Analyses

Notre raison est-elle rationnelle? | CNRS Le journal

Les preuves scientifiques s’accumulent contre la «raison» humaine en faveur d’une cognition génétiquement irrationnelle.

https://lejournal.cnrs.fr/articles/notre-raison-est-elle-rationnelle

Notre raison est-elle rationnelle?

L’adage dit qu’on a toujours deux raisons pour faire quelque chose : une bonne raison et la vraie raison. Des travaux en neurosciences et en psychologie tendent aujourd’hui à montrer que la vraie raison est rarement rationnelle.

Faites entrer l’accusé ! Un tribunal scientifique, présidé par des chercheurs en sciences cognitives, ouvre un procès inédit : celui de notre raison. D’un côté la défense se veut sereine. Les preuves sont là : des centaines voire des milliers d’écrits de philosophes ou encore de longues listes de prix distinguant les plus grands savants qui ont éclairé au fil des siècles la connaissance humaine. La démonstration est irréfutable, triomphante : notre raison célèbre la logique, seule à même d’éclairer nos choix.

De l’autre, l’accusation n’est pas en reste : sur sa table, des piles d’articles scientifiques, des résultats d’imagerie cérébrale, autant d’expériences de psychologie et de neurosciences.

La fonction première de la raison est sociale.

Leur ouvrage, L’Énigme de la raison2, a de quoi semer le doute dans l’assemblée. Fruit d’un travail de longue haleine, ce livre s’oppose avec force et conviction aux tenants de la raison dite intellectualiste : « La fonction première de la raison est sociale », avance ainsi Hugo Mercier.

Logique ou conformisme ?

Allons là où se tranche le débat : dans la tête d’un juré au moment de livrer son verdict. Sa décision finale est-elle le fruit d’un raisonnement personnel, logique et rigoureux, ou le résultat d’un processus plus intuitif et social ? Pour y répondre, le neuroscientifique lyonnais Jean-Claude Dreher3 a réalisé une étude originale publiée en juin 2017 dans la revue Plos Biology4.

Voici comment. Plongez un juré dans un instrument d’imagerie cérébrale fonctionnelle et demandez-lui de statuer sur plusieurs affaires criminelles. Pour chaque cas, une fois son verdict établi, proposez-lui de réviser, le cas échéant, son jugement en fonction des avis des autres jurés. Observez alors ce qui se passe dans son cerveau quand il prend la décision finale.

Résultat : « Nous avons observé que plus la confiance d’un juré en son propre verdict est faible, plus il aura tendance à réviser son jugement et à suivre la décision collective. L’avis du jury pèse d’autant plus sur la décision individuelle que le nombre de jurés est élevé », explique Jean-Claude Dreher. Notre raison serait-elle donc plus conformiste que prompte à affirmer sa propre logique ? « Le biais de conformisme a souvent été invoqué pour expliquer ce comportement. Ici, c’est un mécanisme plus subtil qui est à l’œuvre », nuance le chercheur.

Rendu 3D d’imagerie IRMf montrant la prise de décision au sein du cerveau. Deux régions cérébrales sont impliquées lors d’une décision sociale pondérant la confiance en son propre choix et la crédibilité qu’on accorde à l’information d’autrui : le cortex fronto-polaire (à droite, en rouge) et le cortex cingulaire antérieur (à gauche, en rouge).

De l’inférence à la décision

La prise de décision du juré est en effet plus inférentielle que moutonnière. Inférentielle ? En sciences cognitives, on parle de processus d’inférence lorsqu’un mécanisme permet de tirer des conclusions générales, ou des représentations mentales globales, à partir d’un certain nombre d’informations parcellaires. Par exemple, notre système visuel – composé de plusieurs aires du cerveau, des nerfs optiques et des yeux – permet d’inférer la représentation d’une scène visuelle à partir d’un ensemble hétéroclite et non exhaustif d’informations visuelles perçues. Ou bien, lorsque le matin nous ouvrons nos volets et que nous découvrons un ciel gris et menaçant, nous inférons, sur la base de ce constat et de nos expériences passées, qu’il risque de pleuvoir dans la journée.

La raison ne sert pas tant à guider nos choix qu’à inférer des raisons pour les justifier.

Dans le cas de notre juré, Jean-Claude Dreher et ses confrères sont parvenus à localiser précisément les deux régions du cerveau qui réalisent cette inférence. Il s’agit même ici d’une inférence probabiliste, c’est-à-dire que les informations participant à la prise de décision sont pondérées selon leur degré de certitude.

Comment ? Considérons le cortex frontopolaire, dénommé FPC – pour frontopolar cortex en anglais – situé juste derrière nos yeux. Le FPC est connu pour abriter des facultés cognitives spécifiques à la vie en société : des études chez les primates ont ainsi démontré que la densité de matière grise du FPC augmentait de pair avec les interactions sociales. « Cette région évalue la crédibilité des informations que nous recevons des autres, explique Jean-Claude Dreher. Lorsque le juré prend connaissance du verdict des autres jurés, le FPC en évalue la pertinence. Cette donnée sociale est alors intégrée au sein d’une deuxième région, dans la partie dorsale du cortex cingulaire antérieur, qui joue ici le rôle de centre de décision. Celle-ci résulte alors de l’intégration de l’information sociale en provenance du FPC et de l’information individuelle, tout en pondérant chacune des deux sources par son degré de confiance. »

Des intuitions justifiées par la raison

À l’image de la décision du juré, notre raison serait-elle davantage la combinaison d’intuitions et de jugements sociaux que de raisonnements explicites et de logique ? « Les intuitions jouent un rôle clé dans l’expérience que nous avons du monde, confirme Hugo Mercier. La raison sert avant tout à les expliquer et à les justifier. Par exemple, expliciter avec des mots sa propre décision vient souvent après avoir pris la décision elle-même. La raison ne sert pas tant à guider nos choix qu’à inférer des raisons pour les justifier ». La raison produirait donc après coup ses raisons ? Cette tautologie apparente nous en ferait presque perdre notre latin – il faut dire que l’étymologie commune empruntée au latin ratio est elle-même confondante et n’aide pas vraiment à distinguer la fonction cognitive (la raison) de ses « productions » (les raisons).

Pour tenter de retrouver un peu le sens de la raison, reprenons l’expérience de pensée dans laquelle un individu prend son parapluie un matin où le ciel est nuageux. Même si elle n’y a pas explicitement réfléchi au moment où elle l’a prise, sa décision d’emporter le parapluie découle d’une vague intuition: la présence de nuages est généralement annonciatrice de pluie. Supposons maintenant qu’il ait finalement fait grand soleil toute la journée et que, rentrant le soir, l’individu croise un ami qui l’interroge, surpris, sur la présence du parapluie. C’est seulement là, pour justifier la présence désormais incongrue de cet objet, qu’il va fournir une raison explicite (et rationnelle) à sa décision matinale.

À bien y réfléchir, chacune de nos journées est ainsi rythmée par ces situations où nous devons justifier nos propres décisions aux yeux des autres (famille, amis, collègues de travail, etc.) ? Face au jugement des autres, nous nous faisons constamment l’avocat de nous-même. Et notre raison nous aide à étayer nos plaidoiries.

« Les raisons produites par notre raison sont destinées en premier lieu à l’usage social, gage Hugo Mercier. Sa finalité est argumentative afin de nous justifier et de convaincre les autres. » Et à ce jeu subjectif, la raison n’est pas toujours guidée par un principe intrinsèque d’objectivité. Les raisons objectives relèveraient bien davantage de la morale que de la réalité de notre cerveau.

Mais, rassurons-nous, la « raison interactionnelle », comme la qualifient Hugo Mercier et Dan Sperber, n’aboutit pas forcément à la manipulation ou à la tromperie. Le film Douze hommes en colère illustre sur ce point combien l’échange de raisons au sein d’un jury peut sauver un jeune garçon de la chaise électrique. « Le dénouement heureux de cette fiction peut sembler optimiste, mais plusieurs études en sciences cognitives soulignent à quel point le dialogue au sein d’un groupe conduit à de meilleures solutions », souligne Hugo Mercier. L’étude de Jean-Claude Dreher évoquée précédemment révèle également l’influence parfois positive du groupe. Les scientifiques parlent alors de « sagesse des foules ».

Scène du film «Douze hommes en colère» réalisé en 1957 par Sidney Lumet. Le juré n° 8 (Henry Fonda, debout) expose ses arguments aux autres jurés.

Pourtant, nombreux sont les exemples où une foule fait davantage preuve de folie que de sagesse. Et l’ironie de Pierre Desproges à l’égard des sociétés humaines au sein desquelles « l’intelligence ne s’additionne pas mais se divise », reste toujours aussi mordante et actuelle. La question n’est toutefois pas de faire de cette raison interactionnelle un mécanisme cognitif qui aurait évolué au fil des millénaires au seul bénéfice de la vie sociale.
La théorie de l’évolution ne reconnaît en effet que des avantages sélectifs individuels. Si la société bénéficie des lumières de nos raisons individuelles lorsque celles-ci s’accordent, ces dernières visent bien en premier lieu à promouvoir notre propre intérêt.

« La raison est une adaptation à la vie sociale où la confiance doit être gagnée et demeure limitée et fragile, explique Hugo Mercier. C’est pourquoi nous sommes plus prompts à pointer les erreurs de raisonnement chez les autres qu’à démasquer les nôtres. » En science cognitive, cette mauvaise foi s’illustre au travers de biais cognitifs largement documentés sous les noms de biais de confirmation, effet retour de flamme, dissonance cognitive, etc. « Si la raison, poursuit-il, était avant tout une faculté visant à la construction rigoureuse d’un savoir objectif, comment l’évolution aurait-elle pu sélectionner autant d’imperfections ? » Question d’exigence intellectuelle, pourrions-nous objecter ? Hélas, ces biais ne disparaissent pas non plus des esprits les plus aguerris. L’exemple du prix Nobel de chimie Linus Pauling est sur ce point éloquent. « La qualité de ses travaux scientifiques est incontestable. En revanche, son entêtement à défendre les croyances sur les pouvoirs miraculeux de la vitamine C, censée guérir rhumes et cancers, était totalement irrationnel », rappelle Hugo Mercier.

Il n’y a bien que sous l’hypothèse d’une raison interactionnelle que « ces biais et cette paresse de raisonnement ne sont plus des défauts au regard de l’évolution, souligne le chercheur, mais bien des caractéristiques au service de la véritable fonction de la raison. Nous sommes biaisés vers des raisons qui soutiennent notre point de vue car c’est ainsi que nous pouvons justifier nos actions aux yeux des autres et les convaincre d’embrasser nos idées ».

Faculté distinctive forgée au fil des millénaires, notre raison conjugue autant notre désir de faciliter notre vie sociale que notre crainte légitime envers les esprits malveillants. Dès lors, toute démarche rationnelle nécessite la pleine conscience de notre raison « égoïste » afin de pouvoir en déjouer les biais et les erreurs. C’est dans ce sens que la démarche scientifique s’est instituée : chaque argument y est passé au crible de l’évaluation par la communauté de chercheurs. Au sein de nos multiples interactions sociales, concilier au mieux l’intérêt individuel et collectif demeure encore, sur ce point, un vrai défi pour la raison. ♦

Lire aussi le point de vue du neurobiologiste Thomas Boraud : « Cogitez si vous voulez, les décisions sont irrationnelles »

Notes

  • 1.Unité CNRS/Université Claude-Bernard.
  • 2.The Enigma of Reason. A New Theory of Human Understanding, Allen Lane, mars 2017, 416 pages.
  • 3.Directeur de recherche à l’Institut des sciences cognitives Marc-Jeannerod (CNRS/Université Claude-Bernard).
  • 4.« Integration of individual and social information for decision-making in groups of different sizes », S. A. Park, S. Goïame, D. A. O’Connor et J.-C. Dreher, Plos Biology, publié en ligne le 28 juin 2017.
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Émissions de CO2 : L’effondrement nutritionnel – l’humanité pourrait ne pas pouvoir se nourrir au cours de la prochaine décennie

L’accroissement du CO2 atmosphérique provenant des sources de combustion affecte non seulement le climat, mais également la capacité des plantes et l’alimentation des insectes polinisateurs en produisant de de la nourriture appauvrie en nutriments pour l’espèce humaine.

Quelques références.

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Helena Bottemiller Evich. « The great nutrient collapse – The atmosphere is literally changing the food we eat, for the worse. And almost nobody is paying attention », The Agenda, 2017-09-13,

[ https://www.politico.com/agenda/story/2017/09/13/food-nutrients-carbon-dioxide-000511 ]

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Abdi Latif Dahir. « In 10 years, the world may not be able to feed itself », World Economic Forum, Agenda, 12 Sep 2017

[ https://www.weforum.org/agenda/2017/09/in-10-years-the-world-may-not-be-able-to-feed-itself/ ]

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Irakli Loladze. « Rising atmospheric CO2 and human nutrition: toward globally imbalanced plant stoichiometry? », Trends in Ecology & Evolution, Volume 17, Issue 10, 1 October 2002, Pages 457-461, https://doi.org/10.1016/S0169-5347(02)02587-9,

[ http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0169534702025879 ],

[ http://88.167.97.19/albums/files/TMTisFree/Documents/Climate/Rising_atmospheric_CO2_and_human_nutrition_toward_globally_imbalanced_plant_stoichiometry_LoladzeCO2andNutrition.pdf ],

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Irakli Loladze. « Hidden shift of the ionome of plants exposed to elevated CO2 depletes minerals at the base of human nutrition », eLife. 2014; 3: e02245, 2014 May 7, Max Planck Institute for Chemical Ecology, Germany, doi:10.7554/eLife.02245,

[ https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4034684/ ],

[ https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4034684/pdf/elife02245.pdf ]

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Nate Seltenrich. « Estimated Deficiencies Resulting from Reduced Protein Content of Staple Foods: Taking the Cream out of the Crop? », Environ Health Perspect, 22 September 2017, DOI:10.1289/EHP2472,

[ https://ehp.niehs.nih.gov/ehp2472/ ],

[ https://ehp.niehs.nih.gov/wp-content/uploads/2017/09/EHP2472.alt_.pdf ]

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Lewis H. Ziska, Jeffery S. Pettis, Joan Edwards, Jillian E. Hancock, Martha B. Tomecek, Andrew Clark, Jeffrey S. Dukes, Irakli Loladze, H. Wayne Polley. « Rising atmospheric CO2 is reducing the protein concentration of a floral pollen source essential for North American bees », 13 April 2016, DOI: 10.1098/rspb.2016.0414,

[ http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/283/1828/20160414 ],

[ http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/283/1828/20160414.full.pdf ]

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Qi Deng, Dafeng Hui, Yiqi Luo, James Elser, Ying-Ping Wang, Irakli Loladze, Quanfa Zhang, Sam Dennis. « Down-regulation of tissue N:P ratios in terrestrial plants by elevated CO2 », 1 December 2015, DOI: 10.1890/15-0217.1,

[ http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1890/15-0217.1/full ],

[ https://www.researchgate.net/profile/Dafeng_Hui/publication/288827527_Deng_Ecology_15-02172E1/data/5684aa9408aebccc4e0feb0d/Deng-Ecology-15-02172E1.pdf ]

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Justin M. Mcgrath, David B. Lobell. « Reduction of transpiration and altered nutrient allocation contribute to nutrient decline of crops grown in elevated CO2 concentrations », Plant, Cell and Environment, Volume 36, Issue 3, March 2013, pages 697–705, Willey, DOI: 10.1111/pce.12007,

[ http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/pce.12007/full ],

[ http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/pce.12007/epdf ]

L’économie monétaire, un système déficient, incompatible avec l’environnement biophysique

Une excellente analyse de Jean-Marc Jancovici sur le fonctionnement de l’économie monétaire. Une lecture claire pour comprendre pourquoi ce système est déficient. Jean-Marc Jancovici est ingénieur conseil en énergie et en climat, cofondateur de Carbone 4 et des Entretiens deCombloux, président du think tank The Shift Project, auteur et concepteur initial du bilan carbone de l’ADEME, enseignant, conférencier et chroniqueur indépendant.

https://jancovici.com/transition-energetique/choix-de-societe/leconomie-peut-elle-decroitre/

L’économie peut-elle décroître ? • Jean-Marc Jancovici

1 juillet 2014

Question stupide, votre honneur : évidemment que non, l’économie ne peut pas décroître. Sauf à l’occasion d’épisodes aussi brefs qu’indésirables, la vocation de l’économie, c’est de croître, et en général nous croissons bel et bien, non mais sans blague !

Lire la suite ici : https://jancovici.com/transition-energetique/choix-de-societe/leconomie-peut-elle-decroitre/

 

Un autre système économique et social doit être mis en place

Depuis 2014, l’IRASD effectue des recherches sur l’Antropocène ce qui nous a mené à trouver dans la littérature scientifique de nombreuses références d’études concernant les troubles comportementaux induits par le concept d’argent et ses mécanismes de l’économie monétaire et de la finance. Déni de la réalité factuelle, dissonances cognitives, biais cognitifs, heuristique de jugement, décisions, croyances et jugements erronés sont les pires stratégies comportementales déviantes de l’humanité responsables des dommages irréversibles comme les changements climatiques, la pollution, la surexploitation des ressources humaines et naturelles.

Un article porteur qui va dans le sens des hypothèses ouvertes par l’IRASD sur ces sujets de recherche. Les solutions viables adaptées aux comportements humains demeurent toutefois à élaborer.


https://www.facebook.com/notes/jo%C3%ABlle-leconte/jour-du-d%C3%A9passement-il-faut-inventer-un-monde-de-post-croissance-interview-de-ph/1474707469234483/

Jour du dépassement «Il faut inventer un monde de post-croissance» – Interview de Philippe Bihouix – 01/08/2017

Libération, le 1er aout 2017 : http://www.liberation.fr/planete/20… Pour l’ingénieur Philippe Bihouix, la croissance n’est plus souhaitable. Un autre système économique et social doit être mis en place pour impulser la transition écologique. Philippe Bihouix est ingénieur et auteur de l’Age des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable, aux éditions du Seuil. Le jour du dépassement arrive chaque année un peu plus tôt. N’a-t-on pas déjà atteint un point de non-retour ?

Le point de non-retour a déjà été franchi dans plusieurs domaines. Le problème, c’est que nous ne mesurons pas l’ampleur de la catastrophe. C’est le syndrome du décalage du point de référence (ou shifting baselines), théorisé par le biologiste Daniel Pauly. Nous échouons à transmettre d’une génération à l’autre la dégradation de notre environnement, la perte de biodiversité. Mon fils s’extasie quand il voit une grenouille, grenouille que je pouvais encore disséquer en cours de science naturelle, quand mon père, lui, en voyait des centaines. La dégradation de la planète peut encore s’accentuer, via l’exploitation des ressources. Nous pouvons continuer à aller chercher du pétrole, du gaz naturel ou des minerais, moins concentrés et moins accessibles, avec des rendements inférieurs et des conséquences environnementales accrues. La question subsidiaire étant : peut-on inverser la vapeur ? La bonne nouvelle, c’est que nous avons une forte capacité d’adaptation et d’innovation. Mais comment orienter cette incroyable capacité à inventer dans le bon sens et à la bonne vitesse ?

Les innovations et la haute technologie peuvent-elles nous sauver ?

Il y a de nombreuses promesses technologiques. Le problème, c’est que le numérique nous a donné l’impression que les hautes technologies pouvaient nous sauver. Or, nous ne pouvons pas réaliser dans le monde physique les progrès phénoménaux que nous avons connus avec le numérique. Nous nous heurtons d’abord à la question des ressources non renouvelables, de certains métaux comme le néodyme pour les éoliennes ou le lithium dans les voitures électriques. Et puis il y a une seconde contrainte, celle liée à la vitesse de généralisation. On espère ainsi que toute nouvelle technologie va pouvoir être déployée à l’échelle planétaire sur une période de dix ou vingt ans, de la même manière que les réseaux internet. Là encore, c’est un très mauvais calcul. On peut rajouter un macrosystème technique sur un autre, en installant par exemple des antennes pour créer un réseau internet sur un réseau électrique et de transport déjà existant. Et ça fonctionne. Mais quand il s’agit de remplacer un macrosystème par un autre, par exemple de remplacer le moteur thermique par un électrique, on se heurte là à la capacité industrielle de déploiement du réseau énergétique nécessaire.

L’économie collaborative paraît être une bonne solution pour diminuer notre consommation…

Oui, mais elle produit un effet pervers appelé «l’effet rebond». Si trois passagers relient Paris à Strasbourg en covoiturage par exemple, on est tenté de dire que l’on divise par trois la quantité consommée de carburant. Mais dans cette voiture, il y a qui ? Un étudiant qui a saisi l’opportunité de faire Paris-Strasbourg pour aller voir un copain et qui n’aurait pas forcément fait le trajet si le service n’avait pas existé. On a une autre personne qui aurait pris le train mais a préféré la voiture parce que c’était moins cher et c’est difficile de lui en vouloir. Le chauffeur, lui, fait Paris-Strasbourg plus souvent parce que la contribution économique des deux autres lui permet de payer le péage et le carburant. A l’échelle du pays, la consommation de carburant ne baisse pas.

Finalement, sans sobriété, il n’existe pas de solution technologique ?

La croissance n’est plus possible. Elle ne reviendra pas à la hauteur des fantasmes de nos dirigeants. Et elle n’est pas souhaitable, puisqu’on ne sait pas à la fois diviser nos émissions de gaz à effet de serre par quatre et faire de la croissance. La décroissance, ce n’est pas la caricature de l’inverse de la croissance. Mais une volonté de décroître en termes de consommation d’énergie, de matières premières et de production de déchets. D’inventer un autre système économique, social, fiscal, culturel, un monde de post-croissance de plein-emploi, plutôt que continuer à croire au miracle de l’ouragan schumpetérien de la destruction créatrice – alors que toujours plus de gens perdent leur travail.

Comment faire ?

Il n’y a pas d’un côté le décroissant qui fait ses confitures et son compost, et de l’autre l’espoir d’une organisation mondiale de l’environnement. Entre les deux, il y a une gamme incroyable d’actions possibles, au niveau territorial et surtout national, qui permettraient de donner une vraie impulsion à une réelle transition énergétique et écologique.

Comment expliquer le manque d’actions malgré l’urgence ?

On est dans l’injonction contradictoire permanente, dans la dissonance cognitive : d’un côté les mauvaises annonces sur la dégradation de l’état de la planète ; de l’autre des annonces de solutions miracles. Nos dirigeants sont dans une rivalité mimétique – Nantes a un «fablab», Rennes veut le sien – et tentent toujours les vieilles recettes néokeynésiennes : les grands travaux et la relance de la consommation créent les emplois. Cela a bien fonctionné pendant les Trente Glorieuses. Mais désormais la consommation de produits manufacturés ailleurs crée moins d’emplois. Reste alors la politique de grands travaux : il faut faire des aéroports, des LGV, etc. Cela donne des éléphants blancs, qui sont des aberrations dans la forêt économique et environnementale.

Estelle Pattée

L’Antropocène et ses causes, l’oeuf et la poule!

La cognition irrationnelle humaine est le fruit de l’évolution génétique de l’espèce qui a permis sa survie par adaptation aux conditions environnementales biophysiques.

Les causes de l’Anthropocène n’ont pas de liens directs avec la surpopulation, mais avec les stratégies comportementales irrationnelles individuelles et collectives, adoptées par adaptation à l’environnement social, suite à des choix erronés de société commis au fil de l’histoire humaine.

D’une part, ces comportements favorisent des activités qui laissent des traces indélébiles dans l’atmosphère et la géosphère, traces qui seront identifiables dans les futures couches géologiques au cours des prochains millions d’années. D’autre part, ces comportements contribuent à déstabiliser les équilibres de l’environnement biophysique soutenant la vie, qui à son tour va déstabiliser les équilibres des environnements humain et social.

La nature des activités humaines, principalement industrielles, découlent elles-mêmes de l’architecture conceptuelle et fonctionnelle déficiente des sociétés et de la civilisation, qui a mené à l’adaptation des stratégies comportementales de l’espèce humaine pour survivre dans les environnements biophysique et social.

Les concepts et mécanismes choisis instinctivement par l’homme depuis le début de la préhistoire jusqu’au début de l’ère industrielle ont été guidés par la cognition génétiquement irrationnelle de l’espèce humaine, par des idéologies et philosophies erronées, par des carences en connaissances scientifiques, par l’absence d’intégration de ces connaissances rationnelles aux comportements irrationnels et par des changements qui ont modelé continuellement la société, provoquant l’adoption de stratégies comportementales adaptées à la survie en société.

Tant que l’humanité a vécu en symbiose relative avec l’environnement biophysique, il n’y a pas eu trop d’impacts significatifs durant les premiers millions d’années de l’évolution. Il n’est donc pas question d’Anthropocène, puisque les traces sont insignifiantes et négligeables en ne contribuent pas à modifier l’environnement biophysique.

Mais les choix instinctifs que l’homme a faits pour s’organiser en société depuis 100 000 ans ont été ajustés au fil des siècles pour répondre aux nouvelles considérations d’organisations sociales et de changements de stratégies comportementales adoptées qui s’en sont suivies. Elles sont principalement conséquentes aux comportements politiques des décideurs à la tête des nations, des états, modulés par de nouvelles acquisitions de connaissances traitées de manière irrationnelle, ainsi que par la dérive d’idéologies erronées ignorant les réalités factuelles de l’environnement biophysique par carences de connaissances scientifiques et par préséance des comportements cognitifs irrationnels.

Durant la préhistoire, les sociétés ont été guidées par des croyances très connectées aux phénomènes naturels de l’environnement biophysique, ce qui a donné lieu à un respect des forces de la nature – ses lois immuables et intransgressibles – et à une connaissance de base de son fonctionnement, permettant une adaptation suffisante pour assurer la survie et le maintient ou la croissance très lente des populations sans toutefois avoir d’impacts négatifs irréversibles sur l’environnement.

Au néolithique, il y a 10 000 ans, le passage d’un mode de vie « chasseur-cueilleur nomade » au mode de vie « agriculteur sédentaire » a nécessité la mise en place graduelle du concept social de monnaie pour favoriser les échanges de denrées entre les individus de la société. L’invention de la monnaie a favorisé une profonde métamorphose des stratégies comportementales qui se sont mises à dévier radicalement des anciennes en se déconnectant de plus en plus de l’environnement biophysique. L’homme, plutôt que de dépendre de la nature, s’est mis à l’exploiter!

Durant l’antiquité, les sociétés ont été assujetties à des religions mono et poly théistes de plus en plus déconnectées de la nature, avec la complexification des sociétés, pour se connecter sur l’homme et ses comportements sociaux. De nombreuses connaissances de base en sciences sont apparues durant cette période, accompagnées d’idéologies philosophiques relativement rationnelles, possiblement parce que la complexité des sociétés n’influençait pas encore trop les penseurs qui étaient souvent en même temps les découvreurs des sciences.

L’antiquité n’a toutefois pas pu être une période stable de l’histoire de l’humanité parce que le concept erroné d’argent, basé sur la notion irrationnelle de valeur, a favorisé l’adoption de stratégies comportementales déviantes d’exploitation des humains sous forme d’esclavage et d’envahissement de territoires par des guerres, toutes justifiées par des comportements voués à alimenter la croissance de la richesse et la puissance des états. Puissance et richesse étant des notions irrationnelles purement d’origine cognitive humaine tout en étant couplées à la génétique comportementale par les restes préhistoriques de l’instinct de survie.

Au moyen âge, les religions et les croyances ont pris le dessus sur les sociétés pour favoriser l’adoption de stratégies comportementales profondément irrationnelles pendant que les sociétés s’organisaient autour de fortes dépendances à l’état très fragmenté en groupuscules féodaux. Les guerres et conflits pour la richesse ont continué à se multiplier parmi les comportements adoptés parce que les conditions de vie et même de survie étaient loin d’être stables. La croissance des populations et l’absence d’hygiène favorisaient les maladies qui contribuaient à l’adoption de ces stratégies comportementales. Durant cette période, la fracture avec la nature s’accentue au point que l’espèce humaine adopte de plus en plus de comportements orientés vers l’environnement social.

À partir des années 1600-1800, bon nombre de philosophies erronées ont été émises en ignorant totalement les mécanismes les lois naturelles de l’espèce humaine et de l’environnement biophysique parce que les sciences, bien qu’en forte multiplication des découvertes, n’ont pas pu favoriser l’intégration des connaissances factuelles de la réalité avec les pensées philosophiques déconnectées de ces dernières. Les croyances erronées et irrationnelles issues des courants religieux ont également contribué à empêcher l’adoption des connaissances scientifiques par leur réfutation, stratégie comportementale irrationnelle typique.

Lors de l’entrée dans l’ère industrielle, les comportements décisionnels structurants pour la société se sont appuyés sur ces philosophies erronées pour accélérer la progression technique, technologique et même scientifique, basée sur les connaissances des plus récentes découvertes, afin d’exploiter au maximum l’environnement biophysique au bénéfice de la croissance de l’environnement social, principalement l’économie. On assiste à une exacerbation de l’exploitation sous toutes ses formes de l’environnement biophysique au bénéfice du développement des concepts erronés d’argent avec ses mécanismes de l’économie.

Ceci a eu pour conséquence, une croissance exponentielle des techniques, des technologies, de l’économie, de la population et des impacts sur les équilibres entre les environnements biophysique, humain et social. Non seulement l’homme en a été transformé dans son individualité, sa collectivité et ses comportements – adaptation à cette nouvelle société offrant tant de possibilités –, mais la société aussi a été en pleine mutation totalement déconnectée de la réalité biophysique grâce à des idéologies politiques erronées basées sur des philosophies toutes aussi erronées comme celles de Descartes.

Durant toute cette période, la civilisation déstabilisait dangereusement les équilibres de l’environnement biophysique au point de provoquer suffisamment de pollution pour que de nouvelles maladies et troubles de santé apparaissent provoquant des décès par l’utilisation abusive et irraisonnée du charbon qui a précédé les hydrocarbures. Pourtant, on découvrait, à la même époque, les impacts du gaz carbonique sur le climat! Ce qui démontre à quel point l’adaptation des stratégies comportementales déviantes déconnectées des lois immuables et intransgressibles de la nature a prédominé tout au long de l’histoire depuis le néolithique. C’est aussi durant la période industrielle que débute l’Anthropocène.

Depuis l’époque contemporaine, d’autres conséquences des comportements déviants en croissance ont provoqué les deux grandes guerres mondiales. Elles ont été des conséquences de comportements déviants liés au concept erroné d’argent avec ses mécanismes de l’économie. Ces deux grandes guerres ont également favorisé l’explosion de nouvelles technologies qui se sont répandues rapidement dans la civilisation, comme l’automobile avec le pétrole et le nucléaire. Ces technologies, avec la croissance du développement économique et industriel, ont de plus en plus d’impacts sur l’environnement biophysique.

La prise de conscience par l’espèce humaine de ses impacts sur la planète depuis le début du siècle a mené à des réflexions collectives sur le développement qui ont produit la notion de « développement durable ».

Mais cette notion est elle-même erronée en intégrant l’économie comme un pôle du système en tentant d’établir un équilibre avec l’environnement et l’acceptabilité sociale. L’économie étant une composante de la société et non la société elle-même, le modèle de développement durable est conceptuellement déséquilibré et inapplicable. C’est d’ailleurs ce qui a provoqué tous les échecs politiques de tentatives de moderniser la société afin de mettre en application les principes du développement durable.

Un modèle équilibré de développement durable ferait plutôt intervenir un équilibre entre les environnements biophysique, humain et social. Un tel modèle favoriserait une mise en application des principes de développement durable. Il imposerait également des adaptations des stratégies comportementales menant à des activités humaines et à des choix technologiques plus durables et renouvelables.

Aujourd’hui, l’espèce humaine est aux prises avec une société qui, bien qu’elle présente peu de guerres, n’est pas moins exempte de violence et de menaces constantes liées aux stratégies comportementales déviantes des pouvoirs politiques liés au concept erroné d’argent. L’organisation étatique actuelle favorise exclusivement le développement de l’économie monétaire appuyée sur les idéologies gravement erronées du capitalisme et du néolibéralisme.

Cette société est responsable de l’adoption de stratégies comportementales profondément déviantes et de technologies dommageables qui déstabilisent de plus en plus profondément les équilibres de l’environnement biophysique au point de détruire la biodiversité et de mettre à risque la survie même de l’espèce humaine.

Le non respect des lois immuables et intransgressibles de l’environnement biophysique sont favorisés par ces idéologies erronées. L’interaction avec la nature humaine génétiquement irrationnelle des concepts et mécanismes erronés de notre société favorise l’adoption de stratégies comportementales déviantes qui sont toutefois adaptées à notre survie dans ce modèle d’environnement de société.

L’Anthropocène c’est tout cela à la fois! Pour s’en sortir, l’humanité ne pourra pas se contenter d’idéologies déconnectées des sciences ni de comportements approximatifs et irrationnels! Elle va devoir trouver les moyens d’accroître et de généraliser à toute la population d’individus de l’espèce la prise de conscience de cette situation.

Les obstacles psychologiques et neurocognitifs à surmonter sont non seulement politiques, économiques, idéologiques et culturels, mais également génétiques!

On aborde de plus en plus couramment la collapsologie dans les groupes qui réfléchissent à l’Anthropocène. À un tel point que la communauté scientifique elle-même est en train d’adopter un quasi-consensus d’une possible extinction de l’espèce humaine au cours des prochains siècles.

Cette extinction serait provoquée par la déstabilisation des conditions environnementales qui renieraient la vie humaine difficile, sinon impossible. Cette extinction qui, selon certains scientifiques, pourrait ne pas être complète serait toutefois massive. Elle serait précédée par l’effondrement de notre civilisation engendrée par l’impossibilité de la maintenir fonctionnelle parce qu’elle sera elle-même déstabilisée par les nouvelles conditions biophysiques. En bref, l’espèce humaine risque fort bien de ne pas pouvoir s’adapter aux nouvelles conditions environnementales qu’elle est en train de provoquer ni d’adapter sa société pour y faire face.

Si l’irrationnel génétique de la cognition humaine a pu favoriser la survie de l’espèce, l’évolution de sa capacité cognitive ne pêche toutefois pas la réflexion rationnelle et objective. Toutefois, l’espèce humaine n’est pas instinctivement rationnelle et objective. Le cerveau humain ne fonctionne pas ainsi tel que le démontre les neurosciences cognitives. De plus, les limitations sensorielles de l’humain nécessitent des outils technologiques afin de mesurer le réel factuel pour en tenir compte.

Il faut une forte volonté consciente et soutenue pour adopter une cognition rationnelle et objective. Elle ne peut être maintenue ni entretenue sans une acquisition généralisée, importante et continue de connaissances scientifiques qui doivent être appliquées à toutes les stratégies comportementales et décisionnelles individuelles et collectives afin de tenir compte d’un maximum d’impacts des comportements et des choix de société sur les environnements biophysique, humain et social.

Un tel changement de stratégies comportementales n’est possible que si des modifications profondes à notre environnement social en provoquent l’adoption. Le hasard de la cognition irrationnelle ne peut favoriser une telle situation suffisamment rapidement pour assurer une sortie de l’Anthropocène. Exactement comme le hasard de la sélection naturelle, circonscrite aux probabilités des combinaisons génétiques viables, exige du temps dont l’espèce ne dispose plus parce que les changements sont trop rapides et vont s’accélérer tant que les comportements et activités ne changeront pas.

Depuis l’apparition de la vie sur Terre, ses différentes formes ont survécu parce qu’elles ont pu s’adapter aux changements lents et progressifs. Les activités humaines provoquent des changements rapides et soudains. La génétique ne supporte pas cette rapidité! Il n’est donc pas raisonnablement possible d’envisager que la vie puisse réussir à s’adapter dans de telles conditions de changements rapides. D’ailleurs, l’histoire géologique de la planète est jonchée de traces d’extinctions massives qui ont été provoquées par des changements trop rapides.

Les sciences elles-mêmes démontrent qu’aucune technologie ne peut être envisagée pour accélérer l’adaptation qui est assujettie aux lois immuables et intransgressibles de la nature. Par contre, nous pouvons à court terme adopter rapidement de nouvelles technologies qui peuvent réduire l’impact de la civilisation humaine sur les déséquilibres provoqués dans l’environnement biophysique.

Toutefois, il appert que les décisions politiques favorisant l’adoption rapide de ces nouvelles technologies ne sont pas du tout au rendez-vous parce que les stratégies comportementales déviantes influencées par les concepts et mécanismes erronés de l’argent et de l’économie ont préséance sur la raison rationnelle et objective.

Dans cette situation, tant qu’une architecture profondément différente de la société humaine actuelle ne sera pas conçue avec de nouveaux concepts et mécanismes permettant le respect des principes de développement durable avec un modèle équilibré, il sera impossible d’atteindre une pérennité du système.

Une nouvelle architecture de société doit pouvoir provoquer une adaptation qui favorisera l’adoption de stratégies comportementales compatibles avec le respect et le maintien des équilibres entre les lois immuables et intransgressibles de la nature, l’espèce humaine poursuivra sa course pour la croissance économique vers l’effondrement de sa civilisation qui accélérera son extinction.

Jamais, dans toute son histoire, l’humanité, n’a eu à faire face à une situation aussi risquée dont l’ampleur est proportionnelle aux impacts de sa civilisation avec ses stratégies comportementales déviantes qui ne sont que les symptômes de comportements irrationnels, d’erreurs conceptuelles, fonctionnelles et opérationnelles de l’environnement social au fil de l’évolution et de l’histoire de l’espèce.

Il est urgent de concevoir un nouveau modèle de société par une approche rationnelle et objective qui fait fit des philosophies et idéologies erronées pour se concentrer sur des philosophies et idéologies rationnelles et objectives intégrant réellement les connaissances scientifiques cumulées et confirmées récemment par consensus.

Si l’espèce humaine ne réussit pas à tenir compte de la réalité factuelle en délaissant ses comportements irrationnels, le risque d’échec grandira proportionnellement aux efforts pour maintenir la situation actuelle. Pour accomplir ce défi, l’humanité devra contribuer et collaborer aux recherches, au-delà de toutes ses limites et frontières politiques, économiques, idéologiques et culturelles, afin de constituer une compréhension globale et intégrée des causes de l’Anthropocène. Elle devra par la suite faire des choix drastiques pour l’organisation et le fonctionnement de la société. Ces choix ne pourront être approximatifs, ils devront être le résultat d’une architecture de société qui tiendra compte des connaissances, des causes, des impacts, des objectifs et des moyens à disposition afin de provoquer l’adoption de stratégies comportementales durables et pérennes.

L’IRASD a deux ans d’existence

L’IRASD a été mis en place en 2014 pour effectuer les recherches nécessaires à la compréhension profonde et élargie de la phénoménologie humaine et de son éthologie [1] responsables des symptômes actuels reflétés par la dégradation de la planète et l’accroissement des risques d’effondrement de la civilisation et d’extinction de l’espèce humaine.

Nous abordons tous les domaines de connaissances scientifiques pour compiler celles qui nous paraissent essentielles à la compréhension suffisante des causes inhérentes à la situation actuelle de l’humanité [2].

La finalité de ces recherches documentaires est de pouvoir exploiter ces connaissances pour architecturer de nouveaux concepts et mécanismes de société afin de mettre en place les changements requis à l’environnement social de manière à induire chez l’espèce humaine les adaptations comportementales nécessaires à la résolution de la situation pour assurer la pérennité renouvelable de la civilisation et la survie durable de l’espèce. Notre plan de travail s’échelonne sur quelques décennies.

Toutefois, les résultats de recherches cumulées jusqu’à maintenant tendent à démontrer que l’espèce humaine, malgré sa capacité cognitive et d’adaptation, ne semble pas posséder le potentiel évolué nécessaire pour intégrer toutes ces connaissances, généraliser les concepts et les mettre à profit de manière globale dans le but de réformer son modèle de civilisation.

Dans les faits c’est tout le contraire que nous observons au niveau comportemental : fragmentation et limitation des connaissances, spécialisation à outrance au détriment du généralisme, freinage excessif de l’innovation au profit de la croissance économique monétaire, érosion des compétences, accumulation de mauvaises décisions politiques et économiques favorisant l’aggravation accélérée de la situation, etc.

L’écopsychologie nous révèle qu’avec la prise de conscience de ces menaces, l’humain adopte des comportements nuisibles aux solutions et donc à sa survie. Déni, transfert de responsabilité, dissociation et dissonances cognitives sont autant de stratégies comportementales psychosociales observées chez les humains qui prennent conscience du problème environnemental et climatique dont ils participent activement à l’accélération, consciemment ou non [3] et dont l’ampleur dépasse largement leur capacité de compréhension et d’adaptation comportementale.

La « fuite par en avant » est surtout intérieure, psychologique et comportementale – donc réactionnelle, liée au refus d’accepter la souffrance inhérente à notre responsabilité pour la destruction de notre environnement biophysique compte tenu de l’ampleur de la problématique qui dépasse l’entendement individuel et collectif.

Dans ce contexte, pour les individus peu enclins à pouvoir acquérir et maîtriser objectivement les connaissances scientifiques, insister sur les faits ne fait qu’empirer les comportements et la situation.

L’IRASD participe à un groupe rassemblant plus de 2300 chercheurs de la société civile qui partagent des articles et réflexions sur la situation de l’espèce humaine en interaction avec ses environnements biophysique et social. On y échange sur les variables qui influencent et accélèrent l’effondrement de la civilisation et l’extinction de l’espèce humaine.

L’observation des sujets et des comportements dans ce groupe permet à l’IRASD d’estimer la capacité de stabilité psychologique de certains individus. Elle démontre qu’il est possible d’aborder en continu des sujets graves sans tomber dans les pièges comportementaux identifiés par l’écopsychologie.

Dans le scénario « business as usual » observé mondialement par les décisions politiques et industrielles, on ne peut estimer autre cible que l’effondrement d’ici quelques décennies et l’extinction d’ici un siècle. Ce qui suppose qu’il faudra non pas quelques décennies, mais plutôt quelques siècles pour faire évoluer les mentalités, les comportements et l’implication dans les recherches et l’architecture de société afin d’éviter ce qui devient clairement inéluctable de jour en jour.

Nous sommes conscients que le défaitisme n’aide en rien. Face aux changements environnementaux et climatiques qui menacent la survie de l’espèce humaine, il faut être proactif. Pour être proactifs, il faut prendre conscience du réel, cerner, définir et mesurer les externalités, se détacher de notre pensée irrationnelle humaine et transcender nos limitations cognitives en abandonnant nos croyances erronées.

« La vérité peut être déroutante. Un certain travail est nécessaire pour la maîtriser. Elle peut contredire profondément nos préjugés. Elle peut ne pas être conforme à ce que nous souhaitons désespérément être vrai. Mais nos préférences ne déterminent pas ce qui est vrai. » – Carl Sagan

Mais pour être proactif, il faut désormais être hyperactif! L’espèce humaine procrastine depuis des siècles. Elle ne dispose plus de suffisamment de temps pour avoir droit à l’erreur dans les changements gargantuesques qu’elle doit apporter à son environnement social et au fonctionnement de sa civilisation.
Ce qui signifie qu’il est urgent de démultiplier les efforts pour comprendre, documenter et éduquer sur la situation dans toutes ses ramifications de connaissances scientifiques, contribuer à la prise de conscience sociale pour accroître l’effet de levier des changements de comportements et d’implication dans la recherche de solutions afin de participer activement et humblement à l’architecture de société requise pour réformer le système le plus rapidement possible, mais surtout pas n’importe comment tel que l’espèce humaine le fait depuis le néolithique…

La neutralité et l’objectivité permettent d’atteindre un équilibre émotionnel entre la prise de conscience du drame avec son urgence d’agir et l’optimisme presque utopique d’un travail actif sur les solutions. Il faut être le plus conscient et compétent possible pour agir du premier coup en minimisant les erreurs de conception et de décision tout en demeurant saints d’esprit!

Nous sommes à l’heure de l’examen final et il n’y aura pas de reprise en cas d’échec. Si nous n’avons pas suffisamment étudié la situation, nos décisions risquent d’être encore erronées et de nous mener du côté sombre de la collapsologie plutôt que de l’espoir utopique de la survie.

Mais l’utopie, c’est aussi le possible dans l’impossible! [4]

L’espèce humaine possède toutes les connaissances pour facilement réaliser l’utopique. Est-elle suffisamment évoluée pour le faire?

[1] https://irasd.wordpress.com/

[2] https://irasd.wordpress.com/planification/plan-de-recherche/

[3] Pour en savoir plus sur les liens entre comportements psychosociaux et environnement : Michel Maxime Egger. « Soigner l’esprit, guérir la Terre – Introduction à l’écopsychologie », 2015, Labor et Fides, collection Fondations écologiques, Genève, 288 p.

[4] https://irasd.wordpress.com/dossiers/generaux/lutopie-le-possible-dans-limpossible/

L’innovation sociale : rénover la société avec un modèle périmé

« De façon simple, l’innovation sociale met en valeur des idées pour améliorer la société. Elle répond à des besoins liés, notamment, au travail, à la santé, à l’éducation et aux communautés. »

Le centre d’innovation sociale « conseillera les usagers dans différents domaines : comptabilité, droit, mentorat, technologie, etc. »

L’innovation sociale, malgré son nom, ne constitue en fait aucune forme d’innovation que ce soit. L’innovation sociale se contente de trouver des activités d’économie sociale tout en réutilisant les concepts et mécanismes établis à la base du fonctionnement de la société humaine. Or l’économie de la société s’appuie sur le concept erroné d’argent responsable de dommages considérables aux environnements humain, social et biophysique. Le minime apport de l’innovation social se bornera à générer un peu d’activité communautaire.

La première erreur de ce projet d’incubateur d’innovation sociale est qu’il sera financé! Ce qui implique que le projet devra rapporter aux investisseurs d’abord, directement ou indirectement et qu’il pourra rapporter à la société ensuite, généralement encore financièrement. Or, tel est le cercle vicieux actuel de la civilisation humaine : tout doit être rentable et rapporter de l’argent, mais ne respecte aucunement les lois immuables intransgressibles de la nature… La conséquence est qu’aucun développement n’est durable ni renouvelable!

« L’économie sociale emploie 150 000 personnes au Québec. Elle compte 7000 entreprises, composées de coopératives et d’OBNL. […] Ensemble, elles génèrent pour plus de 35 milliards de dollars, soit l’équivalent de 10 % du PIB du Québec. »

L’économie sociale vise donc d’abord et avant tout le développement de l’économie monétaire en utilisant le développement de services comme levier. Elle n’est donc qu’une nouvelle manière d’exploiter un filon de la société afin de générer des revenus et de la rentabilité monétaire et non de la véritable innovation sociale vouée au développement durable des individus et de la collectivité.

Or, l’économie monétaire est la principale responsable des problèmes humains, sociaux et environnementaux! Encourager son développement contribue à accentuer les problèmes et à accélérer l’effondrement de la civilisation et l’extinction de l’espèce.

L’impact psychosocial de l’argent sur le comportement humain est largement documenté [1]. Connaissant les conséquences sur la société, l’humain et l’environnement biophysique, il est inacceptable d’imaginer que de l’innovation sociale puisse encore se faire avec le concept erroné d’argent!

Quant aux lois sociales, la plupart sont basées sur des philosophies erronées résultant de la capacité cognitive irrationnelle du cerveau humain. Ces philosophies prétendent que les ressources humaines et naturelles existent pour être exploitées à l’infini afin de créer de la richesse monétaire. Sachant que ces ressources sont physiquement limitées et qu’elles sont exploitées plus vite que leur taux de renouvellement, leur exploitation ne peut pas être durable ni renouvelable. Au contraire, elle est dommageable!

En conséquence, les lois ne permettent que de soutenir et d’entretenir des comportements déviants et des décisions erronées dont les impacts sociaux, humains et environnementaux accélèrent l’effondrement de la civilisation par la surexploitation des ressources humaines et naturelles.

Contrairement à l’architecture de société, qui vise à concevoir de nouveaux concepts et mécanismes permettant à l’humain d’évoluer en société de manière durable avec ses environnements, l’innovation sociale ne fait que reprendre les concepts établis en tentant de renouveler ce qui ne fonctionne pas dans la société. Cela équivaut à tenter de rénover avec des matériaux périmés!

La véritable innovation sociale ne répète pas les erreurs du passé de l’humanité et ne s’appuie pas sur les concepts actuels de société qui sont la cause de sa déchéance.

« On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés. »
– Albert Einstein

La véritable innovation sociale s’appuie sur les principes de l’architecture de société, qui elle-même utilise la démarche et les connaissances scientifiques de tous les domaines cumulées par l’espèce humaine afin d’expliquer les problématiques induites par les concepts et mécanismes actuels de la société et extrapoler les enjeux et les risques de nouveaux concepts et mécanismes de société durable.

« Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change. »
— Henri Laborit, Mon oncle d’Amérique

Ce projet d’incubateur d’innovation sociale n’est donc qu’un symptôme de dissonance cognitive. Il ne produira aucune innovation permettant d’éviter l’effondrement de la civilisation ou l’extinction de l’espèce humaine. À moins qu’il puisse financer des activités d’architecture de société. Ce qui constituerait un risque élevé de corruption comportementale en associant ses activités au concept erroné d’argent…

[1] Kathleen D. Vohs et al. The Psychological Consequences of Money, Science 314, 1154 (2006), [http://science.sciencemag.org/content/314/5802/1154]

Stephen E. G. Lea and Paul Webley. Money as tool, money as drug: The biological psychology of a strong incentive, Behavioral and Brain Sciences / Volume 29 / Issue 02 / April 2006, pp 161- 209, [http://journals.cambridge.org/action/displayAbstract?fromPage=online&aid=420982&fileId=S0140525X06009046]

Srinivas Durvasula, Steven Lysonski. Money, money, money – how do attitudes toward money impact vanity and materialism? – the case of young Chinese consumers, Journal of Consumer Marketing Volume 27, Issue 2, [http://www.emeraldinsight.com/doi/abs/10.1108/07363761011027268]

Paul K. Piffa, Daniel M. Stancatoa, Stéphane Côté, Rodolfo Mendoza-Dentona, and Dacher Keltnera. Higher social class predicts increased unethical behavior, PNAS, March 13, 2012 vol. 109 no. 11, [http://www.pnas.org/content/109/11/4086.abstract?sid=4ba330da-a740-43b9-bfa4-43d357e496dc]

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ÉCONOMIE SOCIALE
Une Maison d’innovation sociale à Montréal
RÉJEAN BOURDEAU
LA PRESSE

De grands partenaires s’apprêtent à lancer une Maison d’innovation sociale à Montréal, a appris La Presse.

L’annonce se fera, en présence du maire Denis Coderre, lors du Forum mondial en économie sociale, qui se tiendra dans la métropole du 7 au 9 septembre. On y accueillera quelque 1400 participants provenant de plus de 50 pays et de 400 villes.

La Fondation Mirella & Lino Saputo et celle de la famille J.W. McConnell, l’Université Concordia, HEC Montréal et le Chantier de l’économie sociale participeront, selon nos informations, à la création de la Maison d’innovation sociale. Les ordres de gouvernement fédéral, provincial et municipal sont aussi impliqués dans ce projet original évalué à plus de 10 millions.

CONCEPT UNIQUE
Ce type d’établissement existe déjà dans certaines villes, dont Toronto. Mais Montréal se distinguera par la nature de ses activités, indiquent des sources.

Ainsi, la Maison n’offrira pas d’espaces collaboratifs pour les travailleurs autonomes. Son but n’est pas de concurrencer des firmes spécialisées dans la location d’espaces de travail partagé. Ni dans d’autres domaines. Elle rassemblera plutôt les compétences présentes dans l’écosystème pour développer des projets d’innovation sociale. On y déploiera des expertises pour « passer de l’idée à l’impact ».

De façon simple, l’innovation sociale met en valeur des idées pour améliorer la société. Elle répond à des besoins liés, notamment, au travail, à la santé, à l’éducation et aux communautés.

SOUTENIR ET PROPULSER
La nouvelle initiative s’adressera aux citoyens et aux entrepreneurs collectifs (coopératives et OBNL) et privés. De même qu’aux forces intellectuelles, technologiques, étudiantes et financières. Elle gardera aussi une présence significative à l’extérieur de Montréal, grâce à des antennes régionales.

Plusieurs services seront offerts aux utilisateurs. D’abord, un centre de référencement et d’expertise accompagnera et conseillera les usagers dans différents domaines : comptabilité, droit, mentorat, technologie, etc.

Ensuite, il y aura un générateur d’innovation sociale. Des experts de tous les horizons proposeront des pistes créatives en innovation ouverte, fondées sur le partage et la collaboration.

Enfin, un laboratoire de recherche offrira des cours, des stages et des recherches appliquées.

La Maison est le fruit d’un projet-pilote mené de novembre 2015 à mars dernier. Il s’adressait à sept entreprises d’économie sociale de Montréal et de l’Outaouais.

La Maison d’innovation sociale ouvrirait ses portes dans la prochaine année, selon nos sources. Le projet avance bien, mais des détails restent à négocier.

FORUM MONDIAL
Le Forum mondial de l’économie sociale, ou GSEF 2016, est organisé par la Ville de Montréal et le Chantier de l’économie sociale, un organisme voué à la promotion de l’entrepreneuriat collectif dans les coopératives et les organismes à but non lucratif (OBNL).

Il s’agit de la troisième édition de cette conférence internationale, née à Séoul, en Corée du Sud, en 2013. Cette année, le thème central porte sur la collaboration entre les gouvernements locaux et les acteurs de l’économie sociale et solidaire pour le développement des villes. Plus de 30 ateliers, des possibilités de réseautage et des visites de terrain à Montréal et en région seront offerts.

L’économie sociale emploie 150 000 personnes au Québec. Elle compte 7000 entreprises, composées de coopératives et d’OBNL. Elles sont présentes dans les secteurs économique, social et culturel. Ensemble, elles génèrent pour plus de 35 milliards de dollars, soit l’équivalent de 10 % du PIB du Québec.

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