans les environnements biophysique et social.

Les concepts et mécanismes choisis instinctivement par l’homme depuis le début de la préhistoire jusqu’au début de l’ère industrielle ont été guidés par la cognition génétiquement irrationnelle de l’espèce humaine, par des idéologies et philosophies erronées, par des carences en connaissances scientifiques, par l’absence d’intégration de ces connaissances rationnelles aux comportements irrationnels et par des changements qui ont modelé continuellement la société, provoquant l’adoption de stratégies comportementales adaptées à la survie en société.

Tant que l’humanité a vécu en symbiose relative avec l’environnement biophysique, il n’y a pas eu trop d’impacts significatifs durant les premiers millions d’années de l’évolution. Il n’est donc pas question d’Anthropocène, puisque les traces sont insignifiantes et négligeables en ne contribuent pas à modifier l’environnement biophysique.

Mais les choix instinctifs que l’homme a faits pour s’organiser en société depuis 100 000 ans ont été ajustés au fil des siècles pour répondre aux nouvelles considérations d’organisations sociales et de changements de stratégies comportementales adoptées qui s’en sont suivies. Elles sont principalement conséquentes aux comportements politiques des décideurs à la tête des nations, des états, modulés par de nouvelles acquisitions de connaissances traitées de manière irrationnelle, ainsi que par la dérive d’idéologies erronées ignorant les réalités factuelles de l’environnement biophysique par carences de connaissances scientifiques et par préséance des comportements cognitifs irrationnels.

Durant la préhistoire, les sociétés ont été guidées par des croyances très connectées aux phénomènes naturels de l’environnement biophysique, ce qui a donné lieu à un respect des forces de la nature – ses lois immuables et intransgressibles – et à une connaissance de base de son fonctionnement, permettant une adaptation suffisante pour assurer la survie et le maintient ou la croissance très lente des populations sans toutefois avoir d’impacts négatifs irréversibles sur l’environnement.

Au néolithique, il y a 10 000 ans, le passage d’un mode de vie « chasseur-cueilleur nomade » au mode de vie « agriculteur sédentaire » a nécessité la mise en place graduelle du concept social de monnaie pour favoriser les échanges de denrées entre les individus de la société. L’invention de la monnaie a favorisé une profonde métamorphose des stratégies comportementales qui se sont mises à dévier radicalement des anciennes en se déconnectant de plus en plus de l’environnement biophysique. L’homme, plutôt que de dépendre de la nature, s’est mis à l’exploiter!

Durant l’antiquité, les sociétés ont été assujetties à des religions mono et poly théistes de plus en plus déconnectées de la nature, avec la complexification des sociétés, pour se connecter sur l’homme et ses comportements sociaux. De nombreuses connaissances de base en sciences sont apparues durant cette période, accompagnées d’idéologies philosophiques relativement rationnelles, possiblement parce que la complexité des sociétés n’influençait pas encore trop les penseurs qui étaient souvent en même temps les découvreurs des sciences.

L’antiquité n’a toutefois pas pu être une période stable de l’histoire de l’humanité parce que le concept erroné d’argent, basé sur la notion irrationnelle de valeur, a favorisé l’adoption de stratégies comportementales déviantes d’exploitation des humains sous forme d’esclavage et d’envahissement de territoires par des guerres, toutes justifiées par des comportements voués à alimenter la croissance de la richesse et la puissance des états. Puissance et richesse étant des notions irrationnelles purement d’origine cognitive humaine tout en étant couplées à la génétique comportementale par les restes préhistoriques de l’instinct de survie.

Au moyen âge, les religions et les croyances ont pris le dessus sur les sociétés pour favoriser l’adoption de stratégies comportementales profondément irrationnelles pendant que les sociétés s’organisaient autour de fortes dépendances à l’état très fragmenté en groupuscules féodaux. Les guerres et conflits pour la richesse ont continué à se multiplier parmi les comportements adoptés parce que les conditions de vie et même de survie étaient loin d’être stables. La croissance des populations et l’absence d’hygiène favorisaient les maladies qui contribuaient à l’adoption de ces stratégies comportementales. Durant cette période, la fracture avec la nature s’accentue au point que l’espèce humaine adopte de plus en plus de comportements orientés vers l’environnement social.

À partir des années 1600-1800, bon nombre de philosophies erronées ont été émises en ignorant totalement les mécanismes les lois naturelles de l’espèce humaine et de l’environnement biophysique parce que les sciences, bien qu’en forte multiplication des découvertes, n’ont pas pu favoriser l’intégration des connaissances factuelles de la réalité avec les pensées philosophiques déconnectées de ces dernières. Les croyances erronées et irrationnelles issues des courants religieux ont également contribué à empêcher l’adoption des connaissances scientifiques par leur réfutation, stratégie comportementale irrationnelle typique.

Lors de l’entrée dans l’ère industrielle, les comportements décisionnels structurants pour la société se sont appuyés sur ces philosophies erronées pour accélérer la progression technique, technologique et même scientifique, basée sur les connaissances des plus récentes découvertes, afin d’exploiter au maximum l’environnement biophysique au bénéfice de la croissance de l’environnement social, principalement l’économie. On assiste à une exacerbation de l’exploitation sous toutes ses formes de l’environnement biophysique au bénéfice du développement des concepts erronés d’argent avec ses mécanismes de l’économie.

Ceci a eu pour conséquence, une croissance exponentielle des techniques, des technologies, de l’économie, de la population et des impacts sur les équilibres entre les environnements biophysique, humain et social. Non seulement l’homme en a été transformé dans son individualité, sa collectivité et ses comportements – adaptation à cette nouvelle société offrant tant de possibilités –, mais la société aussi a été en pleine mutation totalement déconnectée de la réalité biophysique grâce à des idéologies politiques erronées basées sur des philosophies toutes aussi erronées comme celles de Descartes.

Durant toute cette période, la civilisation déstabilisait dangereusement les équilibres de l’environnement biophysique au point de provoquer suffisamment de pollution pour que de nouvelles maladies et troubles de santé apparaissent provoquant des décès par l’utilisation abusive et irraisonnée du charbon qui a précédé les hydrocarbures. Pourtant, on découvrait, à la même époque, les impacts du gaz carbonique sur le climat! Ce qui démontre à quel point l’adaptation des stratégies comportementales déviantes déconnectées des lois immuables et intransgressibles de la nature a prédominé tout au long de l’histoire depuis le néolithique. C’est aussi durant la période industrielle que débute l’Anthropocène.

Depuis l’époque contemporaine, d’autres conséquences des comportements déviants en croissance ont provoqué les deux grandes guerres mondiales. Elles ont été des conséquences de comportements déviants liés au concept erroné d’argent avec ses mécanismes de l’économie. Ces deux grandes guerres ont également favorisé l’explosion de nouvelles technologies qui se sont répandues rapidement dans la civilisation, comme l’automobile avec le pétrole et le nucléaire. Ces technologies, avec la croissance du développement économique et industriel, ont de plus en plus d’impacts sur l’environnement biophysique.

La prise de conscience par l’espèce humaine de ses impacts sur la planète depuis le début du siècle a mené à des réflexions collectives sur le développement qui ont produit la notion de « développement durable ».

Mais cette notion est elle-même erronée en intégrant l’économie comme un pôle du système en tentant d’établir un équilibre avec l’environnement et l’acceptabilité sociale. L’économie étant une composante de la société et non la société elle-même, le modèle de développement durable est conceptuellement déséquilibré et inapplicable. C’est d’ailleurs ce qui a provoqué tous les échecs politiques de tentatives de moderniser la société afin de mettre en application les principes du développement durable.

Un modèle équilibré de développement durable ferait plutôt intervenir un équilibre entre les environnements biophysique, humain et social. Un tel modèle favoriserait une mise en application des principes de développement durable. Il imposerait également des adaptations des stratégies comportementales menant à des activités humaines et à des choix technologiques plus durables et renouvelables.

Aujourd’hui, l’espèce humaine est aux prises avec une société qui, bien qu’elle présente peu de guerres, n’est pas moins exempte de violence et de menaces constantes liées aux stratégies comportementales déviantes des pouvoirs politiques liés au concept erroné d’argent. L’organisation étatique actuelle favorise exclusivement le développement de l’économie monétaire appuyée sur les idéologies gravement erronées du capitalisme et du néolibéralisme.

Cette société est responsable de l’adoption de stratégies comportementales profondément déviantes et de technologies dommageables qui déstabilisent de plus en plus profondément les équilibres de l’environnement biophysique au point de détruire la biodiversité et de mettre à risque la survie même de l’espèce humaine.

Le non respect des lois immuables et intransgressibles de l’environnement biophysique sont favorisés par ces idéologies erronées. L’interaction avec la nature humaine génétiquement irrationnelle des concepts et mécanismes erronés de notre société favorise l’adoption de stratégies comportementales déviantes qui sont toutefois adaptées à notre survie dans ce modèle d’environnement de société.

L’Anthropocène c’est tout cela à la fois! Pour s’en sortir, l’humanité ne pourra pas se contenter d’idéologies déconnectées des sciences ni de comportements approximatifs et irrationnels! Elle va devoir trouver les moyens d’accroître et de généraliser à toute la population d’individus de l’espèce la prise de conscience de cette situation.

Les obstacles psychologiques et neurocognitifs à surmonter sont non seulement politiques, économiques, idéologiques et culturels, mais également génétiques!

On aborde de plus en plus couramment la collapsologie dans les groupes qui réfléchissent à l’Anthropocène. À un tel point que la communauté scientifique elle-même est en train d’adopter un quasi-consensus d’une possible extinction de l’espèce humaine au cours des prochains siècles.

Cette extinction serait provoquée par la déstabilisation des conditions environnementales qui renieraient la vie humaine difficile, sinon impossible. Cette extinction qui, selon certains scientifiques, pourrait ne pas être complète serait toutefois massive. Elle serait précédée par l’effondrement de notre civilisation engendrée par l’impossibilité de la maintenir fonctionnelle parce qu’elle sera elle-même déstabilisée par les nouvelles conditions biophysiques. En bref, l’espèce humaine risque fort bien de ne pas pouvoir s’adapter aux nouvelles conditions environnementales qu’elle est en train de provoquer ni d’adapter sa société pour y faire face.

Si l’irrationnel génétique de la cognition humaine a pu favoriser la survie de l’espèce, l’évolution de sa capacité cognitive ne pêche toutefois pas la réflexion rationnelle et objective. Toutefois, l’espèce humaine n’est pas instinctivement rationnelle et objective. Le cerveau humain ne fonctionne pas ainsi tel que le démontre les neurosciences cognitives. De plus, les limitations sensorielles de l’humain nécessitent des outils technologiques afin de mesurer le réel factuel pour en tenir compte.

Il faut une forte volonté consciente et soutenue pour adopter une cognition rationnelle et objective. Elle ne peut être maintenue ni entretenue sans une acquisition généralisée, importante et continue de connaissances scientifiques qui doivent être appliquées à toutes les stratégies comportementales et décisionnelles individuelles et collectives afin de tenir compte d’un maximum d’impacts des comportements et des choix de société sur les environnements biophysique, humain et social.

Un tel changement de stratégies comportementales n’est possible que si des modifications profondes à notre environnement social en provoquent l’adoption. Le hasard de la cognition irrationnelle ne peut favoriser une telle situation suffisamment rapidement pour assurer une sortie de l’Anthropocène. Exactement comme le hasard de la sélection naturelle, circonscrite aux probabilités des combinaisons génétiques viables, exige du temps dont l’espèce ne dispose plus parce que les changements sont trop rapides et vont s’accélérer tant que les comportements et activités ne changeront pas.

Depuis l’apparition de la vie sur Terre, ses différentes formes ont survécu parce qu’elles ont pu s’adapter aux changements lents et progressifs. Les activités humaines provoquent des changements rapides et soudains. La génétique ne supporte pas cette rapidité! Il n’est donc pas raisonnablement possible d’envisager que la vie puisse réussir à s’adapter dans de telles conditions de changements rapides. D’ailleurs, l’histoire géologique de la planète est jonchée de traces d’extinctions massives qui ont été provoquées par des changements trop rapides.

Les sciences elles-mêmes démontrent qu’aucune technologie ne peut être envisagée pour accélérer l’adaptation qui est assujettie aux lois immuables et intransgressibles de la nature. Par contre, nous pouvons à court terme adopter rapidement de nouvelles technologies qui peuvent réduire l’impact de la civilisation humaine sur les déséquilibres provoqués dans l’environnement biophysique.

Toutefois, il appert que les décisions politiques favorisant l’adoption rapide de ces nouvelles technologies ne sont pas du tout au rendez-vous parce que les stratégies comportementales déviantes influencées par les concepts et mécanismes erronés de l’argent et de l’économie ont préséance sur la raison rationnelle et objective.

Dans cette situation, tant qu’une architecture profondément différente de la société humaine actuelle ne sera pas conçue avec de nouveaux concepts et mécanismes permettant le respect des principes de développement durable avec un modèle équilibré, il sera impossible d’atteindre une pérennité du système.

Une nouvelle architecture de société doit pouvoir provoquer une adaptation qui favorisera l’adoption de stratégies comportementales compatibles avec le respect et le maintien des équilibres entre les lois immuables et intransgressibles de la nature, l’espèce humaine poursuivra sa course pour la croissance économique vers l’effondrement de sa civilisation qui accélérera son extinction.

Jamais, dans toute son histoire, l’humanité, n’a eu à faire face à une situation aussi risquée dont l’ampleur est proportionnelle aux impacts de sa civilisation avec ses stratégies comportementales déviantes qui ne sont que les symptômes de comportements irrationnels, d’erreurs conceptuelles, fonctionnelles et opérationnelles de l’environnement social au fil de l’évolution et de l’histoire de l’espèce.

Il est urgent de concevoir un nouveau modèle de société par une approche rationnelle et objective qui fait fit des philosophies et idéologies erronées pour se concentrer sur des philosophies et idéologies rationnelles et objectives intégrant réellement les connaissances scientifiques cumulées et confirmées récemment par consensus.

Si l’espèce humaine ne réussit pas à tenir compte de la réalité factuelle en délaissant ses comportements irrationnels, le risque d’échec grandira proportionnellement aux efforts pour maintenir la situation actuelle. Pour accomplir ce défi, l’humanité devra contribuer et collaborer aux recherches, au-delà de toutes ses limites et frontières politiques, économiques, idéologiques et culturelles, afin de constituer une compréhension globale et intégrée des causes de l’Anthropocène. Elle devra par la suite faire des choix drastiques pour l’organisation et le fonctionnement de la société. Ces choix ne pourront être approximatifs, ils devront être le résultat d’une architecture de société qui tiendra compte des connaissances, des causes, des impacts, des objectifs et des moyens à disposition afin de provoquer l’adoption de stratégies comportementales durables et pérennes.

L’IRASD a deux ans d’existence

L’IRASD a été mis en place en 2014 pour effectuer les recherches nécessaires à la compréhension profonde et élargie de la phénoménologie humaine et de son éthologie [1] responsables des symptômes actuels reflétés par la dégradation de la planète et l’accroissement des risques d’effondrement de la civilisation et d’extinction de l’espèce humaine.

Nous abordons tous les domaines de connaissances scientifiques pour compiler celles qui nous paraissent essentielles à la compréhension suffisante des causes inhérentes à la situation actuelle de l’humanité [2].

La finalité de ces recherches documentaires est de pouvoir exploiter ces connaissances pour architecturer de nouveaux concepts et mécanismes de société afin de mettre en place les changements requis à l’environnement social de manière à induire chez l’espèce humaine les adaptations comportementales nécessaires à la résolution de la situation pour assurer la pérennité renouvelable de la civilisation et la survie durable de l’espèce. Notre plan de travail s’échelonne sur quelques décennies.

Toutefois, les résultats de recherches cumulées jusqu’à maintenant tendent à démontrer que l’espèce humaine, malgré sa capacité cognitive et d’adaptation, ne semble pas posséder le potentiel évolué nécessaire pour intégrer toutes ces connaissances, généraliser les concepts et les mettre à profit de manière globale dans le but de réformer son modèle de civilisation.

Dans les faits c’est tout le contraire que nous observons au niveau comportemental : fragmentation et limitation des connaissances, spécialisation à outrance au détriment du généralisme, freinage excessif de l’innovation au profit de la croissance économique monétaire, érosion des compétences, accumulation de mauvaises décisions politiques et économiques favorisant l’aggravation accélérée de la situation, etc.

L’écopsychologie nous révèle qu’avec la prise de conscience de ces menaces, l’humain adopte des comportements nuisibles aux solutions et donc à sa survie. Déni, transfert de responsabilité, dissociation et dissonances cognitives sont autant de stratégies comportementales psychosociales observées chez les humains qui prennent conscience du problème environnemental et climatique dont ils participent activement à l’accélération, consciemment ou non [3] et dont l’ampleur dépasse largement leur capacité de compréhension et d’adaptation comportementale.

La « fuite par en avant » est surtout intérieure, psychologique et comportementale – donc réactionnelle, liée au refus d’accepter la souffrance inhérente à notre responsabilité pour la destruction de notre environnement biophysique compte tenu de l’ampleur de la problématique qui dépasse l’entendement individuel et collectif.

Dans ce contexte, pour les individus peu enclins à pouvoir acquérir et maîtriser objectivement les connaissances scientifiques, insister sur les faits ne fait qu’empirer les comportements et la situation.

L’IRASD participe à un groupe rassemblant plus de 2300 chercheurs de la société civile qui partagent des articles et réflexions sur la situation de l’espèce humaine en interaction avec ses environnements biophysique et social. On y échange sur les variables qui influencent et accélèrent l’effondrement de la civilisation et l’extinction de l’espèce humaine.

L’observation des sujets et des comportements dans ce groupe permet à l’IRASD d’estimer la capacité de stabilité psychologique de certains individus. Elle démontre qu’il est possible d’aborder en continu des sujets graves sans tomber dans les pièges comportementaux identifiés par l’écopsychologie.

Dans le scénario « business as usual » observé mondialement par les décisions politiques et industrielles, on ne peut estimer autre cible que l’effondrement d’ici quelques décennies et l’extinction d’ici un siècle. Ce qui suppose qu’il faudra non pas quelques décennies, mais plutôt quelques siècles pour faire évoluer les mentalités, les comportements et l’implication dans les recherches et l’architecture de société afin d’éviter ce qui devient clairement inéluctable de jour en jour.

Nous sommes conscients que le défaitisme n’aide en rien. Face aux changements environnementaux et climatiques qui menacent la survie de l’espèce humaine, il faut être proactif. Pour être proactifs, il faut prendre conscience du réel, cerner, définir et mesurer les externalités, se détacher de notre pensée irrationnelle humaine et transcender nos limitations cognitives en abandonnant nos croyances erronées.

« La vérité peut être déroutante. Un certain travail est nécessaire pour la maîtriser. Elle peut contredire profondément nos préjugés. Elle peut ne pas être conforme à ce que nous souhaitons désespérément être vrai. Mais nos préférences ne déterminent pas ce qui est vrai. » – Carl Sagan

Mais pour être proactif, il faut désormais être hyperactif! L’espèce humaine procrastine depuis des siècles. Elle ne dispose plus de suffisamment de temps pour avoir droit à l’erreur dans les changements gargantuesques qu’elle doit apporter à son environnement social et au fonctionnement de sa civilisation.
Ce qui signifie qu’il est urgent de démultiplier les efforts pour comprendre, documenter et éduquer sur la situation dans toutes ses ramifications de connaissances scientifiques, contribuer à la prise de conscience sociale pour accroître l’effet de levier des changements de comportements et d’implication dans la recherche de solutions afin de participer activement et humblement à l’architecture de société requise pour réformer le système le plus rapidement possible, mais surtout pas n’importe comment tel que l’espèce humaine le fait depuis le néolithique…

La neutralité et l’objectivité permettent d’atteindre un équilibre émotionnel entre la prise de conscience du drame avec son urgence d’agir et l’optimisme presque utopique d’un travail actif sur les solutions. Il faut être le plus conscient et compétent possible pour agir du premier coup en minimisant les erreurs de conception et de décision tout en demeurant saints d’esprit!

Nous sommes à l’heure de l’examen final et il n’y aura pas de reprise en cas d’échec. Si nous n’avons pas suffisamment étudié la situation, nos décisions risquent d’être encore erronées et de nous mener du côté sombre de la collapsologie plutôt que de l’espoir utopique de la survie.

Mais l’utopie, c’est aussi le possible dans l’impossible! [4]

L’espèce humaine possède toutes les connaissances pour facilement réaliser l’utopique. Est-elle suffisamment évoluée pour le faire?

[1] https://irasd.wordpress.com/

[2] https://irasd.wordpress.com/planification/plan-de-recherche/

[3] Pour en savoir plus sur les liens entre comportements psychosociaux et environnement : Michel Maxime Egger. « Soigner l’esprit, guérir la Terre – Introduction à l’écopsychologie », 2015, Labor et Fides, collection Fondations écologiques, Genève, 288 p.

[4] https://irasd.wordpress.com/dossiers/generaux/lutopie-le-possible-dans-limpossible/

L’innovation sociale : rénover la société avec un modèle périmé

« De façon simple, l’innovation sociale met en valeur des idées pour améliorer la société. Elle répond à des besoins liés, notamment, au travail, à la santé, à l’éducation et aux communautés. »

Le centre d’innovation sociale « conseillera les usagers dans différents domaines : comptabilité, droit, mentorat, technologie, etc. »

L’innovation sociale, malgré son nom, ne constitue en fait aucune forme d’innovation que ce soit. L’innovation sociale se contente de trouver des activités d’économie sociale tout en réutilisant les concepts et mécanismes établis à la base du fonctionnement de la société humaine. Or l’économie de la société s’appuie sur le concept erroné d’argent responsable de dommages considérables aux environnements humain, social et biophysique. Le minime apport de l’innovation social se bornera à générer un peu d’activité communautaire.

La première erreur de ce projet d’incubateur d’innovation sociale est qu’il sera financé! Ce qui implique que le projet devra rapporter aux investisseurs d’abord, directement ou indirectement et qu’il pourra rapporter à la société ensuite, généralement encore financièrement. Or, tel est le cercle vicieux actuel de la civilisation humaine : tout doit être rentable et rapporter de l’argent, mais ne respecte aucunement les lois immuables intransgressibles de la nature… La conséquence est qu’aucun développement n’est durable ni renouvelable!

« L’économie sociale emploie 150 000 personnes au Québec. Elle compte 7000 entreprises, composées de coopératives et d’OBNL. […] Ensemble, elles génèrent pour plus de 35 milliards de dollars, soit l’équivalent de 10 % du PIB du Québec. »

L’économie sociale vise donc d’abord et avant tout le développement de l’économie monétaire en utilisant le développement de services comme levier. Elle n’est donc qu’une nouvelle manière d’exploiter un filon de la société afin de générer des revenus et de la rentabilité monétaire et non de la véritable innovation sociale vouée au développement durable des individus et de la collectivité.

Or, l’économie monétaire est la principale responsable des problèmes humains, sociaux et environnementaux! Encourager son développement contribue à accentuer les problèmes et à accélérer l’effondrement de la civilisation et l’extinction de l’espèce.

L’impact psychosocial de l’argent sur le comportement humain est largement documenté [1]. Connaissant les conséquences sur la société, l’humain et l’environnement biophysique, il est inacceptable d’imaginer que de l’innovation sociale puisse encore se faire avec le concept erroné d’argent!

Quant aux lois sociales, la plupart sont basées sur des philosophies erronées résultant de la capacité cognitive irrationnelle du cerveau humain. Ces philosophies prétendent que les ressources humaines et naturelles existent pour être exploitées à l’infini afin de créer de la richesse monétaire. Sachant que ces ressources sont physiquement limitées et qu’elles sont exploitées plus vite que leur taux de renouvellement, leur exploitation ne peut pas être durable ni renouvelable. Au contraire, elle est dommageable!

En conséquence, les lois ne permettent que de soutenir et d’entretenir des comportements déviants et des décisions erronées dont les impacts sociaux, humains et environnementaux accélèrent l’effondrement de la civilisation par la surexploitation des ressources humaines et naturelles.

Contrairement à l’architecture de société, qui vise à concevoir de nouveaux concepts et mécanismes permettant à l’humain d’évoluer en société de manière durable avec ses environnements, l’innovation sociale ne fait que reprendre les concepts établis en tentant de renouveler ce qui ne fonctionne pas dans la société. Cela équivaut à tenter de rénover avec des matériaux périmés!

La véritable innovation sociale ne répète pas les erreurs du passé de l’humanité et ne s’appuie pas sur les concepts actuels de société qui sont la cause de sa déchéance.

« On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés. »
– Albert Einstein

La véritable innovation sociale s’appuie sur les principes de l’architecture de société, qui elle-même utilise la démarche et les connaissances scientifiques de tous les domaines cumulées par l’espèce humaine afin d’expliquer les problématiques induites par les concepts et mécanismes actuels de la société et extrapoler les enjeux et les risques de nouveaux concepts et mécanismes de société durable.

« Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change. »
— Henri Laborit, Mon oncle d’Amérique

Ce projet d’incubateur d’innovation sociale n’est donc qu’un symptôme de dissonance cognitive. Il ne produira aucune innovation permettant d’éviter l’effondrement de la civilisation ou l’extinction de l’espèce humaine. À moins qu’il puisse financer des activités d’architecture de société. Ce qui constituerait un risque élevé de corruption comportementale en associant ses activités au concept erroné d’argent…

[1] Kathleen D. Vohs et al. The Psychological Consequences of Money, Science 314, 1154 (2006), [http://science.sciencemag.org/content/314/5802/1154]

Stephen E. G. Lea and Paul Webley. Money as tool, money as drug: The biological psychology of a strong incentive, Behavioral and Brain Sciences / Volume 29 / Issue 02 / April 2006, pp 161- 209, [http://journals.cambridge.org/action/displayAbstract?fromPage=online&aid=420982&fileId=S0140525X06009046]

Srinivas Durvasula, Steven Lysonski. Money, money, money – how do attitudes toward money impact vanity and materialism? – the case of young Chinese consumers, Journal of Consumer Marketing Volume 27, Issue 2, [http://www.emeraldinsight.com/doi/abs/10.1108/07363761011027268]

Paul K. Piffa, Daniel M. Stancatoa, Stéphane Côté, Rodolfo Mendoza-Dentona, and Dacher Keltnera. Higher social class predicts increased unethical behavior, PNAS, March 13, 2012 vol. 109 no. 11, [http://www.pnas.org/content/109/11/4086.abstract?sid=4ba330da-a740-43b9-bfa4-43d357e496dc]

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ÉCONOMIE SOCIALE
Une Maison d’innovation sociale à Montréal
RÉJEAN BOURDEAU
LA PRESSE

De grands partenaires s’apprêtent à lancer une Maison d’innovation sociale à Montréal, a appris La Presse.

L’annonce se fera, en présence du maire Denis Coderre, lors du Forum mondial en économie sociale, qui se tiendra dans la métropole du 7 au 9 septembre. On y accueillera quelque 1400 participants provenant de plus de 50 pays et de 400 villes.

La Fondation Mirella & Lino Saputo et celle de la famille J.W. McConnell, l’Université Concordia, HEC Montréal et le Chantier de l’économie sociale participeront, selon nos informations, à la création de la Maison d’innovation sociale. Les ordres de gouvernement fédéral, provincial et municipal sont aussi impliqués dans ce projet original évalué à plus de 10 millions.

CONCEPT UNIQUE
Ce type d’établissement existe déjà dans certaines villes, dont Toronto. Mais Montréal se distinguera par la nature de ses activités, indiquent des sources.

Ainsi, la Maison n’offrira pas d’espaces collaboratifs pour les travailleurs autonomes. Son but n’est pas de concurrencer des firmes spécialisées dans la location d’espaces de travail partagé. Ni dans d’autres domaines. Elle rassemblera plutôt les compétences présentes dans l’écosystème pour développer des projets d’innovation sociale. On y déploiera des expertises pour « passer de l’idée à l’impact ».

De façon simple, l’innovation sociale met en valeur des idées pour améliorer la société. Elle répond à des besoins liés, notamment, au travail, à la santé, à l’éducation et aux communautés.

SOUTENIR ET PROPULSER
La nouvelle initiative s’adressera aux citoyens et aux entrepreneurs collectifs (coopératives et OBNL) et privés. De même qu’aux forces intellectuelles, technologiques, étudiantes et financières. Elle gardera aussi une présence significative à l’extérieur de Montréal, grâce à des antennes régionales.

Plusieurs services seront offerts aux utilisateurs. D’abord, un centre de référencement et d’expertise accompagnera et conseillera les usagers dans différents domaines : comptabilité, droit, mentorat, technologie, etc.

Ensuite, il y aura un générateur d’innovation sociale. Des experts de tous les horizons proposeront des pistes créatives en innovation ouverte, fondées sur le partage et la collaboration.

Enfin, un laboratoire de recherche offrira des cours, des stages et des recherches appliquées.

La Maison est le fruit d’un projet-pilote mené de novembre 2015 à mars dernier. Il s’adressait à sept entreprises d’économie sociale de Montréal et de l’Outaouais.

La Maison d’innovation sociale ouvrirait ses portes dans la prochaine année, selon nos sources. Le projet avance bien, mais des détails restent à négocier.

FORUM MONDIAL
Le Forum mondial de l’économie sociale, ou GSEF 2016, est organisé par la Ville de Montréal et le Chantier de l’économie sociale, un organisme voué à la promotion de l’entrepreneuriat collectif dans les coopératives et les organismes à but non lucratif (OBNL).

Il s’agit de la troisième édition de cette conférence internationale, née à Séoul, en Corée du Sud, en 2013. Cette année, le thème central porte sur la collaboration entre les gouvernements locaux et les acteurs de l’économie sociale et solidaire pour le développement des villes. Plus de 30 ateliers, des possibilités de réseautage et des visites de terrain à Montréal et en région seront offerts.

L’économie sociale emploie 150 000 personnes au Québec. Elle compte 7000 entreprises, composées de coopératives et d’OBNL. Elles sont présentes dans les secteurs économique, social et culturel. Ensemble, elles génèrent pour plus de 35 milliards de dollars, soit l’équivalent de 10 % du PIB du Québec.

Comportements réels adaptés à un environnement irréel

Voici une observation intéressante qui démontre clairement la capacité d’adaptation humaine à ses environnements. Dans le cas précis, il s’agit d’adaptation à l’environnement social virtualisé par les outils informatiques des réseaux sociaux.

Dans cet exemple, l’humain adopte des comportements réels adaptés à un environnement irréel. Ces comportements ne seraient probablement pas adoptés dans un environnement social réel, ils ne seraient pas les mêmes.

Il ne subsiste donc aucun obstacle théorique permettant de démontrer que l’humain puisse adapter ses comportements à des concepts et mécanismes de société réels mais erronés…

Lorsque les comportements commencent à mettre à risque la capacité de survie de l’espèce en déstabilisant les équilibres nécessaires à l’intégrité de l’espèce ou au maintient de l’environnement biophysique qui soutiennent la vie, on parle de comportements déviants.

Lorsque le jeu se prolonge, y a-t-il une probabilité de transposition des comportements du monde irréel vers le monde réel? Y a-t-il probabilité de reporter des stratégies comportementales adaptées à des concepts erronés dans un environnement naturel? Les réponses semblent bien évidemment affirmatives.

Plus de recherches sont nécessaires à ce stade afin de déterminer le taux de rétention et la capacité de discernement d’un environnement a un autre.

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http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/473256/papa-maman-facebook-et-moi

Papa, maman, Facebook et moi
redaction (Julie Rambal)

« Nous créons du contenu familial chaleureux et avons plus de 15millions defollowers sur le Web, et des milliards de vues. Notre but est de nous amuser et de faire sourire autant de monde que possible», annonce fièrement l’« Eh Bee Family » sur son site. Dans cette tribu youtubeuse américaine, il y a Andres, le père de 38 ans, celui qui tient toujours le téléphone intelligent, « Maman Bee », 36 ans, et leurs deux enfants, surnommés « Monsieur Singe », 9 ans, et « Mademoiselle Singe », 11 ans. Des petits singes savants ? Presque. Car chaque vidéo des Bee tient du zoo intime.

Dans celle postée le 17 février 2016, et intitulée « Concours de danse surprise » (256 206 vues), on peut voir Monsieur Singe se faire couper les cheveux, Mademoiselle Singe chez la pédicure, Maman Bee à la gym, avant une chorégraphie improvisée dans le salon. Chaque séquence est copieusement commentée par le géniteur des prétendus primates. Son fils a obtenu une sucette chez le coiffeur ? Débauche de « Wouaah ! » paternels. Il tarde à réagir quand le mobile est braqué sur lui ? «Parle! Dis quelque chose!» L’oeuvre étant destinée à la postérité numérique, les Bee semblent avoir cessé de se regarder. Même lorsqu’ils se parlent, leurs yeux restent braqués vers le téléphone qui alimente en continu Facebook, Instagram, Twitter, Vine et Snapchat. Des efforts payants : le petit zoo intime est aujourd’hui commandité par Disney, Pepsi, Samsung, Nestlé…

Téléréalité domestique

Ces vlogues (blogues vidéo) familiaux, façon téléréalité domestique, sont majoritairement américains et existent par centaines sur YouTube. Les plus connus sont les « Shaytards » et leurs cinq enfants, « Ellie et Jared », deux garçons en bas âge, et Judy Travis, dont la seule vidéo d’accouchement en direct a eu 17 266 619 vues.

Bien sûr, l’exhibition de descendance n’est pas toujours aussi sophistiquée. C’est parfois une simple photo qui fait la fierté parentale, postée ici et là. Et qui vient gonfler les statistiques : le Wall Street Journal estime qu’à 5 ans, un enfant a déjà 1000 portraits sur Internet. Ce phénomène a gagné son nom : le «sharenting», contraction de «share» (partager) et «parenting» (parentalité). «Le basculement s’est fait avec l’accès aux abonnements illimités, constate Catherine Lejealle, sociologue du numérique. Une quasi-gratuité qui a bouleversé la manière dont chacun documente son quotidien, du plat qu’il mange à sa toilette dans la salle de bain. Autrefois, la photo était une mise en scène des grandes occasions: mariage, baptême, anniversaire. Aujourd’hui, chaque seconde est mise en scène, et n’a de valeur que partagée. Nous sommes dans l’ère de l’euphorie du partage d’existence.» Et dans l’extimité triomphante, une intimité entièrement tournée vers le dehors. «Longtemps, nous avons cru que Big Brother serait une puissance totalitaire. Finalement, chacun accepte d’être son propre bourreau. Et montrer ses enfants devient un élément majeur de cette réalisation de soi dans une existence où le travail n’est plus épanouissant, où les couples éclatent souvent…»

Le « kid shaming » sur Instagram

En 2014, on estimait à 1,8 milliard les photos mises en partage dans le cosmos 2.0. En 2016, grâce à la prolifération des applications sociales, plus de 100 milliards de clichés seront partagés, selon le site Coupofy. Bref, toujours plus d’égoportraits, de clichés de plats sur le point d’être ingérés… et d’enfants. Le sharenting possède même ses sous-genres narratifs : de la première échographie livrée sur Facebook aux millions de photos d’allaitement en libre accès sur Instagram, des petites demoiselles déguisées en princesses, entonnant une comptine sur Vine (une appli de vidéos de 6 secondes) aux jeunes turbulents qu’il devient courant de moquer, selon la nauséabonde tendance (américaine, encore) du «Kid Shaming», ou l’humiliation d’enfant.

Là, une fillette agrippe de ses doigts potelés la pancarte : «J’ai vomi dans mon nouveau siège enfant». Ici, un bébé dort avec une feuille posée sur son ventre précisant : «Je memets à hurler dès que maman s’assied pour dîner», tandis qu’une autre fillette de moins de 6 ans affiche : «Je peux mentir en regardant droit dans les yeux.»

«Embarqués dans le mouvement du virtuel, l’immédiateté du clic, beaucoup perdent toute faculté de jugement, constate la philosophe et psychanalyste Elsa Godart, auteure de Je selfie, donc je suis (Albin Michel). Or montrer ses enfants est dommageable dans la mesure où ils sont chosifiés, on s’approprie leur devenir, la possibilité pour eux de raconter leur propre histoire ultérieure.» Sans oublier que chaque portrait est désormais scanné par les algorithmes, et les applications permettant d’obtenir, à partir d’une simple photo, une biographie personnelle (anniversaire, adresse, goûts, mauvaises habitudes…) seront bientôt légion. «En communication, on dit déjà qu’une photo vaut mille mots, prévient Catherine Lejealle. Et même si la Cour européenne vient de valider le droit à l’effacement, c’est-à-dire la possibilité de réclamer à Google et autres de déréférencer une donnée embarrassante, on sait aujourd’hui qu’on n’efface rien. On peut seulement essayer de rendre une donnée moins visible. De toute façon, personne ne souhaite effacer ses traces. Tout le monde répond que construire son identité est un tel investissement, un tel travail pour exister, qu’il n’y a aucune raison de disparaître.»

Éduquer les parents

Au nom de la légende numérique parentale, les photos d’enfants continuent donc de proliférer. Stéphane Werly, le préposé cantonal à la Protection des données et à la transparence (PPDT) de Genève, constate : «Le fait d’être photographié est une atteinte au droit à l’image, et nous sommes d’ailleurs là pour vérifier qu’il n’existe aucune dérive… mais seulement dans le cadre scolaire. Nous pouvons prévenir les enseignants des risques de mettre en ligne des clichés d’enfants, réclamer des mots de passe, mais les parents ne relèvent pas de notre compétence. Il faudrait sûrement en éduquer quelques-uns. D’ailleurs, chaque individu est protégé par la loi: quiconque estime que sa personnalité est atteinte par une photo, un commentaire, peut saisir les tribunaux, et se retourner, même contre ses parents…»

C’est un signe, Facebook, multinationale qui gagne pourtant des milliards en exploitant chaque donnée personnelle, vient d’annoncer réfléchir à une notification d’alerte pour les personnes s’apprêtant à publier une photo d’enfant. La peur de l’inévitable retour de bâton ?

Consultations publiques sur le climat et le développement durable au Canada

Le gouvernement canadien consulte ses citoyens sur deux aspects importants et inextricablement indissociables même s’il semble avoir séparé les démarches : le climat [1] et le développement durable [2].

Ces consultations sont des occasions pseudodémocratiques pour les ONG environnementales, les regroupements sociaux et les citoyens de déposer des projets structurants pour les politiques, les législations, l’économie et toutes les orientations nationales, mais aussi à l’échelle internationale et locale.

L’IRASD s’est déjà positionnée sur les questions du climat [3] et continuera de le faire. Quant au développement durable, des travaux de recherche en architecture de société ont démontré que le modèle actuel est inutilisable.

Le modèle de développement durable, tel que défini et modulé par les états à partir du rapport Brundtland, est totalement déséquilibré. En effet, les trois pôles de ce modèle devant mener à un équilibre durable du développement sont actuellement l’environnement, le social et l’économie.

Ce modèle fait en sorte que les efforts ne misent que sur la durabilité du développement économique dont les concepts et mécanismes induisent des stratégies comportementales déviantes et des décisions erronées [4]. Les conséquences sont bien documentées scientifiquement : dégradation des équilibres nécessaire à l’intégrité des environnements [5].

Ces trois pôles ne correspondent pas du tout à la réalité. Un modèle équilibré devrait s’appuyer sur l’environnement biophysique, l’environnement humain et l’environnement social. L’équilibre entre ces trois pôles assure le fonctionnement durable du système.

Il ne s’agit toutefois plus essentiellement de développement économique, simple aspect fonctionnel de la société, mais d’équilibre durable pour assurer l’intégrité de l’environnement biophysique, le développement humain et le progrès social tout en assurant l’évolution du système sans dégradation.

À l’opposé, il est démontré à profusion que l’économie monétaire est un puissant vecteur de déséquilibres biophysiques, humains et sociaux. Le fait que l’humain accorde autant de préséance au développement de l’économie est considéré comme un comportement déviant parmi les stratégies comportementales de l’espèce [4].

On comprend mieux dès lors pourquoi aucune tentative sérieuse de la part des états n’a jamais abouti pour implémenter le développement durable avec des résultats significatifs. Dans le modèle Brundtland, l’aspect humain est confondu dans l’aspect social et l’aspect société n’est considéré que sur son volet économie monétaire.

Depuis 3 ans, l’IRASD travaille à documenter son modèle de développement durable qui s’appuie exclusivement sur des bases biophysiques, humaines et sociales. Notre dossier n’étant pas prêt, nous demeurons disponibles pour répondre aux questions.

Il n’en demeure pas moins primordial que les organisations, regroupements et citoyens participent activement et de manière éclairée à ces deux consultations du gouvernement canadien. Et cet éclairage nécessaire pour analyser ces problématiques de climat et de développement durable ne peut se faire en ignorant la recherche et l’analyse en sciences naturelles et sociales.

Le nombre d’aspects et de variables impliquées dans ces deux sujets est tel que sans intégration minimale des solutions aux environnements biophysique, humain et social, les solutions risquent d’accroître les problématiques plutôt que de les résoudre.

L’IRASD invite donc les participants à faire preuve d’esprit analytique, de neutralité, d’objectivité et à se documenter par des recherches afin d’éviter de s’impliquer trop superficiellement dans ces démarches de consultation.

Stéphane Brousseau Directeur de recherche
B.Sc. Géologie
Analyste et architecte en technologies de l’information et des communications Chercheur en Anthropocène et architecture de société durable

[1] Climat : https://www.canada.ca/fr/services/environnement/meteo/changementsclimatiques/action-pour-climat.html

[2] Développement durable : http://www.parlonsdurabilite.ca/intro

[3] Stéphane BROUSSEAU, Les émissions de GES des sables bitumineux. – Contribution du Canada et du Québec au réchauffement climatique. 2016, Institut de recherche en architecture de société durable (IRASD), division Enjeux énergies et environnement, [En ligne], [http://wp.me/P4eYN3-zTt]

[4] Stratégies comportementales psychosociales déviantes : https://irasd.wordpress.com/lexique/strategies-comportementales-psychosociales-deviantes/

[5] http://www.stockholmresilience.org/research/planetary-boundaries.html

Santé mentale et pression fiscale : de l’endettement à la dépression

Une très intéressante analyse de l’IRIS qui pose l’hypothèse du lien direct entre la pression fiscale croissante de l’économie monétaire et la dégradation de la santé mentale des individus soumis à cette pression dont le symptôme qui se multiplie le plus est la dépression et l’échec « social ».

« Cette pression sur les individus fragilise leur santé mentale. Pourtant, on leur fait souvent porter la responsabilité des problèmes qui s’en suivent, tant dans les causes qu’on leur prête que dans les solutions préconisées, qui relèvent généralement de l’auto-prise en charge. Cela a l’effet paradoxal d’intensifier encore davantage la pression que subissent les individus. Notre incapacité à considérer la santé mentale comme un problème social apparaît on ne peut plus clairement dans une publication du Mouvement santé mentale Québec. »

Pour l’IRASD, cette problématique est directement liée aux défauts conceptuels et opérationnels de l’environnement social. En effet, toutes les activités nécessaires au fonctionnement de la société humaine se focalisent essentiellement sur le développement économique monétaire et non sur le développement de l’individu. 

Dans ce contexte, il n’y a pas que les pressions fiscales de l’économie monétaire qui s’exercent sur l’individu, mais tout une sommes complexe de pressions induites par les influences du marketing et des mouvements de masse impliqués dans la consommation de biens et services. 

Lorsque le point de rupture individuel est atteint, la force de décrochage du système devient insoutenable. Si elle perdure, c’est le burnout et la dépression qui surviennent. Et la multiplication des individus en dépression ne peut qu’entraîner tôt ou tard tout le système en dépression par atrophie des ressources humaines.
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http://iris-recherche.qc.ca/blogue/le-fardeau-individuel-de-l-endettement-a-la-depression

LE FARDEAU INDIVIDUEL : DE L’ENDETTEMENT À LA DÉPRESSION

Le niveau d’endettement public est l’argument principal derrière les coupes dans les services publics. Or, à mesure que l’État se désengage de son rôle de protection sociale et que les salaires stagnent, les individus sont forcés de se tourner vers l’endettement individuel pour faire face aux évènements malheureux de la vie, comme la maladie ou le chômage [1].

On observe ces tendances simultanées dans les deux graphiques suivants. Le premier graphique semble complexe, mais il montre simplement que la dette du Québec a cessé de croitre et s’est stabilisée. Le second montre le décollage fulgurant de la dette des ménages au tournant des années 2000.

Note : la ligne jaune démontre la stabilisation de la dette du Québec en pourcentage de la richesse; la dette brute est en pourcentage du PIB; la hausse soudaine à la fin des années 90 est due à une réforme comptable.

Il faudra bien que les artisans et artisanes de l’austérité finissent par reconnaitre que leurs mesures ne diminuent pas l’endettement dans l’absolu, puisqu’il est tôt ou tard transféré de l’État vers les particuliers.

L’IRIS a également montré, par le calcul du déficit humain, que malgré l’adoption d’une loi contre la pauvreté au tournant des années 2000, l’État québécois a plutôt choisi de ralentir la croissance de ses revenus et de ses dépenses en abandonnant à elle-même une part grandissante de la population.

Or, cette individualisation de la responsabilité, typique du néolibéralisme, s’observe également au sujet d’un tout autre enjeu : la santé mentale. Les transformations sociales à l’ère néolibérale se traduisent par une pression accrue sur les individus, notamment les travailleurs et les travailleuses, alors qu’on brandit la menace du chômage et qu’on démantèle les syndicats ainsi que la législation du travail. À l’échelle du lieu de travail, on individualise les objectifs et les récompenses afin d’instaurer une compétition entre les employé·e·s et espérer ainsi aller chercher leur performance maximale.

« Intérioriser » les problèmes

Cette pression sur les individus fragilise leur santé mentale. Pourtant, on leur fait souvent porter la responsabilité des problèmes qui s’en suivent, tant dans les causes qu’on leur prête que dans les solutions préconisées, qui relèvent généralement de l’auto-prise en charge. Cela a l’effet paradoxal d’intensifier encore davantage la pression que subissent les individus. Notre incapacité à considérer la santé mentale comme un problème social apparaît on ne peut plus clairement dans une publication du Mouvement santé mentale Québec.

À la question « Pourquoi la santé mentale est-elle si importante pour les organisations? », on répond que c’est parce que « [c]haque jour, 500 000 Canadiens s’absentent du travail en raison de problèmes de santé mentale » et que « [l]es dépenses engagées par une entreprise pour un employé en congé d’invalidité de courte durée en raison d’une maladie mentale s’élèvent à près du double d’un congé d’invalidité attribuable à un problème de santé physique ». La dépression deviendra d’ailleurs la deuxième cause d’invalidité dans le monde d’ici 2020.

Le chat sort du sac. Si le Mouvement nous enjoint à « créer des liens », « agir », « ressentir » et « se ressourcer », ce n’est donc pas tant parce que l’on veut notre bien, mais plutôt celui de l’entreprise. Car un travailleur ou une travailleuse en burn out ou en dépression, ce n’est pas un travailleur ou une travailleuse qui produit!

Parmi les sept astuces mises de l’avant dans la campagne annulle, aucune ne questionne réellement la responsabilité de l’entreprise dans l’épidémie qui touche à l’heure actuelle le Canada, alors que les diagnostics de troubles de l’humeur ont grimpé de 168 % seulement entre 2003 et 2014 [2].

En lisant que pour prendre soin de son équilibre mental, il faut « reconnaître la valeur des collègues et des employé tout en leur permettant d’apprendre de leurs erreurs », « être ouvert à différents points de vue, à de nouvelles idées » et « favoriser les échanges, la réflexion, le soutien et y participer », on croirait que l’épuisement au travail résulte d’une somme de malentendus et de bêtes conflits interpersonnels.

À une telle vision des choses, il faudrait opposer un cadre d’analyse critique du néolibéralisme, de la flexibilisation de la main-d’œuvre qu’il entraine et de la pression à la performance qu’il cause, même en dehors de la sphère du travail.

Les solutions « extériorisées »

Est-ce le travailleur et la travailleuse qui doivent « changer de rythme pour décompresser, récupérer », ou est-ce l’employeur·e qui doit diminuer ses exigences? On s’évertue à tourner vers l’intérieur la culpabilité d’avoir craqué, questionnant les habitudes de vie de chacun·e, regardant avec suspicion ceux et celles qui ne ressassent pas hebdomadairement leur enfance sur un divan. Toutefois, il faudrait au contraire retourner la suspicion vers l’extérieur, afin de faire de la santé mentale un enjeu de société plutôt qu’un trouble individuel.

Les employeurs et les employeuses en font-ils assez pour respecter les limites à la productivité de leurs employé·e·s? Il ne s’agit pas de faire de la méditation sur l’heure du midi ou forcer le personnel à prendre des formations extracurriculaires sur l’estime de soi, reportant ainsi sur leurs épaules la responsabilité de leur équilibre psychologique. Il s’agirait plutôt d’offrir des mesures de conciliation travail-famille, d’accorder plus de deux semaines de vacances par année, de ne pas imposer d’heures supplémentaires, de ne pas les rejoindre en dehors des heures de travail, voire même (soyons fous) de diminuer le temps de travail.

Les mesures d’austérité ne pourront rien faire pour améliorer cette situation. Bien au contraire, elles augmenteront la précarisation et la détresse psychologique, tout en rendant plus difficile l’accès aux soins de santé appropriés. À cet égard, un sondage de l’Association des psychologues du Québec révélait récemment que les compressions budgétaires avaient érodé les services psychologiques du réseau public.

En cette Semaine nationale de la santé mentale et au lendemain de la Fête des travailleurs et des travailleuses, il importe de pointer les projecteurs sur les déterminants sociaux des problèmes de santé mentale, en questionnant notamment le rôle de l’entreprise, et de rappeler conséquemment l’importance de les prendre en charge collectivement.

La dépression et le burn out sont plus durs à quantifier que l’endettement des ménages, notamment parce qu’ils restent encore aujourd’hui très tabous. On peut néanmoins les lier eux aussi aux aléas du durcissement socio-économique néolibéral.

Céline Hequet

Guillaume Hébert

Les auteur·e·s tiennent à remercier Benjamin Gingras pour ses commentaires.

[1] Statistique Canada, Tableau 105-0501 Profil d’indicateurs de la santé, estimations annuelles, selon le groupe d’âge et le sexe, Canada, provinces, territoires, régions sociosanitaires (limites de 2013) et groupes de régions homologues, CANSIM (base de données), version mise à jour le 22 avril 2016, http://www5.statcan.gc.ca/cansim/a05?lang=fra&id=1050501 (consulté le 3 mai 2016).

[2] Johnna MONTGOMERIE, « America’s Debt Safety-Net », Public Administration, vol. 91, n° 4, 2013, p. 871-888.

Stratégies d’enseignement et d’apprentissage

Un dossier intéressant sur la psychologie de l’apprentissage.

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http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/a/article-des-methodes-d-enseignement-efficaces-32327.php#top

Des méthodes d’enseignement efficaces – Cerveau&Psycho

Certaines façons de travailler facilitent l’apprentissage, d’autres non. Quelles sont les plus intéressantes ?

John Dunlosky, Katherine Rawson, Elisabeth Marsh, Mitchell Nathan et Daniel Willingham

L’enseignement est souvent centré sur un sujet précis, par exemple l’algèbre, les éléments du tableau de Mendeleïv ou la conjugaison. Mais, encore plus qu’emmagasiner des connaissances, apprendre à apprendre est essentiel. On peut ainsi assimiler plus de connaissances, plus vite, et les retenir pendant des années. Depuis plus de 100 ans, les chercheurs en psychologie cognitive et en sciences de l’éducation ont développé de nombreuses méthodes d’enseignement et les ont évaluées. Elles vont de la relecture des notes prises pendant les cours aux résumés, en passant par les autoévaluations. Certaines stratégies répandues améliorent les résultats des étudiants, d’autres sont chronophages et inefficaces. Pourtant, ces conclusions ne sont jamais entrées dans les salles de classe ; les enseignants ignorent ces méthodes étayées par des résultats expérimentaux, et on ne les enseigne pas aux étudiants. En fait, les deux stratégies d’apprentissage que les étudiants utilisent le plus – le surlignage et les relectures multiples – diminueraient même les chances de réussite…

Comment expliquer ce paradoxe ? La quantité de données disponibles sur les méthodes de travail est gigantesque, de sorte que les éducateurs et les étudiants ne savent pas identifier les plus efficaces. Nous l’avons fait pour eux ; nous avons compilé plus de 700 articles scientifiques traitant des 10 méthodes d’enseignement les plus utilisées. Nous nous sommes limités aux stratégies faciles à utiliser et assez efficaces.

Une technique est considérée comme efficace si elle s’applique à plusieurs conditions d’apprentissage, par exemple seul ou en groupe, et si elle est utile quels que soient l’âge de celui qui s’en sert, ses capacités et son niveau préalable de connaissances. En outre, elle doit avoir été testée en situation réelle. Ceux qui en ont bénéficié doivent être plus performants que les autres, et les connaissances acquises doivent être mieux comprises et mieux mémorisées.

Ces critères nous ont permis d’identifier deux méthodes pertinentes dans de nombreuses situations et produisant des résultats à long terme. Nous recommandons trois autres techniques avec quelques réserves, et en avons identifié cinq qui sont inefficaces, soit parce qu’elles sont utiles dans un nombre trop restreint de situations, soit parce qu’il n’existe pas assez de données permettant de les valider. Les chercheurs continuent à explorer ces méthodes, mais élèves et enseignants peuvent s’y fier tout en restant prudents.

Alors pourquoi les étudiants n’utilisent-ils pas des méthodes d’apprentissage plus efficaces ? Les enseignants ne leur apprennent pas les meilleures stratégies, peut-être parce qu’ils ne les connaissent pas eux-mêmes. Nous avons étudié six livres de cours de psychologie de l’éducation, et une seule technique – les mots-clefs mnémotechniques – est abordée dans chaque ouvrage. Aucun livre ne traite de l’utilité, de l’efficacité et des limites des différentes façons d’apprendre.

Les élèves doivent apprendre à apprendre

En outre, le système éducatif met l’accent sur l’enseignement de contenus et des capacités de raisonnement. On passe peu de temps à enseigner comment apprendre. En conséquence, les étudiants qui s’en sortent bien les premières années quand l’apprentissage est surveillé de près se trouvent souvent en difficulté quand ils sont supposés gérer seuls leurs études, au lycée ou à l’université.

On ignore encore à quel âge commencer une technique et à quelle fréquence il faut s’entraîner. Mais les enseignants peuvent déjà utiliser les meilleures démarches dans leurs cours pour que les étudiants les adoptent ensuite. Par exemple, avant de changer de thème, un enseignant peut demander aux étudiants de faire un test d’entraînement couvrant les concepts importants de la session précédente, et leur fournir une correction immédiate ; les étudiants peuvent introduire de nouveaux problèmes au milieu d’exercices similaires ; les enseignants peuvent présenter des concepts importants dans des cours distincts, et inciter les étudiants à s’interroger.

Ces méthodes d’apprentissage ne sont pas la panacée. Elles sont efficaces pour les plus motivés. Mais nous pensons qu’elles augmentent les performances des étudiants en cours, aux examens et… toute leur vie.

1. L’autoévaluation. S’interroger sur ce que l’on vient d’apprendre

Comment ça marche ? L’étudiant réalise des tests d’évaluation de façon autonome, en dehors de la classe. Ce ne sont pas des tests de connaissances. Par exemple, il peut utiliser des cartes d’apprentissage (sous forme papier ou numérique) pour se remémorer des informations, ou répondre aux questions proposées à la fin des chapitres de ses livres de cours. Des centaines d’expériences montrent que l’auto-évaluation améliore l’apprentissage et la mémorisation.

Dans une étude, on demandait à des étudiants en licence de retenir des paires de mots, dont la moitié réapparaissait ensuite dans un test de rappel. Une semaine après, les étudiants se souvenaient de 35 pour cent des paires de mots pour lesquelles ils avaient été testés, mais seulement de 4 pour cent des paires absentes du test de rappel. Les tests d’entraînement déclencheraient une recherche dans la mémoire à long terme, ce qui active diverses informations associées. Plusieurs voies mnésiques seraient sollicitées, processus qui facilite l’accès à l’information.

Quand l’utiliser ? Tous les «  élèves  », de la maternelle à la fin de l’université, voire les adultes, augmentent leurs performances avec des tests d’entraînement. Ils peuvent être utilisés pour tout type d’information, y compris l’apprentissage du vocabulaire des langues étrangères, l’orthographe et la mémorisation des différentes parties d’une fleur. Ils améliorent même la mémoire de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Des tests courts et fréquents sont les plus efficaces, notamment quand l’utilisateur s’autocorrige. Les effets bénéfiques de ces autoévaluations durent des années.

Est-ce pratique ? Oui. L’auto-évaluation demande peu de temps, et peu ou pas d’entraînement.

Comment faire ? Les étudiants peuvent s’autoévaluer avec des cartes d’apprentissage ou en utilisant le système Cornell : pendant la prise de notes en classe, on fait une colonne en marge de la page, où l’on inscrit des mots-clefs ou des questions. Ensuite, on peut se tester en reprenant ces notes et en répondant aux questions (ou en expliquant les mots-clefs).

L’autoévaluation est donc très utile. Les tests d’entraînement sont efficaces quels que soient les informations à retenir, l’âge du sujet et l’intervalle entre les cours.

2. La pratique distribuée. Étaler l’apprentissage dans le temps

Comment ça marche ?

Les étudiants regroupent en général toutes leurs heures de travail – ils bachotent. Pourtant, répartir l’apprentissage dans le temps est bien plus efficace. Dans une étude, des étudiants apprenaient la traduction anglaise de mots espagnols, puis révisaient. Un groupe faisait les révisions juste après l’apprentissage, un autre le lendemain et un troisième après 30 jours. Ce sont les étudiants du troisième groupe qui se souvenaient le mieux des traductions. En analysant 254 études comprenant plus de 14 000 participants, nous avons constaté que les étudiants mémorisent mieux après un apprentissage étalé dans le temps qu’après un apprentissage regroupé.

Quand l’utiliser ? Dès trois ans et à tout âge. La pratique distribuée est efficace pour apprendre le vocabulaire d’une langue étrangère, des définitions, et même les mathématiques, la musique et la chirurgie.

Est-ce pratique ? Oui. Bien que les livres de cours regroupent en général les problèmes par thème, on peut décider de les disperser. Il faut planifier à l’avance ce que l’on va étudier et éviter la procrastination.

Comment faire ? Plus l’intervalle entre deux sessions est long, plus l’apprentissage est efficace. Dans une étude réalisée sur Internet, on a constaté que les performances sont meilleures quand le temps entre deux sessions d’apprentissage correspond à 10 à 20 pour cent du temps de mémorisation – temps pendant lequel on doit retenir l’information. En d’autres termes, pour retenir quelque chose pendant une semaine, les sessions d’apprentissage doivent être espacées de 12 à 24 heures ; pour s’en souvenir pendant cinq ans, elles doivent être séparées de 6 à 12 mois. Contrairement à ce que l’on pense, on retient bien les informations pendant de si longues périodes, et on réapprend vite ce que l’on a oublié. C’est ainsi que l’on mémorise les concepts fondamentaux.

La pratique distribuée est donc très utile. Elle est efficace à long terme quels que soient l’information à retenir et l’âge du sujet. Elle est facile à mettre en œuvre et a été utilisée avec succès dans un grand nombre d’études.

3. L’auto-interrogation. Se poser les bonnes questions

Comment ça marche ?

Nous sommes sans arrêt en train de chercher des explications du monde qui nous entoure : plusieurs données suggèrent aussi qu’inciter les étudiants à répondre à la question « pourquoi ? » facilite l’apprentissage. Avec cette technique, nommée l’auto-interrogation, les utilisateurs répondent, par exemple à des questions telles que   : « Pourquoi est-il cohérent que… ? » ou « Pourquoi est-il vrai que… ? ». Dans une étude, des étudiants lisaient des phrases, par exemple : « L’homme qui avait faim monta dans la voiture. » On demandait ensuite aux sujets d’un premier groupe d’expliquer pourquoi, tandis qu’à ceux d’un autre groupe, on proposait une explication, par exemple : « L’homme qui avait faim monta dans la voiture pour aller au restaurant. » Un troisième groupe lisait simplement les phrases. Lors du test, on demandait aux sujets de rappeler qui faisait quoi (« Qui est monté dans la voiture ? »). Le premier groupe répondait correctement dans 72 pour cent des cas, contre environ 37 pour cent pour les deux autres groupes.

Quand l’utiliser ? Si vous souhaitez apprendre des faits précis, notamment si vous avez déjà des connaissances sur le sujet. Plus vous en savez dans le domaine, plus la méthode est efficace. Par exemple, des étudiants allemands étaient plus performants sur les Länder allemands que sur les provinces canadiennes. Les connaissances préalables permettraient aux étudiants de produire des explications plus appropriées.

Cette technique semble efficace quel que soit l’âge, du CM1 jusqu’au premier cycle universitaire. L’auto-interrogation améliore la mémorisation des faits, mais il est peu probable qu’elle facilite la compréhension. On ignore aussi combien de temps dure le bénéfice.

Est-ce pratique ? Oui. Cette méthode demande peu d’entraînement et peu de temps. Dans une étude, le groupe pratiquant l’auto-interrogation accomplissait une tâche de lecture en 32 minutes, alors que celui qui lisait seulement prenait 28 minutes.

L’auto-interrogation est donc utile dans certains cas ; il est probable qu’elle ne fonctionne pas pour des données complexes. Ses bénéfices seraient limités. Des travaux supplémentaires seront nécessaires pour établir si cette méthode s’applique à diverses situations et à différents types d’information.

4. L’autoexplication. Comprendre ce que l’on a appris

Comment ça marche ? Les utilisateurs expliquent ce qu’ils ont appris, explorant leurs processus mentaux avec des questions du type : « Quelle information la phrase m’apporte-t-elle ? » et « En quoi cette information est-elle liée à ce que je sais déjà ? » Comme l’auto-interrogation, l’autoexplication permettrait d’intégrer des informations nouvelles à des connaissances antérieures.

Quand l’utiliser ? Elle est efficace de la maternelle aux premiers cycles universitaires. Elle aide à résoudre des problèmes de mathématiques et de raisonnement, et à apprendre des textes et des stratégies aux échecs. L’autoexplication permet aux enfants de se souvenir des fondamentaux. Elle améliore la mémorisation, la compréhension et la résolution de problèmes. Mais la plupart des études ont mesuré ses bénéfices après seulement quelques minutes de pratique ; on ignore si la méthode a des effets durables et si elle nécessite des connaissances antérieures.

Est-ce pratique ? Ce n’est pas certain. La plupart des utilisateurs ont besoin de peu d’instructions et d’un entraînement court (bien qu’une étude réalisée avec des élèves de 3e ait montré qu’en l’absence d’entraînement, les jeunes paraphrasaient au lieu d’expliquer). Toutefois, quelques études montrent que cette technique est chronophage, augmentant le temps d’apprentissage de 30 à 100 pour cent.

L’autoexplication est donc modérément utile. Elle fonctionne pour différents sujets, mais des recherches supplémentaires doivent établir si ses effets sont durables et si elle ne prend pas trop de temps à mettre en œuvre.

5. La pratique variable. Mélanger les torchons et les serviettes

Comment ça marche ? Les étudiants travaillent souvent entièrement un sujet avant de passer au suivant. Mais de récents travaux de recherche montrent que la pratique variable est efficace  : les étudiants alternent différents types d’information ou de problèmes. Par exemple, dans une étude, des étudiants de licence apprenaient à calculer les volumes de quatre formes géométriques. Le premier groupe finissait tous les problèmes pour une forme avant de passer à la suivante. Pour le deuxième groupe, les problèmes étaient mélangés. La semaine suivante, le groupe ayant appliqué la pratique variable réussissait mieux le test de calcul. L’alternance encourage les étudiants à sélectionner la meilleure procédure et à comparer différents types de problèmes.

Quand l’utiliser ? Quand les problèmes sont assez similaires, peut-être parce que le fait de les juxtaposer facilite l’identification de ce qui les distingue. Réaliser à la suite tous les items d’une catégorie serait plus efficace quand les problèmes sont différents.

Il est possible que la pratique variable ne soit utile qu’à ceux ayant déjà un certain niveau de compétences. Les performances dépendent aussi du contenu. La méthode améliore la résolution de problèmes d’algèbre. Dans une étude, des étudiants en médecine ont aussi mieux interprété des enregistrements utilisés pour diagnostiquer des troubles cardiaques. Mais deux études portant sur l’apprentissage de vocabulaire en langue étrangère ont montré que la pratique variable n’a pas d’effet. Néanmoins, c’est une stratégie intéressante pour les mathématiques.

Est-ce pratique ? Oui. Un étudiant motivé utilise facilement la pratique variable sans instruction. Les enseignants pourraient aussi l’appliquer en classe : ils introduisent un problème (ou un thème) et travaillent sur ce sujet ; puis ils en présentent un nouveau et le mélangent à des exemples du thème précédent. L’apprentissage prendrait alors un peu plus de temps, mais il serait plus efficace et les élèves auraient de meilleurs résultats.

La pratique variable est donc modérément utile. Elle améliore l’apprentissage, la mémorisation de données mathématiques et stimule d’autres capacités cognitives. Peu de travaux évaluent cette technique et plusieurs résultats sont négatifs. Mais les études portant sur l’apprentissage moteur soulignent l’intérêt de cette pratique. La méthode ne fonctionnerait pas systématiquement ou elle ne serait pas toujours utilisée de façon appropriée.

Les méthodes qui ne fonctionnent pas

Ces méthodes ne sont pas utiles, car elles sont inefficaces, coûteuses en énergie ou en temps, ou ne sont bénéfiques que pour quelques apprentissages et pour de courtes périodes. La plupart des étudiants relisent et surlignent ce qu’ils font. Pourtant, ces techniques n’augmentent pas les performances et détournent les étudiants des stratégies plus efficaces. D’autres méthodes citées ici sont simplement chronophages.

Surligner

Les étudiants soulignent, surlignent ou marquent, avec des symboles par exemple, ce qu’ils apprennent. C’est simple et rapide, mais cela n’améliore pas les performances. Dans différentes études, surligner s’est révélé inefficace pour des stagiaires de l’armée de l’air, pour des enfants, pour des étudiants en licence. Souligner est aussi inutile quels que soient la longueur des textes et le sujet. En fait, ces techniques seraient même délétères pour certaines tâches. Une étude a montré que le fait de souligner diminue les capacités de raisonnement par inférence pour des étudiants en histoire ; cette tâche attirerait l’attention sur des items particuliers, et non sur le lien entre les données.

Que faire à la place ? Surligner ou souligner peut être une première étape, si l’information marquée est ensuite transformée en cartes d’apprentissage ou en autoévaluations. Comme les étudiants continueront d’utiliser cette technique, il faudrait leur apprendre à la faire de façon plus efficace – c’est-à-dire plus judicieusement, en surlignant moins de choses et en associant une autre méthode d’apprentissage.

Relire

Selon une enquête réalisée auprès des étudiants d’une université américaine, 84 pour cent d’entre eux relisent plusieurs fois leurs livres ou leurs notes quand ils étudient. Cela ne nécessite aucun entraînement, prend peu de temps, et quelques bénéfices ont été rapportés avec des tests de rappel ou des tests de textes à trous.

Pourtant, aucune étude n’indique que relire améliore la compréhension, et l’effet du niveau préalable de connaissances ou de compétences reste inexploré. Seule la seconde lecture est bénéfique, les avantages diminuant pour les répétitions ultérieures. Et aucune étude n’a évalué cette technique pour des contenus de cours réels.

Que faire à la place ? Ne perdez pas votre temps, appliquez d’autres stratégies telles que l’auto-interrogation, l’autoexplication et l’autoévaluation. Relire donne des résultats médiocres.

Trois autres méthodes, moins utilisées, ont obtenu de piètres résultats lors de notre évaluation ; « L’imagerie mentale pour l’apprentissage de textes » doit être mieux étayée avant d’être recommandée ; les résumés et les mots-clefs mnémotechniques semblent inefficaces et chronophages.

Avec la technique des résumés, les étudiants identifient les points importants du texte et éliminent le reste. Il est difficile de dire si cette technique fonctionne, car elle est hétérogène ; on ignore s’il est efficace de résumer de petites parties d’un texte ou plutôt de longs passages, ni si la longueur, la facilité de lecture ou l’organisation du contenu sont importantes.

Avec la technique des mots-clefs mnémotechniques, l’imagerie mentale augmenterait la mémorisation. Ainsi, un étudiant anglophone apprenant le mot français dent utilise par exemple le mot anglais à consonance similaire dentist pour former une image mentale d’un dentiste tenant une molaire. Les méthodes mnémotechniques semblent utiles pour le vocabulaire d’une langue étrangère, les définitions de mots et la terminologie médicale, mais elles ne seraient pas efficaces à long terme ; les efforts investis pour produire des mots-clefs seraient une perte de temps.

Une autre méthode utilisant des images mentales permet aux étudiants d’apprendre des textes : ils créent des images pour chaque paragraphe lu. Les études scientifiques de cette technique donnent des résultats contradictoires, avec peu d’effets à long terme. Les enseignants pourraient suggérer aux étudiants d’essayer avec des textes faciles à mettre en images, mais rien ne prouve que c’est utile.

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