Analyses

Santé mentale et pression fiscale : de l’endettement à la dépression

Une très intéressante analyse de l’IRIS qui pose l’hypothèse du lien direct entre la pression fiscale croissante de l’économie monétaire et la dégradation de la santé mentale des individus soumis à cette pression dont le symptôme qui se multiplie le plus est la dépression et l’échec « social ».

« Cette pression sur les individus fragilise leur santé mentale. Pourtant, on leur fait souvent porter la responsabilité des problèmes qui s’en suivent, tant dans les causes qu’on leur prête que dans les solutions préconisées, qui relèvent généralement de l’auto-prise en charge. Cela a l’effet paradoxal d’intensifier encore davantage la pression que subissent les individus. Notre incapacité à considérer la santé mentale comme un problème social apparaît on ne peut plus clairement dans une publication du Mouvement santé mentale Québec. »

Pour l’IRASD, cette problématique est directement liée aux défauts conceptuels et opérationnels de l’environnement social. En effet, toutes les activités nécessaires au fonctionnement de la société humaine se focalisent essentiellement sur le développement économique monétaire et non sur le développement de l’individu. 

Dans ce contexte, il n’y a pas que les pressions fiscales de l’économie monétaire qui s’exercent sur l’individu, mais tout une sommes complexe de pressions induites par les influences du marketing et des mouvements de masse impliqués dans la consommation de biens et services. 

Lorsque le point de rupture individuel est atteint, la force de décrochage du système devient insoutenable. Si elle perdure, c’est le burnout et la dépression qui surviennent. Et la multiplication des individus en dépression ne peut qu’entraîner tôt ou tard tout le système en dépression par atrophie des ressources humaines.
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http://iris-recherche.qc.ca/blogue/le-fardeau-individuel-de-l-endettement-a-la-depression

LE FARDEAU INDIVIDUEL : DE L’ENDETTEMENT À LA DÉPRESSION

Le niveau d’endettement public est l’argument principal derrière les coupes dans les services publics. Or, à mesure que l’État se désengage de son rôle de protection sociale et que les salaires stagnent, les individus sont forcés de se tourner vers l’endettement individuel pour faire face aux évènements malheureux de la vie, comme la maladie ou le chômage [1].

On observe ces tendances simultanées dans les deux graphiques suivants. Le premier graphique semble complexe, mais il montre simplement que la dette du Québec a cessé de croitre et s’est stabilisée. Le second montre le décollage fulgurant de la dette des ménages au tournant des années 2000.

Note : la ligne jaune démontre la stabilisation de la dette du Québec en pourcentage de la richesse; la dette brute est en pourcentage du PIB; la hausse soudaine à la fin des années 90 est due à une réforme comptable.

Il faudra bien que les artisans et artisanes de l’austérité finissent par reconnaitre que leurs mesures ne diminuent pas l’endettement dans l’absolu, puisqu’il est tôt ou tard transféré de l’État vers les particuliers.

L’IRIS a également montré, par le calcul du déficit humain, que malgré l’adoption d’une loi contre la pauvreté au tournant des années 2000, l’État québécois a plutôt choisi de ralentir la croissance de ses revenus et de ses dépenses en abandonnant à elle-même une part grandissante de la population.

Or, cette individualisation de la responsabilité, typique du néolibéralisme, s’observe également au sujet d’un tout autre enjeu : la santé mentale. Les transformations sociales à l’ère néolibérale se traduisent par une pression accrue sur les individus, notamment les travailleurs et les travailleuses, alors qu’on brandit la menace du chômage et qu’on démantèle les syndicats ainsi que la législation du travail. À l’échelle du lieu de travail, on individualise les objectifs et les récompenses afin d’instaurer une compétition entre les employé·e·s et espérer ainsi aller chercher leur performance maximale.

« Intérioriser » les problèmes

Cette pression sur les individus fragilise leur santé mentale. Pourtant, on leur fait souvent porter la responsabilité des problèmes qui s’en suivent, tant dans les causes qu’on leur prête que dans les solutions préconisées, qui relèvent généralement de l’auto-prise en charge. Cela a l’effet paradoxal d’intensifier encore davantage la pression que subissent les individus. Notre incapacité à considérer la santé mentale comme un problème social apparaît on ne peut plus clairement dans une publication du Mouvement santé mentale Québec.

À la question « Pourquoi la santé mentale est-elle si importante pour les organisations? », on répond que c’est parce que « [c]haque jour, 500 000 Canadiens s’absentent du travail en raison de problèmes de santé mentale » et que « [l]es dépenses engagées par une entreprise pour un employé en congé d’invalidité de courte durée en raison d’une maladie mentale s’élèvent à près du double d’un congé d’invalidité attribuable à un problème de santé physique ». La dépression deviendra d’ailleurs la deuxième cause d’invalidité dans le monde d’ici 2020.

Le chat sort du sac. Si le Mouvement nous enjoint à « créer des liens », « agir », « ressentir » et « se ressourcer », ce n’est donc pas tant parce que l’on veut notre bien, mais plutôt celui de l’entreprise. Car un travailleur ou une travailleuse en burn out ou en dépression, ce n’est pas un travailleur ou une travailleuse qui produit!

Parmi les sept astuces mises de l’avant dans la campagne annulle, aucune ne questionne réellement la responsabilité de l’entreprise dans l’épidémie qui touche à l’heure actuelle le Canada, alors que les diagnostics de troubles de l’humeur ont grimpé de 168 % seulement entre 2003 et 2014 [2].

En lisant que pour prendre soin de son équilibre mental, il faut « reconnaître la valeur des collègues et des employé tout en leur permettant d’apprendre de leurs erreurs », « être ouvert à différents points de vue, à de nouvelles idées » et « favoriser les échanges, la réflexion, le soutien et y participer », on croirait que l’épuisement au travail résulte d’une somme de malentendus et de bêtes conflits interpersonnels.

À une telle vision des choses, il faudrait opposer un cadre d’analyse critique du néolibéralisme, de la flexibilisation de la main-d’œuvre qu’il entraine et de la pression à la performance qu’il cause, même en dehors de la sphère du travail.

Les solutions « extériorisées »

Est-ce le travailleur et la travailleuse qui doivent « changer de rythme pour décompresser, récupérer », ou est-ce l’employeur·e qui doit diminuer ses exigences? On s’évertue à tourner vers l’intérieur la culpabilité d’avoir craqué, questionnant les habitudes de vie de chacun·e, regardant avec suspicion ceux et celles qui ne ressassent pas hebdomadairement leur enfance sur un divan. Toutefois, il faudrait au contraire retourner la suspicion vers l’extérieur, afin de faire de la santé mentale un enjeu de société plutôt qu’un trouble individuel.

Les employeurs et les employeuses en font-ils assez pour respecter les limites à la productivité de leurs employé·e·s? Il ne s’agit pas de faire de la méditation sur l’heure du midi ou forcer le personnel à prendre des formations extracurriculaires sur l’estime de soi, reportant ainsi sur leurs épaules la responsabilité de leur équilibre psychologique. Il s’agirait plutôt d’offrir des mesures de conciliation travail-famille, d’accorder plus de deux semaines de vacances par année, de ne pas imposer d’heures supplémentaires, de ne pas les rejoindre en dehors des heures de travail, voire même (soyons fous) de diminuer le temps de travail.

Les mesures d’austérité ne pourront rien faire pour améliorer cette situation. Bien au contraire, elles augmenteront la précarisation et la détresse psychologique, tout en rendant plus difficile l’accès aux soins de santé appropriés. À cet égard, un sondage de l’Association des psychologues du Québec révélait récemment que les compressions budgétaires avaient érodé les services psychologiques du réseau public.

En cette Semaine nationale de la santé mentale et au lendemain de la Fête des travailleurs et des travailleuses, il importe de pointer les projecteurs sur les déterminants sociaux des problèmes de santé mentale, en questionnant notamment le rôle de l’entreprise, et de rappeler conséquemment l’importance de les prendre en charge collectivement.

La dépression et le burn out sont plus durs à quantifier que l’endettement des ménages, notamment parce qu’ils restent encore aujourd’hui très tabous. On peut néanmoins les lier eux aussi aux aléas du durcissement socio-économique néolibéral.

Céline Hequet

Guillaume Hébert

Les auteur·e·s tiennent à remercier Benjamin Gingras pour ses commentaires.

[1] Statistique Canada, Tableau 105-0501 Profil d’indicateurs de la santé, estimations annuelles, selon le groupe d’âge et le sexe, Canada, provinces, territoires, régions sociosanitaires (limites de 2013) et groupes de régions homologues, CANSIM (base de données), version mise à jour le 22 avril 2016, http://www5.statcan.gc.ca/cansim/a05?lang=fra&id=1050501 (consulté le 3 mai 2016).

[2] Johnna MONTGOMERIE, « America’s Debt Safety-Net », Public Administration, vol. 91, n° 4, 2013, p. 871-888.

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Stratégies d’enseignement et d’apprentissage

Un dossier intéressant sur la psychologie de l’apprentissage.

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http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/a/article-des-methodes-d-enseignement-efficaces-32327.php#top

Des méthodes d’enseignement efficaces – Cerveau&Psycho

Certaines façons de travailler facilitent l’apprentissage, d’autres non. Quelles sont les plus intéressantes ?

John Dunlosky, Katherine Rawson, Elisabeth Marsh, Mitchell Nathan et Daniel Willingham

L’enseignement est souvent centré sur un sujet précis, par exemple l’algèbre, les éléments du tableau de Mendeleïv ou la conjugaison. Mais, encore plus qu’emmagasiner des connaissances, apprendre à apprendre est essentiel. On peut ainsi assimiler plus de connaissances, plus vite, et les retenir pendant des années. Depuis plus de 100 ans, les chercheurs en psychologie cognitive et en sciences de l’éducation ont développé de nombreuses méthodes d’enseignement et les ont évaluées. Elles vont de la relecture des notes prises pendant les cours aux résumés, en passant par les autoévaluations. Certaines stratégies répandues améliorent les résultats des étudiants, d’autres sont chronophages et inefficaces. Pourtant, ces conclusions ne sont jamais entrées dans les salles de classe ; les enseignants ignorent ces méthodes étayées par des résultats expérimentaux, et on ne les enseigne pas aux étudiants. En fait, les deux stratégies d’apprentissage que les étudiants utilisent le plus – le surlignage et les relectures multiples – diminueraient même les chances de réussite…

Comment expliquer ce paradoxe ? La quantité de données disponibles sur les méthodes de travail est gigantesque, de sorte que les éducateurs et les étudiants ne savent pas identifier les plus efficaces. Nous l’avons fait pour eux ; nous avons compilé plus de 700 articles scientifiques traitant des 10 méthodes d’enseignement les plus utilisées. Nous nous sommes limités aux stratégies faciles à utiliser et assez efficaces.

Une technique est considérée comme efficace si elle s’applique à plusieurs conditions d’apprentissage, par exemple seul ou en groupe, et si elle est utile quels que soient l’âge de celui qui s’en sert, ses capacités et son niveau préalable de connaissances. En outre, elle doit avoir été testée en situation réelle. Ceux qui en ont bénéficié doivent être plus performants que les autres, et les connaissances acquises doivent être mieux comprises et mieux mémorisées.

Ces critères nous ont permis d’identifier deux méthodes pertinentes dans de nombreuses situations et produisant des résultats à long terme. Nous recommandons trois autres techniques avec quelques réserves, et en avons identifié cinq qui sont inefficaces, soit parce qu’elles sont utiles dans un nombre trop restreint de situations, soit parce qu’il n’existe pas assez de données permettant de les valider. Les chercheurs continuent à explorer ces méthodes, mais élèves et enseignants peuvent s’y fier tout en restant prudents.

Alors pourquoi les étudiants n’utilisent-ils pas des méthodes d’apprentissage plus efficaces ? Les enseignants ne leur apprennent pas les meilleures stratégies, peut-être parce qu’ils ne les connaissent pas eux-mêmes. Nous avons étudié six livres de cours de psychologie de l’éducation, et une seule technique – les mots-clefs mnémotechniques – est abordée dans chaque ouvrage. Aucun livre ne traite de l’utilité, de l’efficacité et des limites des différentes façons d’apprendre.

Les élèves doivent apprendre à apprendre

En outre, le système éducatif met l’accent sur l’enseignement de contenus et des capacités de raisonnement. On passe peu de temps à enseigner comment apprendre. En conséquence, les étudiants qui s’en sortent bien les premières années quand l’apprentissage est surveillé de près se trouvent souvent en difficulté quand ils sont supposés gérer seuls leurs études, au lycée ou à l’université.

On ignore encore à quel âge commencer une technique et à quelle fréquence il faut s’entraîner. Mais les enseignants peuvent déjà utiliser les meilleures démarches dans leurs cours pour que les étudiants les adoptent ensuite. Par exemple, avant de changer de thème, un enseignant peut demander aux étudiants de faire un test d’entraînement couvrant les concepts importants de la session précédente, et leur fournir une correction immédiate ; les étudiants peuvent introduire de nouveaux problèmes au milieu d’exercices similaires ; les enseignants peuvent présenter des concepts importants dans des cours distincts, et inciter les étudiants à s’interroger.

Ces méthodes d’apprentissage ne sont pas la panacée. Elles sont efficaces pour les plus motivés. Mais nous pensons qu’elles augmentent les performances des étudiants en cours, aux examens et… toute leur vie.

1. L’autoévaluation. S’interroger sur ce que l’on vient d’apprendre

Comment ça marche ? L’étudiant réalise des tests d’évaluation de façon autonome, en dehors de la classe. Ce ne sont pas des tests de connaissances. Par exemple, il peut utiliser des cartes d’apprentissage (sous forme papier ou numérique) pour se remémorer des informations, ou répondre aux questions proposées à la fin des chapitres de ses livres de cours. Des centaines d’expériences montrent que l’auto-évaluation améliore l’apprentissage et la mémorisation.

Dans une étude, on demandait à des étudiants en licence de retenir des paires de mots, dont la moitié réapparaissait ensuite dans un test de rappel. Une semaine après, les étudiants se souvenaient de 35 pour cent des paires de mots pour lesquelles ils avaient été testés, mais seulement de 4 pour cent des paires absentes du test de rappel. Les tests d’entraînement déclencheraient une recherche dans la mémoire à long terme, ce qui active diverses informations associées. Plusieurs voies mnésiques seraient sollicitées, processus qui facilite l’accès à l’information.

Quand l’utiliser ? Tous les «  élèves  », de la maternelle à la fin de l’université, voire les adultes, augmentent leurs performances avec des tests d’entraînement. Ils peuvent être utilisés pour tout type d’information, y compris l’apprentissage du vocabulaire des langues étrangères, l’orthographe et la mémorisation des différentes parties d’une fleur. Ils améliorent même la mémoire de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Des tests courts et fréquents sont les plus efficaces, notamment quand l’utilisateur s’autocorrige. Les effets bénéfiques de ces autoévaluations durent des années.

Est-ce pratique ? Oui. L’auto-évaluation demande peu de temps, et peu ou pas d’entraînement.

Comment faire ? Les étudiants peuvent s’autoévaluer avec des cartes d’apprentissage ou en utilisant le système Cornell : pendant la prise de notes en classe, on fait une colonne en marge de la page, où l’on inscrit des mots-clefs ou des questions. Ensuite, on peut se tester en reprenant ces notes et en répondant aux questions (ou en expliquant les mots-clefs).

L’autoévaluation est donc très utile. Les tests d’entraînement sont efficaces quels que soient les informations à retenir, l’âge du sujet et l’intervalle entre les cours.

2. La pratique distribuée. Étaler l’apprentissage dans le temps

Comment ça marche ?

Les étudiants regroupent en général toutes leurs heures de travail – ils bachotent. Pourtant, répartir l’apprentissage dans le temps est bien plus efficace. Dans une étude, des étudiants apprenaient la traduction anglaise de mots espagnols, puis révisaient. Un groupe faisait les révisions juste après l’apprentissage, un autre le lendemain et un troisième après 30 jours. Ce sont les étudiants du troisième groupe qui se souvenaient le mieux des traductions. En analysant 254 études comprenant plus de 14 000 participants, nous avons constaté que les étudiants mémorisent mieux après un apprentissage étalé dans le temps qu’après un apprentissage regroupé.

Quand l’utiliser ? Dès trois ans et à tout âge. La pratique distribuée est efficace pour apprendre le vocabulaire d’une langue étrangère, des définitions, et même les mathématiques, la musique et la chirurgie.

Est-ce pratique ? Oui. Bien que les livres de cours regroupent en général les problèmes par thème, on peut décider de les disperser. Il faut planifier à l’avance ce que l’on va étudier et éviter la procrastination.

Comment faire ? Plus l’intervalle entre deux sessions est long, plus l’apprentissage est efficace. Dans une étude réalisée sur Internet, on a constaté que les performances sont meilleures quand le temps entre deux sessions d’apprentissage correspond à 10 à 20 pour cent du temps de mémorisation – temps pendant lequel on doit retenir l’information. En d’autres termes, pour retenir quelque chose pendant une semaine, les sessions d’apprentissage doivent être espacées de 12 à 24 heures ; pour s’en souvenir pendant cinq ans, elles doivent être séparées de 6 à 12 mois. Contrairement à ce que l’on pense, on retient bien les informations pendant de si longues périodes, et on réapprend vite ce que l’on a oublié. C’est ainsi que l’on mémorise les concepts fondamentaux.

La pratique distribuée est donc très utile. Elle est efficace à long terme quels que soient l’information à retenir et l’âge du sujet. Elle est facile à mettre en œuvre et a été utilisée avec succès dans un grand nombre d’études.

3. L’auto-interrogation. Se poser les bonnes questions

Comment ça marche ?

Nous sommes sans arrêt en train de chercher des explications du monde qui nous entoure : plusieurs données suggèrent aussi qu’inciter les étudiants à répondre à la question « pourquoi ? » facilite l’apprentissage. Avec cette technique, nommée l’auto-interrogation, les utilisateurs répondent, par exemple à des questions telles que   : « Pourquoi est-il cohérent que… ? » ou « Pourquoi est-il vrai que… ? ». Dans une étude, des étudiants lisaient des phrases, par exemple : « L’homme qui avait faim monta dans la voiture. » On demandait ensuite aux sujets d’un premier groupe d’expliquer pourquoi, tandis qu’à ceux d’un autre groupe, on proposait une explication, par exemple : « L’homme qui avait faim monta dans la voiture pour aller au restaurant. » Un troisième groupe lisait simplement les phrases. Lors du test, on demandait aux sujets de rappeler qui faisait quoi (« Qui est monté dans la voiture ? »). Le premier groupe répondait correctement dans 72 pour cent des cas, contre environ 37 pour cent pour les deux autres groupes.

Quand l’utiliser ? Si vous souhaitez apprendre des faits précis, notamment si vous avez déjà des connaissances sur le sujet. Plus vous en savez dans le domaine, plus la méthode est efficace. Par exemple, des étudiants allemands étaient plus performants sur les Länder allemands que sur les provinces canadiennes. Les connaissances préalables permettraient aux étudiants de produire des explications plus appropriées.

Cette technique semble efficace quel que soit l’âge, du CM1 jusqu’au premier cycle universitaire. L’auto-interrogation améliore la mémorisation des faits, mais il est peu probable qu’elle facilite la compréhension. On ignore aussi combien de temps dure le bénéfice.

Est-ce pratique ? Oui. Cette méthode demande peu d’entraînement et peu de temps. Dans une étude, le groupe pratiquant l’auto-interrogation accomplissait une tâche de lecture en 32 minutes, alors que celui qui lisait seulement prenait 28 minutes.

L’auto-interrogation est donc utile dans certains cas ; il est probable qu’elle ne fonctionne pas pour des données complexes. Ses bénéfices seraient limités. Des travaux supplémentaires seront nécessaires pour établir si cette méthode s’applique à diverses situations et à différents types d’information.

4. L’autoexplication. Comprendre ce que l’on a appris

Comment ça marche ? Les utilisateurs expliquent ce qu’ils ont appris, explorant leurs processus mentaux avec des questions du type : « Quelle information la phrase m’apporte-t-elle ? » et « En quoi cette information est-elle liée à ce que je sais déjà ? » Comme l’auto-interrogation, l’autoexplication permettrait d’intégrer des informations nouvelles à des connaissances antérieures.

Quand l’utiliser ? Elle est efficace de la maternelle aux premiers cycles universitaires. Elle aide à résoudre des problèmes de mathématiques et de raisonnement, et à apprendre des textes et des stratégies aux échecs. L’autoexplication permet aux enfants de se souvenir des fondamentaux. Elle améliore la mémorisation, la compréhension et la résolution de problèmes. Mais la plupart des études ont mesuré ses bénéfices après seulement quelques minutes de pratique ; on ignore si la méthode a des effets durables et si elle nécessite des connaissances antérieures.

Est-ce pratique ? Ce n’est pas certain. La plupart des utilisateurs ont besoin de peu d’instructions et d’un entraînement court (bien qu’une étude réalisée avec des élèves de 3e ait montré qu’en l’absence d’entraînement, les jeunes paraphrasaient au lieu d’expliquer). Toutefois, quelques études montrent que cette technique est chronophage, augmentant le temps d’apprentissage de 30 à 100 pour cent.

L’autoexplication est donc modérément utile. Elle fonctionne pour différents sujets, mais des recherches supplémentaires doivent établir si ses effets sont durables et si elle ne prend pas trop de temps à mettre en œuvre.

5. La pratique variable. Mélanger les torchons et les serviettes

Comment ça marche ? Les étudiants travaillent souvent entièrement un sujet avant de passer au suivant. Mais de récents travaux de recherche montrent que la pratique variable est efficace  : les étudiants alternent différents types d’information ou de problèmes. Par exemple, dans une étude, des étudiants de licence apprenaient à calculer les volumes de quatre formes géométriques. Le premier groupe finissait tous les problèmes pour une forme avant de passer à la suivante. Pour le deuxième groupe, les problèmes étaient mélangés. La semaine suivante, le groupe ayant appliqué la pratique variable réussissait mieux le test de calcul. L’alternance encourage les étudiants à sélectionner la meilleure procédure et à comparer différents types de problèmes.

Quand l’utiliser ? Quand les problèmes sont assez similaires, peut-être parce que le fait de les juxtaposer facilite l’identification de ce qui les distingue. Réaliser à la suite tous les items d’une catégorie serait plus efficace quand les problèmes sont différents.

Il est possible que la pratique variable ne soit utile qu’à ceux ayant déjà un certain niveau de compétences. Les performances dépendent aussi du contenu. La méthode améliore la résolution de problèmes d’algèbre. Dans une étude, des étudiants en médecine ont aussi mieux interprété des enregistrements utilisés pour diagnostiquer des troubles cardiaques. Mais deux études portant sur l’apprentissage de vocabulaire en langue étrangère ont montré que la pratique variable n’a pas d’effet. Néanmoins, c’est une stratégie intéressante pour les mathématiques.

Est-ce pratique ? Oui. Un étudiant motivé utilise facilement la pratique variable sans instruction. Les enseignants pourraient aussi l’appliquer en classe : ils introduisent un problème (ou un thème) et travaillent sur ce sujet ; puis ils en présentent un nouveau et le mélangent à des exemples du thème précédent. L’apprentissage prendrait alors un peu plus de temps, mais il serait plus efficace et les élèves auraient de meilleurs résultats.

La pratique variable est donc modérément utile. Elle améliore l’apprentissage, la mémorisation de données mathématiques et stimule d’autres capacités cognitives. Peu de travaux évaluent cette technique et plusieurs résultats sont négatifs. Mais les études portant sur l’apprentissage moteur soulignent l’intérêt de cette pratique. La méthode ne fonctionnerait pas systématiquement ou elle ne serait pas toujours utilisée de façon appropriée.

Les méthodes qui ne fonctionnent pas

Ces méthodes ne sont pas utiles, car elles sont inefficaces, coûteuses en énergie ou en temps, ou ne sont bénéfiques que pour quelques apprentissages et pour de courtes périodes. La plupart des étudiants relisent et surlignent ce qu’ils font. Pourtant, ces techniques n’augmentent pas les performances et détournent les étudiants des stratégies plus efficaces. D’autres méthodes citées ici sont simplement chronophages.

Surligner

Les étudiants soulignent, surlignent ou marquent, avec des symboles par exemple, ce qu’ils apprennent. C’est simple et rapide, mais cela n’améliore pas les performances. Dans différentes études, surligner s’est révélé inefficace pour des stagiaires de l’armée de l’air, pour des enfants, pour des étudiants en licence. Souligner est aussi inutile quels que soient la longueur des textes et le sujet. En fait, ces techniques seraient même délétères pour certaines tâches. Une étude a montré que le fait de souligner diminue les capacités de raisonnement par inférence pour des étudiants en histoire ; cette tâche attirerait l’attention sur des items particuliers, et non sur le lien entre les données.

Que faire à la place ? Surligner ou souligner peut être une première étape, si l’information marquée est ensuite transformée en cartes d’apprentissage ou en autoévaluations. Comme les étudiants continueront d’utiliser cette technique, il faudrait leur apprendre à la faire de façon plus efficace – c’est-à-dire plus judicieusement, en surlignant moins de choses et en associant une autre méthode d’apprentissage.

Relire

Selon une enquête réalisée auprès des étudiants d’une université américaine, 84 pour cent d’entre eux relisent plusieurs fois leurs livres ou leurs notes quand ils étudient. Cela ne nécessite aucun entraînement, prend peu de temps, et quelques bénéfices ont été rapportés avec des tests de rappel ou des tests de textes à trous.

Pourtant, aucune étude n’indique que relire améliore la compréhension, et l’effet du niveau préalable de connaissances ou de compétences reste inexploré. Seule la seconde lecture est bénéfique, les avantages diminuant pour les répétitions ultérieures. Et aucune étude n’a évalué cette technique pour des contenus de cours réels.

Que faire à la place ? Ne perdez pas votre temps, appliquez d’autres stratégies telles que l’auto-interrogation, l’autoexplication et l’autoévaluation. Relire donne des résultats médiocres.

Trois autres méthodes, moins utilisées, ont obtenu de piètres résultats lors de notre évaluation ; « L’imagerie mentale pour l’apprentissage de textes » doit être mieux étayée avant d’être recommandée ; les résumés et les mots-clefs mnémotechniques semblent inefficaces et chronophages.

Avec la technique des résumés, les étudiants identifient les points importants du texte et éliminent le reste. Il est difficile de dire si cette technique fonctionne, car elle est hétérogène ; on ignore s’il est efficace de résumer de petites parties d’un texte ou plutôt de longs passages, ni si la longueur, la facilité de lecture ou l’organisation du contenu sont importantes.

Avec la technique des mots-clefs mnémotechniques, l’imagerie mentale augmenterait la mémorisation. Ainsi, un étudiant anglophone apprenant le mot français dent utilise par exemple le mot anglais à consonance similaire dentist pour former une image mentale d’un dentiste tenant une molaire. Les méthodes mnémotechniques semblent utiles pour le vocabulaire d’une langue étrangère, les définitions de mots et la terminologie médicale, mais elles ne seraient pas efficaces à long terme ; les efforts investis pour produire des mots-clefs seraient une perte de temps.

Une autre méthode utilisant des images mentales permet aux étudiants d’apprendre des textes : ils créent des images pour chaque paragraphe lu. Les études scientifiques de cette technique donnent des résultats contradictoires, avec peu d’effets à long terme. Les enseignants pourraient suggérer aux étudiants d’essayer avec des textes faciles à mettre en images, mais rien ne prouve que c’est utile.

Marasme économique et effondrement de la civilisation

Force est de constater les dommages de plus en plus considérables et souvent irréversibles aux environnements biophysique et humain documentés par d’innombrables analyses publiées quotidiennement.

Ces impacts, qui sont perpétrés par des individus de l’espèce humaine, proviennent de stratégies comportementales déviantes induites par des concepts et mécanismes de société erronés qui interagissent avec la nature humaine.

Les recherches de l’IRASD à l’échelle de la planète s’appliquent à l’échelle locale actuelle pour l’observation et l’étude des stratégies décisionnelles chez l’humain. Ces recherches tendent à démontrer que les concepts et mécanismes de l’économie monétaire induisent des comportements déviants [1] chez l’être humain. Ce qui permet de prétendre que ces concepts sont erronés car incompatibles avec la nature humaine!

Avec l’étude anthropologique des Premiers Peuples [2], on peut comprendre que l’argent n’existait pas dans les sociétés, ce qui a inhibé l’apparition du concept de « propriété » durant des millénaires.

L’évolution de l’espèce humaine, bien que complexe, est facile à comprendre [3]. Ce qui ressort de l’analyse anthropologique, comportementale et psychosociale de l’histoire et du progrès de l’humanité c’est que l’espèce a commis une longue suite d’erreurs sociales graves en toute ignorance des effets de ces décisions, simplement parce que les connaissances scientifiques n’étaient pas suffisamment développées!

Aujourd’hui, l’espèce commence à peine à prendre conscience qu’elle est la cause première de la dégradation de la Terre-Mère par ses stratégies comportementales psychosociales, économiques, politiques et industrielles. Le système de société établi par l’homme au fil de son évolution et de son histoire est erroné parce qu’il induit des comportements déviants [1].

La question qui se pose est : allons-nous réussir à progresser d’un bond pour sortir du marasme ou continuer à accélérer notre course vers l’effondrement au rythme de la volonté de faire croitre un modèle économique monétaire au détriment d’un modèle social humain?

Pour plusieurs chercheurs [4], il est déjà trop tard, et il faut nous préparer dignement à l’effondrement de notre civilisation afin d’éviter le chaos [5].

[1] https://irasd.wordpress.com/lexique/strategies-comportementales-psychosociales-deviantes/ 

[2] http://www.amazon.com/Les-Enfants-dAataentsic-LHistoire-Peuple/dp/2891113640

[3] https://irasd.wordpress.com/dossiers/recherches/environnement-humain/theorie-de-levolution-et-principes-dadaptation/ 

[4] http://www.seuil.com/livre-9782021223316.htm

[5] http://adrastia.org/

Lecture : Survivre à l’offensive des riches

Un nouveau livre de Roméo Bouchard, citoyen engagé avec sa conscience incisive et réaliste des enjeux de notre civilisation et des risques encourus par notre espèce si on ne change rien à notre modèle de société. 
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https://www.facebook.com/romeo.bouchard36/posts/10155034355113849

SURVIVRE à l’offensive des riches
Roméo Bouchard
Écosociété, collection Résilience
En librairie aujourd’hui, 12 avril
En entrevue à Paul Arcand jeudi matin à 9h20
et à CIBL-Montréal mercredi matin 8h35.
Salon du livre de Québec, vendredi et samedi prochains.

« Pour mes 80 ans, je me permets un nouveau livre qui est une sorte de témoignage, de testament et d’appel.

Nous entrons dans l’ère de la survie

J’ai de plus en plus l’impression que nous avons perdu le contrôle de tout , que nous roulons dans un train fou, vers un déraillement certain, qui met notre survie comme espèce en danger. De combat en combat, d’étude en étude, je suis parvenu à la conviction que notre civilisation ne pourra éviter un effondrement au cours des prochaines décennies.

Il ne s’agit pas de vagues prophéties mais de faits qui font l’objet d’un large consensus dans la communauté scientifique internationale. Les changements à opérer pour éviter l’effondrement sont si énormes, le contrôle des banquiers et des multinationales sur les décisions collectives est si puissant et le temps qui nous reste pour agir est si réduit, une quinzaine d’année tout au plus, qu’il est d’ores et déjà certain que nous allons très bientôt être contraints de vivre dans une société de plus en plus désorganisée et un environnement de plus en plus hostile. Nous ne pourrons pas faire marche arrière sur le

-réchauffement du climat,
-la déforestation,
-la destruction de la biodiversité et des ressources non renouvelables,
-la pollution généralisée,
-la dépendance à la technologie,
-les inégalités sociales,
-l’obsession de la croissance et surtout,
la dictature des riches qui en est la cause.

Nous avons perdu le contrôle

Au cours des dernières décennies, les riches ont progressivement mis en place tous les outils qui leur permettent de s’assurer une accumulation et une concentration de la richesse de plus en plus insoutenable :

-la croissance du PIB élevé au rang de fétiche,
-le contrôle de la monnaie par les banques privées,
-la spéculation boursière,
-les organismes de contrôle économique internationaux,
-l’abolition des frontières nationales par les ententes de libre-échange et les entreprises multinationales,
-les paradis et abris fiscaux,
-l’endettement des états et des particuliers,
-les agences de notation,
-le contrôle des élections et des parlements,
-le démantèlement de l’état redistributeur par les programmes d’austérité et la privatisation des services,
-la robotisation,
-le contrôle des esprits par les médias et la publicité,
-une culture de consommation, de gaspillage et de déchet qui nous a conduit au bord de l’extinction.
La dictature des riches, comme un rouleau-compresseur, écrase tous nos liens sociaux et nos liens avec la Nature.

Nous préférons ne pas y croire

Nous commençons à comprendre que la fête de la croissance tire à sa fin et que nous allons bientôt devoir payer très cher ce déchaînement programmé et insensé de production et de consommation. Le système financier est au bord de l’éclatement en raison de la spéculation et de l’endettement; le réchauffement du climat et la surexploitation irresponsable sont sur le point de compromettre la satisfaction de nos besoins essentiels en nourriture, en eau, en énergie, en logement, en vêtement; les inégalités sociales et les migrants menacent l’ordre social mondial. Mais nous préférons ne pas y penser, ou croire qu’on exagère, ou faire confiance au progrès, à la technique et à la capacité d’adaptation des humains, à l’économie verte. Pourtant, quand on pousse l’analyse un peu plus loin, rien de tout cela ne pourra nous éviter l’effondrement.

Un guide de survie

Dans ce plaidoyer, je ne démontre rien : je constate, j’accumule, je presse, je démasque la mécanique des riches, je combats le déni, je dénonce notre dépendance à la drogue de la consommation, je plaide pour une prise de conscience, pour un projet de survie axé sur la démocratie citoyenne et la restauration du pouvoir des citoyens, sur l’affranchissement de la croissance à tout prix, sur une économie circulaire respectueuse des besoins réels et de notre environnement, sur une société de proximité et de solidarité, sur le bien-vivre et le retour à la Nature.

Pas des solutions…ni des moyens d’éviter le désastre…mais tout juste des façons de nous préparer à survivre au dérèglement de notre système économique et des écosystèmes de notre planète.

Relocaliser. Renaturaliser. Regrouper. Recommencer. Réapprendre. Ralentir. Réduire. Récupérer. Recycler. Restaurer. Reconstruire. Bienvenue dans l’ère de la survie! »

Roméo Bouchard

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http://ecosociete.org/livres/survivre

Survivre à l’offensive des riches

À l’aube de ses 80 ans, Roméo Bouchard livre ici un testament politique clair et magistral sur la crise écologique et la crise de civilisation qu’elle entraîne, au Québec comme partout ailleurs dans le monde.

La démocratie, les services publics, la solidarité sociale, le français, les médias, les régions éloignées, l’agriculture, le climat, l’environnement : tout est en péril… sauf le pouvoir des riches, qui semblent bien déterminés à sucer le sang de cette planète jusqu’à la dernière goutte. Pour cette oligarchie, tout se déroule en effet comme prévu : le peuple, pris au piège de la consommation, est réduit à une sorte d’esclavage par le travail et l’endettement. Comment survivre à cette offensive des riches? Comment s’affranchir du joug de la croissance économique illimitée qui menace les équilibres naturels indispensables à la survie de l’espèce humaine sur Terre? Pour ce militant de longue date, il faut avant tout restaurer la démocratie et la souveraineté du peuple par l’exercice d’une assemblée constituante.

À la lumière d’une vie d’engagement social et politique, Roméo Bouchard débroussaille les chemins de la résilience collective pour l’avenir de la planète, notre seule maison commune.

L’abrutissement économique de la société humaine

Nous réagissons ici à l’excellente analyse des constats faits par Roméo Bouchard dans l’article qui suit au sujet des divertissements médiatiques qui dispersent la capacité cognitive d’innovation sociale.

Il faut prendre conscience que, non seulement la télévision est devenue prétexte a l’abrutissement des populations, mais aussi toutes les activités assujetties à la pression fiscale induite par la croissance du système économique monétaire, incluant l’éducation au profit de la productivité et la science au profit de l’application industrielle.

Cette pression est inévitable, elle est systémique et symptomatique. Elle continuera de s’exercer jusqu’à ce que le système implose parce qu’il aura tout consumé des ressources naturelles qui sont de moins abondantes et des ressources humaines de moins en moins en mesure d’utiliser leur intelligence cognitive pour réagir et décider correctement des graves problématiques humaines et sociales qui empirent de jour en jour.

Seule l’élimination du concept d’argent, qui induit des stratégies comportementales déviantes, permet d’architecturer un modèle de société durable. Le modèle économique qui en résulte doit être basé sur la valeur de l’apport individuel à la collectivité en misant sur l’éducation du et la valeur du citoyen, au lieu de miser sur la valeur des biens et services pour l’enrichissement d’une élite privilégiée.

Car dans la réalité sociale, ce sont 99% des individus qui composent la collectivité sociale, pas exclusivement le 1% de l’élite. Mais au fil des millénaires de l’évolution comportementale et du progrès social de l’homme, nous avons tranquillement créé une société de « zombies » à l’éducation limitée pour mieux favoriser le contrôle de la masse par des élites au pouvoir politique et surtout économique.

Cela dure depuis des siècles mêmes si le modèle s’est transformer pour le rendre plus attrayant et acceptable en apparence avec des loisirs et divertissements de plus en plus sophistiqués. On a même fait du travail une forme de divertissement et d’épanouissement pour le rendre plus acceptable même s’il n’apporte que bien peu ou rien du tout au progrès collectif et à l’épanouissement personnel.

Tant qu’on ne fera aucun effort pour changer cet état de fait, les initiatives citoyennes démocratiques seront ralenties, absorbées et annihilées par ce phénomène qui croit au rythme de la nécessité de croissance économique.

Tout est lié dans le système Terre-homme-société.

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http://www.ledevoir.com/culture/television/467578/raz-le-bol-des-emissions-de-vedettes

Ras le bol des émissions de vedettes!

René Lévesque alors qu’il animait l’émission «Point de mire», sur les ondes de Radio-Canada.

J’accuse les médias de sombrer dans le divertissement futile et le vedettariat. Ce n’est plus seulement une tendance, c’est devenu une calamité, une politique délibérée de désinformation, un détournement de démocratie, une autre stratégie de l’offensive des riches pour s’enrichir sans avoir les citoyens dans les jambes. La formule est vieille comme le monde : régner tranquillement, en offrant du pain et des jeux au petit peuple.

La plupart des émissions de télévision et même de radio, à part peut-être les bulletins d’information bien-pensants qu’on nous repasse en boucle du matin au soir, sont conçues désormais non plus en fonction de leur utilité ou de leur intérêt public, mais en fonction de leur coût et de leur rentabilité en cotes d’écoute, et donc, en publicité. Pour ce faire, on a recours aux artistes, humoristes et cuisiniers les plus populaires, et donc les plus « payants », on potine sur leur vie et leur travail, on les fait participer à des séances de jeux et de farces de plus en plus grossières et insignifiantes. Ça donne des émissions banales, animées par des vedettes, qui invitent d’autres artistes et humoristes et se parlent entre eux, et souvent tous ensemble, de tout et de rien.

Même des émissions qui avaient à l’origine un contenu ouvert, comme Tout le monde en parle, Pénélope, Les enfants de la télé, etc., sont atteintes de ce virus du divertissement à tout prix. Au retour de Pénélope, qui était à l’origine une émission de divertissement léger d’été, nous avons eu droit ces jours-ci à la couleur du rouge à lèvres de Véro, aux secrets du gazon de Charles Lafortune, aux choix de chemise d’Alex Perron, aux « bitchages » de Jean-Sébastien Girard et de Jean-René Dufort, et rien d’autre.

Le Québec, c’est plus que ce circuit fermé des artistes, des humoristes et des cuisiniers connus. Si brillants soient-ils, ils sont surexposés et finissent par n’avoir plus grand-chose à dire, si ce n’est figurer pour les cachets. Les pièces de théâtre, les spectacles, les entrevues d’auteurs ou de penseurs, le monde ordinaire, tout est disparu des écrans. Il n’y a plus que des vedettes.

Offre différente

Il y a pourtant des gens partout au Québec, même hors de Montréal, qui publient des livres remarquables, pas juste aux éditions de La Presse ou de Québecor, mais à Écosociété, à Lux, à Septentrion, à Atelier 10, aux Trois-Pistoles ; il y a des gens qui font, qui inventent des choses étonnantes et créent des projets magnifiques ; il y a des gens qui luttent pour sauver leur travail, leur village, leur vie, leur environnement ; il y a des gens qui ont des choses à dire et qui n’ont jamais accès aux médias nationaux ; il y a des drames humains et sociaux dont on ne parle jamais. La vision du Québec et du monde que projettent ces médias est de plus en plus hors de la réalité. C’est un détournement de conscience, de fonds et de moyens lourds de conséquences. On est loin des leçons de politique de René Lévesque à Point de mire, des grandes entrevues de Fernand Séguin au Sel de la semaine, des grands questionnaires de Raymond Charette à Tous pour un, des télé-théâtres de Marcel Dubé aux Beaux dimanches, des émissions dont on se souvient encore cinquante ans plus tard.

Pour les gens de Montréal, pour la jeune génération surtout, c’est peut-être un moindre mal, car la télévision généraliste et la télévision en général sont de plus en plus remplacées par diverses plateformes numériques et par le foisonnement culturel et politique de la grande ville. Mais pour les plus âgés et pour les gens des régions éloignées, ces options ne sont guère accessibles, et les gens y sont captifs de ce lavage de cerveau abrutissant et aliénant.

Les médias d’information ont une grande responsabilité : ils sont un outil essentiel pour une vie démocratique en santé. Présentement, ils sont devenus une drogue empoisonnée qui nous détourne de notre réalité et nous enferme dans l’insignifiance et l’inaction. Quelqu’un pourrait-il dire aux responsables que nous en avons ras le bol de ces émissions de vedettes médiocres et mercantiles ?

L’homme, une espèce irrationnelle

Le processus cognitif humain serait principalement irrationnel

« Les fondements de notre civilisation occidentale reposent sur le postulat que nos décisions sont parfaitement rationnelles et raisonnées. Or, rien n’est moins sûr. Depuis le milieu du XXe siècle, de nombreuses expériences de psychologie expérimentale et d’économie mettent en évidence que la rationalité de l’espèce humaine est souvent prise en défaut! »

« … si la rationalité est un leurre, c’est que notre cerveau n’est tout simplement pas conçu pour penser rationnellement. »

« La grande majorité des sujets testés, qu’ils soient humains, singes, chacals ou pigeons, se comportent de manière irrationnelle. »

Selon cette étude et de nombreuses autres citées dans l’article, il semblerait que le processus cognitif de l’espèce humaine soit irrationnel, comme celui de nombreuses espèces observées. Mais le consensus ne semble pas être absolu, comme nulle part en science rationnelle d’ailleurs…

En effet, la cognition est inévitablement plus complexe et doit être étudiée en tenant compte d’une foule d’aspects dont l’évolution de l’espèce, la croissance de l’individu, le contexte culturel et psychosocial, son cheminement d’apprentissages, la capacité plastique de son cerveau, sa génétique individuelle et une foule d’autres facteurs qu’aucune recherche n’a encore pu identifier parce qu’elle doit intégrer plusieurs domaines des sciences. Et peu de scientifiques procèdent de manière intégrée avec les autres sciences dans leurs recherches…

De plus, les graves défauts conceptuels de l’environnement social agissent comme des limitations, voire des freins aux efforts de recherche qui pourraient contribuer à faire avancer la science dans ce domaine. En effet, plus la pression fiscale de la croissance économique monétaire capitaliste est forte, plus la science est déviée vers la science appliquée ou corrompue au bénéfice des corporations.

Le ralentissement du progrès scientifique qui en découle provoque une augmentation des risques de survie de l’espèce par ignorance des faits, ce qui favorise d’autant les comportements irrationnels!

Comment un environnement social supposément rationnel peut-il fonctionner adéquatement si la population qui compose la société est irrationnelle?

Nos observations à l’IRASD tendent à démontrer effectivement que non seulement l’environnement social n’est pas totalement rationnel, mais qu’il fonctionne de manière aussi irrationnelle que les humains qui l’ont conçu!

On peut alors se demander par quel miracle un environnement social partiellement rationnel peut-il avoir été conçu par des individus irrationnels?

En analysant les jalons historiques qui ont contribué à établir graduellement les fondations de l’environnement social humain, on constate que les individus qui ont amené les principaux concepts et mécanismes de société semblent avoir eu une cognition rationnelle plus développée que la moyenne.

Toutefois, la carence généralisée chez l’homme à la cognition intégrée ne lui a pas permit d’être totalement rationnel, ce qui explique l’échec total de l’intégration de l’espèce humaine en symbiose avec son environnement biophysique.

Ces constats permettent de supposer que seul un environnement social conçu spécifiquement pour contraindre les extrêmes d’irrationalité peut endiguer les écarts décisionnels observés qui mettent actuellement en péril la pérennité de la civilisation et la survie de l’espèce humaine.

La conception architecturale d’un tel modèle de société ne peut se faire qu’en adoptant une démarche extrêmement rationnelle inspirée de l’approche scientifique et faisant intervenir les connaissances démontrées comme fiables cumulées par l’humanité.

Ce processus implique une recherche très exhaustive et de longue haleine et la collaboration de nombreux chercheurs de tous les domaines des sciences naturelles et sociales pour constituer une compréhension suffisamment large du système terre-homme-société.

Seule cette compréhension peut ouvrir la porte à une démarche d’architecture rationnelle pour l’élaboration de concepts et mécanismes de société favorisant un environnement social rationnel qui permet un progrès durable de la civilisation et une évolution équilibrée de l’espèce tout en maintenant les équilibres entre l’humain, sa société et son environnement biophysique.

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http://www.acfas.ca/publications/decouvrir/2016/03/matiere-decision

Matière à décision

[Thomas Boraud coprésidait le 16e Forum international Science et société de l’Acfas, en novembre 2015, à Montréal. Il participait, entre autres, à l’atelier Cerveau et libre arbritre, y a-t-il un pilote dans l’avion? Nous avons profité de sa présence pour l’inviter à nous présenter son dernier ouvrage dans la présente rubrique.]

Les fondements de notre civilisation occidentale reposent sur le postulat que nos décisions sont parfaitement rationnelles et raisonnées. Or, rien n’est moins sûr. Depuis le milieu du XXe siècle, de nombreuses expériences de psychologie expérimentale et d’économie mettent en évidence que la rationalité de l’espèce humaine est souvent prise en défaut !

J’ai décidé d’écrire ce livre pour apporter un substrat neurobiologique aux explications éthologiques généralement avancées pour expliquer ce constat : si la rationalité est un leurre, c’est que notre cerveau n’est tout simplement pas conçu pour penser rationnellement.

Tester l’irrationalité

Imaginez que je vous demande de choisir entre deux machines à sous de ma fabrication. Je vous explique qu’avec chacune, vous avez une probabilité de gagner 1 euro à chaque essai. Cette probabilité, que vous ignorez, est fixe pour chaque machine et différente d’une machine à l’autre (par exemple l’une a une probabilité de 0,3 de vous faire gagner, l’autre de 0,6). Vous avez le droit de jouer une trentaine de fois. Quelle sera votre stratégie? Il y a fort à parier que vous choisirez d’abord au hasard ou sur des critères non pertinent (la bleue, par exemple, parce que c’est votre couleur préférée) et ensuite, en vous basant sur les gains obtenus pendant les premiers essais, vous choisirez préférentiellement celle qui vous a rapportée le plus.

Tout l’intérêt de cette étude résulte dans ce terme préférentiellement. À la fin de l’étude, vos gains seront supérieurs à ce qu’ils seraient si vous aviez choisi au hasard : vous aurez appris. Mais de temps en temps, vous continuerez à choisir l’autre machine alors que la raison voudrait que vous vous concentriez sur la machine qui rapporte le plus souvent. Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas seuls. La grande majorité des sujets testés, qu’ils soient humains, singes, chacals ou pigeons, se comportent de cette manière « irrationnelle ». Ce comportement sous optimal n’est qu’un des multiples exemples des limites de la rationalité que l’on peut mettre en évidence expérimentalement.

«La grande majorité des sujets testés, qu’ils soient humains, singes, chacals ou pigeons, se comportent de manière irrationnelle ».

Les Lumières n’ont pas tout éclairé…

Depuis l’Antiquité, l’opposition entre le cœur et la raison est au centre des préoccupations de la philosophie occidentale. Mais le débat n’a vraiment pénétré la société qu’assez tard. Jusqu’à l’époque moderne, l’homo occidentalis se différenciait peu de ses congénères des autres cultures en se pensant guidé par des forces supérieures (Fortune, destin, foi, etc…). C’est l’avènement des Lumières au XVIIIe siècle et son aspiration à l’universalité qui va contribuer à la propagation de la rationalité. Pendant les deux siècles suivants, les occidentaux ont acquis ainsi progressivement le statut d’individus rationnels et raisonnés qui légitime, entre autres, leur indépendance politique.

Or la rationalité est elle à peine élevée comme principe fondateur de notre civilisation que ce bel édifice est mis à mal vers le milieu du XXe siècle. En utilisant des approches différentes, économistes et psychologues expérimentaux ont convergé vers le constat que les principes qui régissent les processus de décision ne sont pas complétement rationnels. Ce phénomène peut prendre plusieurs formes. Maurice Allais, à titre d’exemple, a montré que les sujets ne choisissaient pas entre plusieurs loteries de façon cohérentes (et même des prix Nobel d’économie se sont laissé avoir à son désormais célèbre paradoxe). Plus tard, Tversky et Kahneman ont montré que les sujets ne choisissent pas la même option si le problème est présenté différement (phénomène de cadrage). Récemment Tali Sharrot a mis en évidence que nos capacités d’apprentissage étaient perturbées par un incorrigible optimisme. Il ne s’agit ici que de trois exemples parmi de nombreuses mises en évidence de ce constat qui désole les économistes : l’homme n’est décidément pas rationnel dans ces choix. Il n’est d’ailleurs pas le seul puisque que le protocole des bandits-manchot, que j’ai décrit à travers l’exemple des machines à sous, consacre l’irrationalité de l’ensemble du règne animal.

Un problème, trois approches

Pour les comportementalistes, l’explication est à chercher dans les comportements d’exploration : la pression évolutive aurait sélectionné les conduites qui anticipent d’éventuelles modifications des conditions environnementales. Le sujet échange ainsi un peu d’efficacité immédiate contre de l’information qui peut lui servir plus tard. Pour les économistes la réponse est plus complexe. Il s’agit d’une incapacité à appréhender la totalité des options du problème, associée à des biais qui obscurcissent le jugement.

Mais la vraie réponse est à rechercher dans le substrat de nos décisions : le cerveau. Dans cette optique, j’aborde le problème en le réduisant à une question fondamentale : « Qu’est ce que décider à l’échelle du tissu nerveux? ». C’est là se poser la question de l’émergence du processus de décision.

«Qu’est ce que décider à l’échelle du tissu nerveux? C’est là se poser la question de l’émergence du processus de décision».

La neurodécision et le hasard

Pour étudier la décision à l’échelle des réseaux de neurones, il nous faut réduire sa définition à l’essentiel : un choix entre deux ou plusieurs options. Grâce à cette approche volontairement réductionniste, nous pouvons mettre en évidence les principes qui permettent au système nerveux de produire des décisions.

Ces principes reposent sur des processus de compétitions entre plusieurs populations de neurones, chacune permettant de produire un comportement. La sélection de l’un de ces processus aux dépens des autres se fait par l’activation de certaines populations et l’inhibition de d’autres. Mais rien ne serait possible sans le hasard.

De fait, le moteur initial qui permet au système de basculer vers une décision ou une autre repose sur un processus aléatoire. L’apprentissage permettra ensuite de favoriser la décision la plus intéressante en fonction du contexte, mais il ne contrebalancera jamais totalement cette part d’aléatoire qui est intrinsèque au système de décision. On a constaté, par exemple, que ce système comporte beaucoup plus de bruit que le cortex moteur ou visuel. Il en résulte un système sub-optimal, si l’on s’en tient à des critères purement économiques, qui est incapable d’optimiser ses choix. Mais un système bruité est-il nécessairement un inconvénient?

Une mise en perspective évolutionniste permet d’identifier le réseau qui gère des décisions très élémentaires, dès les premiers vertébrés. Ce réseau se complexifie ensuite au fur et à mesure de l’évolution. L’apparition du cortex chez les mammifères et son extraordinaire développement chez les grands singes aboutissent à des capacités d’abstraction qui culminent chez l’espèce humaine. Cependant, cela ne modifie pas l’architecture initiale du réseau de la décision, et le processus conserve sa nature stochastique, ce qui limite la capacité de l’homo sapiens à raisonner de façon rationnelle.

Paradoxalement, cette prétendue irrationalité, une sorte de neuro-principe d’incertitude, n’est peut-être pas si désavantageuse qu’on pourrait le croire, car elle permet de basculer aisément d’un état à l’autre, et de modifier une décision promptement. De fait, il s’agit du prix à payer pour conserver une grande capacité d’adaptation qui est la principale marque de fabrique de l’espèce humaine.

«Paradoxalement, cette prétendue irrationalité, une sorte de neuro-principe d’incertitude, n’est peut-être pas si désavantageuse qu’on pourrait le croire, car elle permet de basculer aisément d’un état à l’autre, et de modifier une décision promptement».

Thomas Boraud, directeur de recherches au CNRS, est un neurobiologiste spécialiste de l’activité neuronale. Il dirige une équipe de recherche à l’Institut des maladies neurodégénératives de l’université de Bordeaux dont les travaux portent sur l’identification des substrats neurobiologiques des processus de prise de décision.

Lecture : Manuel de reconstruction pour le XXIe siècle

Lecture en lien direct avec les recherches de l’IRASD.

« Le problème majeur auquel les survivants [d’une apocalypse] devront faire face, écrit Dartnell, est intrinsèque à l’organisation de nos sociétés : le savoir humain est collectif, disséminé dans l’ensemble de la population. Aucun individu pris isolément ne connaît suffisamment de choses pour perpétuer seul les processus essentiels de toute une société. »

Lewis Dartnell. Petite encyclopédie du savoir minimal pour reconstruire le monde. Traduit de l’anglais par Sébastien Guillot, JC Lattès Paris, 2015, 456 pages

http://www.ledevoir.com/culture/livres/465307/manuel-de-reconstruction-pour-le-xxie-siecle

Manuel de reconstruction pour le XXIe siècle – Le Devoir

Pour un exercice radical, Lewis Dartnell propose de se propulser, postapocalypse, au-delà de la période de grâce, une fois que les épiceries, pharmacies, magasins, entrepôts et réservoirs d’essence auront été pillés, une fois les réserves épuisées.

La sécurité civile ne se lasse pas de planifier le pire. Après le Québec se préparant à une attaque de zombies (sans blague !), c’était au tour de l’Île-de-France de sombrer théoriquement sous l’eau cette semaine. Qu’elle surgisse d’un virus, de cataclysmes ou d’une attaque, de quels savoirs aurions-nous besoin pour redevenir une civilisation en cas d’apocalypse ? Petit ABC du progrès.

Diderot voyait en sa magistrale Encyclopédie, ou dictionnaire raisonné des arts et des métiers (de 1751 à 1772) LE livre permettant de sauvegarder l’intégralité du savoir humain de l’époque, et de le transmettre. Le vulgarisateur scientifique Lewis Dartnell, aussi chargé de recherche à l’Agence spatiale britannique à la ville, s’est amusé avec humour et ambition à refaire l’exercice, façon XXIe siècle dans À ouvrir en cas d’apocalypse (JC Lattès). En creux, l’ouvrage expose l’absurdité de l’individualisme de l’humain contemporain qui, seul, n’est rien et ne peut à peu près rien.

L’apocalypse, et après ? C’est par cette boutade catastrophico-je-m’en-foutiste que ce diplômé de l’Université d’Oxford démarre son exercice mental aussi amusant qu’instructif. «Le problème majeur auquel les survivants [d’une apocalypse] devront faire face, écrit Dartnell, est intrinsèque à l’organisation de nos sociétés: le savoir humain est collectif, disséminé dans l’ensemble de la population. Aucun individu pris isolément ne connaît suffisamment de choses pour perpétuer seul les processus essentiels de toute une société.»

L’auteur rappelle à notre mémoire l’essai Moi, le crayon (1958), où l’économiste Leonard Read illustrait la métaphore de la main invisible : «Avec la dispersion des matières premières et des méthodes de production, il n’existe pas une seule personne à la surface de la Terre qui possède les compétences et les ressources nécessaires pour fabriquer même le plus simple des outils.» L’explosion depuis des communications, des transports et des échanges commerciaux a compliqué les choses, et des millions de petites mains anonymes se sont ajoutées pour tisser la toile de notre économie de marché.

Résultat ? Même les survivialistes les plus entraînés seraient fort désarmés s’ils devaient repartir de zéro, comme Thomas Thwaites en avait fait le pari en 2008 en tentant de fabriquer, à partir de rien, un objet aussi simple qu’un grille-pain. Imaginez alors reconstruire toute une société. Le bouquin, en plus de survoler une petite histoire des découvertes, propose un «b.a.-ba de la science et de la technologie qui, alors même que le savoir se spécialise toujours davantage, nous paraît souvent de plus en plus inaccessible».

Les solutions proposées par Dartnell obligent souvent à remonter le temps ; à adopter non pas les technologies les plus récentes, trop complexes ou miniaturisées, mais celles d’avant, qui ne demandent que des connaissances de base et sont moins énergivores. Une régression technologique, croit le spécialiste en astrobiologie, serait en effet un détour obligé.

Comme l’a fait la Moldavie, lors de la chute de l’Union soviétique, quand ses habitants ont récupéré les machines, devenues artefacts dans les musées (rouets, métiers à tisser, barattes) pour regagner leur autonomie. Un événement qui a aussi privé Cuba d’équipements et de combustibles fossiles, forçant le pays à redévelopper rapido sa « puissance animale » pour contrer une crise du transport et de l’agriculture mécanisée.

Plus récemment, pendant la guerre de Serbie, dans la ville de Gorazde, assiégés pendant trois ans, les habitants ont construit des installations hydroélectriques de brousse : «Des plateformes flottant sur la Drina amarrées aux ponts de la ville, agrémentées de roues à aubes improvisées actionnant des alternateurs de voiture.» Un système D, semblable aux moulins flottants médiévaux, apparus en plein milieu des années 1990.

Pour un exercice radical, Lewis Dartnell propose de se propulser, postapocalypse, au-delà de la période de grâce, une fois que les épiceries, pharmacies, magasins, entrepôts et réservoirs d’essence auront été pillés, une fois les réserves épuisées. Comment refaire de zéro ? D’abord, en se réunissant. Il faudra être légion, autant pour aspirer à repeupler la Terre que pour avoir assez de bras, afin que certains s’occupent de la production agricole pendant que d’autres travaillent à la restauration technologique. «Une population initiale d’environ 10000 individus regroupés dans une même zone», estime l’auteur, serait le minimum requis. Pour le Québec, cela équivaudrait à un taux de survie nécessaire de 1,21 %.

Les essentiels

L’agriculture devra forcément être une priorité. «Sans surplus de nourriture, aucune société ne sera en mesure de progresser, de se recomplexifier, rappelle l’essayiste. Quand faire pousser de quoi manger demeure une priorité absolue — quand c’est sa vie même qui en dépend —, on est en général beaucoup moins disposé à expérimenter de nouvelles solutions. Nombre de nations pauvres sont d’ailleurs de nos jours engluées dans ce piège.»

Deux bras pour nourrir dix bouches, permettant à 20 mains de s’activer ailleurs, semblerait un ratio productif. On comprend pourquoi Dartnell estime que la moissonneuse-batteuse reste une des inventions les plus importantes, puisqu’elle libère et allège le labeur et le labour des champs.

N’en déplaise aux gourmands, manger n’assure pas un retour à la civilisation, et les besoins sont forcément plus variés. Nombreux et urgents. Lewis Dartnell aborde, outre l’agriculture, le choix d’un lieu (oubliez les villes, visez la proximité des points d’eau), la nourriture (oubliez le café, pauvres drogués légers ; déjà le sel, le sucre et le vinaigre, essentiels à la conservation des aliments, vous demanderont bien des heures de travail), les vêtements, les substances (l’essentiel savon, qui évitera d’attraper tout ce qui passe comme virus, exigera que vous fassiez des alcalis, la potasse et la soude étant les plus faciles à produire), les matériaux (ne négligez pas le verre, vous en aurez besoin pour fabriquer votre protomicroscope, afin de relancer la médecine…), la médecine (retour à l’herboristerie à coups d’essais-erreurs, et à l’horreur des accouchements même avec vos forceps maison…), la puissance (roue à aubes, machine à vapeur, électricité, etc.), les transports, les systèmes de datation et de localisation (car il n’est pas si simple de savoir répondre au si classique « où suis-je ? »), les systèmes de mesure. Entre autres.

C’est en croisant toutes les trouvailles que cette nouvelle société créera sa propre histoire. Nos machines «complexes se résument au bout du compte à un assemblage d’éléments mécaniques de base, d’origines extrêmement diverses, mais disposés selon une configuration inédite permettant de résoudre» un nouveau problème.

Lewis Dartnell s’amuse à en faire la démonstration en démontant les principes d’une automobile. «Si vous décollez la peau d’une toute nouvelle voiture de sport, le genre à représenter pour vous le top de la technologie moderne, vous trouverez dessous tout un méli-mélo d’éléments dont l’époque de conception ne vous rajeunira guère: les roues de potier, les scieries romaines, les marteaux à bascule, les tours à bois et les clepsydres», écrit-il.

L’auteur rappelle dans la foulée que les ères de grandes avancées, où les technologies se croisent et évoluent, restent en larges parts inexplicables. Comment la Chine, avec l’invention du collier de cheval moderne, la brouette, le papier, les caractères d’imprimerie, la boussole de navigation et la poudre à canon a-t-elle pu atteindre, vers la fin du XIVe siècle, un niveau que l’Europe ne connaîtrait pas avant le XVIIIe ? Part de génie, part de hasard, part de chance.

Et, présume l’auteur, même avec les connaissances de base de notre civilisation, il est à peu près impossible qu’une nouvelle humanité reprenne le même chemin que celui qui a été emprunté. Les découvertes se feraient autrement, leurs arrimages aussi. Impossible de réécrire l’histoire, même en gardant les ingrédients et certaines recettes, car les circonstances, favorables ou non, seraient immanquablement différentes.

Toute civilisation s’érige grâce à l’accumulation, semble sous-tendre le propos de Dartnell. Accumulation de réserves alimentaires, qui laisse du temps pour penser. Accumulations de savoirs, de techniques, qui, se mariant, en produisent de nouveaux. Mais quelle est la limite ? Celle au-delà de laquelle une société chavire et passe soudainement des provisions au trop-plein, des réserves à la surconsommation létale ? À nous, peut-être, un à un et par légion, de répondre.

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