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Archives mensuelles : août 2015

Déviances comportementales des religions

Voici un excellent cas d’observation des phénomènes de stratégies comportementales psychosociales erronées induites par des concepts et mécanismes religieux associés à des croyances déconnectées de la réalité des faits.

La dérision fait parti intégrante des stratégies comportementales humaines et apparaît lorsque des concepts ou mécanismes de société sont erronés. Il s’agit d’un comportement expressif d’opposition normal qui peut être dommageable seulement s’il dégénère en intimidation qui peut s’aggraver jusqu’à des comportements violents.

Les religions sont des organisations sociales regroupant des individus partageant une même croyance. Les croyances font parti des stratégies comportementales humaines lorsque l’absence ou le manque de connaissances ou de reconnaissance de faits ne permet pas d’expliquer certains phénomènes des Environmental humain, biophysique ou social. 

Rien ni aucune loi naturelle ne justifie qu’un respect sans bornes doive être accordé aux concepts sociaux de religion et s’imposer aux comportements humains.

En aucun cas il ne peut être envisagé qu’une quelconque loi de convention sociale puisse contrevenir à des lois immuables et intransgressibles des environnements humain ou biophysique.

Interdire le comportement de dérision est aussi absurde que d’interdire à l’humain de se comporter comme un humain…

http://www.msn.com/fr-ca/actualites/quebec-canada/un-musulman-veut-interdire-la-d%C3%A9rision/ar-BBlWsuv?ocid=mailsignoutmd

Un musulman veut interdire la dérision

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© La Presse canadienne

QUÉBEC — La loi devrait explicitement interdire à quiconque de se moquer de la religion, a soutenu jeudi un des leaders de la communauté musulmane du Québec, Salam Elmenyawi.

En commission parlementaire qui étudie le projet de loi 59 sur le discours haineux, le président du Conseil musulman de Montréal a tenu des propos qui ont fait sourciller les partis d’opposition, estimant que M. Elmenyawi cherchait en fait à brimer la liberté d’expression au Québec.

Il a plaidé pour que Québec adopte la ligne dure avec son projet de loi 59, affirmant qu’il pouvait tolérer qu’on l’insulte, lui, mais jamais qu’on insulte sa religion.

Le mémoire présenté par le Conseil musulman de Montréal exhorte Québec à inclure notamment dans son projet de loi «la prévention de la dérision et le dénigrement de toute religion et de ses personnalités».

Car la liberté d’expression ne devrait pas inclure le droit de tourner en dérision une religion, a insisté M. Elmenyawi, qui ne s’exprimait qu’en anglais. Ses propos étaient traduits en français par un interprète.

La députée caquiste de Montarville, Nathalie Roy, lui a fait remarquer que son discours allait totalement à l’encontre des Chartes des droits, québécoise et canadienne, qui garantissent à toute personne le droit de s’exprimer librement.

«Vous allez loin, a commenté Mme Roy. Si on ne peut pas se moquer, si on ne peut pas rire d’une religion, quelle qu’elle soit, ça va à l’encontre de notre liberté d’expression. Ca va très, très loin ce que vous demandez.»

Le leader musulman en a rajouté, en faisant valoir que lorsqu’on tourne en dérision l’islam, «vous vous moquez de moi, vous vous moquez de ma femme, vous vous moquez du prophète, de la mère du prophète».

Et il a dit que si une personne ose insulter la mère du prophète, «c’est comme si on insultait ma mère, ça me touche, moi, personnellement».

«Vous pouvez m’insulter, moi, mais n’insultez pas ma religion!», a lancé le leader musulman aux élus réunis dans le Salon rouge de l’Assemblée nationale.

Avec le projet de loi 59, Québec veut s’attaquer aux discours haineux ou incitant à la violence, de même que prévenir les crimes dits d’honneur et les mariages forcés de jeunes filles âgées de 16 ou 17 ans.

Le projet de loi consent également davantage de pouvoir d’enquête à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), lorsqu’elle jugera qu’un groupe ou une communauté peut faire l’objet d’un discours haineux.

Québec vise donc à protéger légalement la communauté musulmane, notamment, contre d’éventuelles attaques, mais le président du Conseil musulman de Montréal juge que le projet de loi devrait être encore plus répressif.

La députée péquiste Agnès Maltais est revenue quant à elle sur le fait que M. Elmenyawi avait dénoncé la motion votée à l’unanimité à l’Assemblée nationale en vue de contrer l’implantation au Québec de tribunaux dit islamiques, en 2005.

L’initiative provenait de l’ex-députée libérale Fatima Houda-Pepin, qui cherchait ainsi à protéger les femmes musulmanes contre la charia, la loi islamique.

Jeudi, M. Elmenyawi a justifié son rejet de la motion en disant qu’il cherchait à éviter «la stigmatisation de la communauté musulmane» par l’Assemblée nationale, qui n’a pas agi de la même façon avec d’autres religions.

«Ma foi, ma religion, vous la dénigrez ainsi dans l’Assemblée nationale», a-t-il plaidé.

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Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe

Une analyse de 2011 encore plus d’actualité avec l’accélération du développement économique provoquant le ralentissement du développement humain et l’augmentation des symptômes d’instabilités précurseurs à un effondrement.

http://www.terraeco.net/Comment-vivre-moins-vite-comment,19890.html

Edgar Morin : «  Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe  »

Que faire dans cette période de crise aiguë ? S’indigner, certes. Mais surtout agir. A 90 ans, le philosophe et sociologue nous invite à résister au diktat de l’urgence. Pour lui, l’espoir est à portée de main. Entretien.

Pourquoi la vitesse est-elle à ce point ancrée dans le fonctionnement de notre société ?

La vitesse fait partie du grand mythe du progrès, qui anime la civilisation occidentale depuis le XVIIIe et le XIXe siècle. L’idée sous-jacente, c’est que nous allons grâce à lui vers un avenir toujours meilleur. Plus vite nous allons vers cet avenir meilleur, et mieux c’est, naturellement. C’est dans cette optique que se sont multipliées les communications, aussi bien économiques que sociales, et toutes sortes de techniques qui ont permis de créer des transports rapides. Je pense notamment à la machine à vapeur, qui n’a pas été inventée pour des motivations de vitesse mais pour servir l’industrie des chemins de fer, lesquels sont eux-mêmes devenus de plus en plus rapides. Tout cela est corrélatif par le fait de la multiplication des activités et rend les gens de plus en plus pressés. Nous sommes dans une époque où la chronologie s’est imposée.

Cela est-il donc si nouveau ?

Dans les temps anciens, vous vous donniez rendez-vous quand le soleil se trouvait au zénith. Au Brésil, dans des villes comme Belém, encore aujourd’hui, on se retrouve « après la pluie ». Dans ces schémas, vos relations s’établissent selon un rythme temporel scandé par le soleil. Mais la montre-bracelet, par exemple, a fait qu’un temps abstrait s’est substitué au temps naturel. Et le système de compétition et de concurrence – qui est celui de notre économie marchande et capitaliste – fait que pour la concurrence, la meilleure performance est celle qui permet la plus grande rapidité. La compétition s’est donc transformée en compétitivité, ce qui est une perversion de la concurrence.

Cette quête de vitesse n’est-elle pas une illusion ?

En quelque sorte si. On ne se rend pas compte – alors même que nous pensons faire les choses rapidement – que nous sommes intoxiqués par le moyen de transport lui-même qui se prétend rapide. L’utilisation de moyens de transport toujours plus performants, au lieu d’accélérer notre temps de déplacement, finit – notamment à cause des embouteillages – par nous faire perdre du temps ! Comme le disait déjà Ivan Illich (philosophe autrichien né en 1926 et mort en 2002, ndlr) : « La voiture nous ralentit beaucoup. » Même les gens, immobilisés dans leur automobile, écoutent la radio et ont le sentiment d’utiliser malgré tout le temps de façon utile. Idem pour la compétition de l’information. On se rue désormais sur la radio ou la télé pour ne pas attendre la parution des journaux. Toutes ces multiples vitesses s’inscrivent dans une grande accélération du temps, celui de la mondialisation. Et tout cela nous conduit sans doute vers des catastrophes.

Le progrès et le rythme auquel nous le construisons nous détruit-il nécessairement ?

Le développement techno-économique accélère tous les processus de production de biens et de richesses, qui eux-mêmes accélèrent la dégradation de la biosphère et la pollution généralisée. Les armes nucléaires se multiplient et on demande aux techniciens de faire toujours plus vite. Tout cela, effectivement, ne va pas dans le sens d’un épanouissement individuel et collectif !

Pourquoi cherchons-nous systématiquement une utilité au temps qui passe ?

Prenez l’exemple du déjeuner. Le temps signifie convivialité et qualité. Aujourd’hui, l’idée de vitesse fait que dès qu’on a fini son assiette, on appelle un garçon qui se dépêche pour débarrasser et la remplacer. Si vous vous emmerdez avec votre voisin, vous aurez tendance à vouloir abréger ce temps. C’est le sens du mouvement slow food dont est née l’idée de « slow life », de « slow time » et même de « slow science ». Un mot là-dessus. Je vois que la tendance des jeunes chercheurs, dès qu’ils ont un domaine, même très spécialisé, de travail, consiste pour eux à se dépêcher pour obtenir des résultats et publier un « grand » article dans une « grande » revue scientifique internationale, pour que personne d’autre ne publie avant eux. Cet esprit se développe au détriment de la réflexion et de la pensée. Notre temps rapide est donc un temps antiréflexif. Et ce n’est pas un hasard si fleurissent dans notre pays un certain nombre d’institutions spécialisées qui prônent le temps de méditation. Le yoguisme, par exemple, est une façon d’interrompre le temps rapide et d’obtenir un temps tranquille de méditation. On échappe de la sorte à la chronométrie. Les vacances, elles aussi, permettent de reconquérir son temps naturel et ce temps de la paresse. L’ouvrage de Paul Lafargue Le droit à la paresse (qui date de 1880, ndlr) reste plus actuel que jamais car ne rien faire signifie temps mort, perte de temps, temps non-rentable.

Pourquoi ?

Nous sommes prisonniers de l’idée de rentabilité, de productivité et de compétitivité. Ces idées se sont exaspérées avec la concurrence mondialisée, dans les entreprises, puis répandues ailleurs. Idem dans le monde scolaire et universitaire ! La relation entre le maître et l’élève nécessite un rapport beaucoup plus personnel que les seules notions de rendement et de résultats. En outre, le calcul accélère tout cela. Nous vivons un temps où il est privilégié pour tout. Aussi bien pour tout connaître que pour tout maîtriser. Les sondages qui anticipent d’un an les élections participent du même phénomène. On en arrive à les confondre avec l’annonce du résultat. On tente ainsi de supprimer l’effet de surprise toujours possible.

A qui la faute ? Au capitalisme ? A la science ?

Nous sommes pris dans un processus hallucinant dans lequel le capitalisme, les échanges, la science sont entraînés dans ce rythme. On ne peut rendre coupable un seul homme. Faut-il accuser le seul Newton d’avoir inventé la machine à vapeur ? Non. Le capitalisme est essentiellement responsable, effectivement. Par son fondement qui consiste à rechercher le profit. Par son moteur qui consiste à tenter, par la concurrence, de devancer son adversaire. Par la soif incessante de « nouveau » qu’il promeut grâce à la publicité… Quelle est cette société qui produit des objets de plus en plus vite obsolètes ? Cette société de consommation qui organise la fabrication de frigos ou de machines à laver non pas à la durée de vie infinie, mais qui se détraquent au bout de huit ans ? Le mythe du nouveau, vous le voyez bien – et ce, même pour des lessives – vise à toujours inciter à la consommation. Le capitalisme, par sa loi naturelle – la concurrence –, pousse ainsi à l’accélération permanente, et par sa pression consommationniste, à toujours se procurer de nouveaux produits qui contribuent eux aussi à ce processus.

On le voit à travers de multiples mouvements dans le monde, ce capitalisme est questionné. Notamment dans sa dimension financière…

Nous sommes entrés dans une crise profonde sans savoir ce qui va en sortir. Des forces de résistance se manifestent effectivement. L’économie sociale et solidaire en est une. Elle incarne une façon de lutter contre cette pression. Si on observe une poussée vers l’agriculture biologique avec des petites et moyennes exploitations et un retour à l’agriculture fermière, c’est parce qu’une grande partie de l’opinion commence à comprendre que les poulets et les porcs industrialisés sont frelatés et dénaturent les sols et la nappe phréatique. Une quête vers les produits artisanaux, les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, ndlr), indique que nous souhaitons échapper aux grandes surfaces qui, elles-mêmes, exercent une pression du prix minimum sur le producteur et tentent de répercuter un prix maximum sur le consommateur. Le commerce équitable tente, lui aussi, de court-circuiter les intermédiaires prédateurs. Certes, le capitalisme triomphe dans certaines parties du monde, mais une autre frange voit naître des réactions qui ne viennent pas seulement des nouvelles formes de production (coopératives, exploitations bio), mais de l’union consciente des consommateurs. C’est à mes yeux une force inemployée et faible car encore dispersée. Si cette force prend conscience des produits de qualité et des produits nuisibles, superficiels, une force de pression incroyable se mettra en place et permettra d’influer sur la production.

Les politiques et leurs partis ne semblent pas prendre conscience de ces forces émergentes. Ils ne manquent pourtant pas d’intelligence d’analyse…

Mais vous partez de l’hypothèse que ces hommes et femmes politiques ont déjà fait cette analyse. Or, vous avez des esprits limités par certaines obsessions, certaines structures.

Par obsession, vous entendez croissance ?

Oui ! Ils ne savent même pas que la croissance – à supposer qu’elle revienne un jour dans les pays que l’on dit développés – ne dépassera pas 2 % ! Ce n’est donc pas cette croissance-là qui parviendra à résoudre la question de l’emploi ! La croissance que l’on souhaite rapide et forte est une croissance dans la compétition. Elle amène les entreprises à mettre des machines à la place des hommes et donc à liquider les gens et à les aliéner encore davantage. Il me semble donc terrifiant de voir que des socialistes puissent défendre et promettre plus de croissance. Ils n’ont pas encore fait l’effort de réfléchir et d’aller vers de nouvelles pensées.

Décélération signifierait décroissance ?

Ce qui est important, c’est de savoir ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Il est évident que les villes non polluantes, les énergies renouvelables et les grands travaux collectifs salutaires doivent croître. La pensée binaire, c’est une erreur. C’est la même chose pour mondialiser et démondialiser : il faut poursuivre la mondialisation dans ce qu’elle créé de solidarités entre les peuples et envers la planète, mais il faut la condamner quand elle crée ou apporte non pas des zones de prospérité mais de la corruption ou de l’inégalité. Je milite pour une vision complexe des choses.

La vitesse en soi n’est donc pas à blâmer ?

Voilà. Si je prends mon vélo pour aller à la pharmacie et que je tente d’y parvenir avant que celle-ci ne ferme, je vais pédaler le plus vite possible. La vitesse est quelque chose que nous devons et pouvons utiliser quand le besoin se fait sentir. Le vrai problème, c’est de réussir le ralentissement général de nos activités. Reprendre du temps, naturel, biologique, au temps artificiel, chronologique et réussir à résister. Vous avez raison de dire que ce qui est vitesse et accélération est un processus de civilisation extrêmement complexe, dans lequel techniques, capitalisme, science, économie ont leur part. Toutes ces forces conjuguées nous poussent à accélérer sans que nous n’ayons aucun contrôle sur elles. Car notre grande tragédie, c’est que l’humanité est emportée dans une course accélérée, sans aucun pilote à bord. Il n’y a ni contrôle, ni régulation. L’économie elle-même n’est pas régulée. Le Fonds monétaire international n’est pas en ce sens un véritable système de régulation.

Le politique n’est-il pas tout de même censé « prendre le temps de la réflexion » ?

On a souvent le sentiment que par sa précipitation à agir, à s’exprimer, il en vient à œuvrer sans nos enfants, voire contre eux… Vous savez, les politiques sont embarqués dans cette course à la vitesse. J’ai lu une thèse récemment sur les cabinets ministériels. Parfois, sur les bureaux des conseillers, on trouvait des notes et des dossiers qualifiés de « U » pour « urgent ». Puis sont apparus les « TU » pour « très urgent » puis les « TTU ». Les cabinets ministériels sont désormais envahis, dépassés. Le drame de cette vitesse, c’est qu’elle annule et tue dans l’œuf la pensée politique. La classe politique n’a fait aucun investissement intellectuel pour anticiper, affronter l’avenir. C’est ce que j’ai tenté de faire dans mes livres comme Introduction à une politique de l’homme, La voie, Terre-patrie… L’avenir est incertain, il faut essayer de naviguer, trouver une voie, une perspective. Il y a toujours eu, dans l’Histoire, des ambitions personnelles. Mais elles étaient liées à des idées. De Gaulle avait sans doute une ambition, mais il avait une grande idée. Churchill avait de l’ambition au service d’une grande idée, qui consistait à vouloir sauver l’Angleterre du désastre. Désormais, il n’y a plus de grandes idées, mais de très grandes ambitions avec des petits bonshommes ou des petites bonnes femmes.

Michel Rocard déplorait il y a peu pour « Terra eco » la disparition de la vision à long terme…

Il a raison, mais il a tort. Un vrai politique ne se positionne pas dans l’immédiat mais dans l’essentiel. A force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. Ce que Michel Rocard appelle le « long terme », je l’intitule « problème de fond », « question vitale ». Penser qu’il faut une politique planétaire pour la sauvegarde de la biosphère – avec un pouvoir de décision qui répartisse les responsabilités car on ne peut donner les mêmes responsabilités à des pays riches et à des pays pauvres –, c’est une politique essentielle à long terme. Mais ce long terme doit être suffisamment rapide car la menace elle-même se rapproche.

Le président de la République Nicolas Sarkozy n’incarne-t-il pas l’immédiateté et la présence médiatique permanente ?

Il symbolise une agitation dans l’immédiateté. Il passe à des immédiatetés successives. Après l’immédiateté, qui consiste à accueillir le despote libyen Kadhafi car il a du pétrole, succède l’autre immédiateté, où il faut détruire Kadhafi sans pour autant oublier le pétrole… En ce sens, Sarkozy n’est pas différent des autres responsables politiques, mais son caractère versatile et capricieux en font quelqu’un de très singulier pour ne pas dire un peu bizarre.

Edgar Morin, vous avez 90 ans. L’état de perpétuelle urgence de nos sociétés vous rend-il pessimiste ?

Cette absence de vision m’oblige à rester sur la brèche. Il y a une continuité dans la discontinuité. Je suis passé de l’époque de la Résistance où j’étais jeune, où il y avait un ennemi, un occupant et un danger mortel, à d’autres formes de résistances qui ne portaient pas, elles, de danger de mort, mais celui de rester incompris, calomnié ou bafoué. Après avoir été communiste de guerre et après avoir combattu l’Allemagne nazie avec de grands espoirs, j’ai vu que ces espoirs étaient trompeurs et j’ai rompu avec ce totalitarisme-là, devenu ennemi de l’humanité. J’ai combattu cela et résisté. J’ai ensuite – naturellement – défendu l’indépendance du Vietnam ou de l’Algérie, quand il s’agissait de liquider un passé colonial. Cela me semblait si logique après avoir lutté pour la propre indépendance de la France, mise en péril par le nazisme. Au bout du compte, nous sommes toujours pris dans des nécessités de résister.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associées. Humaine tout d’abord, qui vient du fond de l’histoire et qui n’a jamais été liquidée : le camp américain de Guantánamo ou l’expulsion d’enfants et de parents que l’on sépare, ça se passe aujourd’hui ! Cette barbarie-là est fondée sur le mépris humain. Et puis la seconde, froide et glacée, fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alliées et nous sommes contraints de résister sur ces deux fronts. Alors, je continue avec les mêmes aspirations et révoltes que celles de mon adolescence, avec cette conscience d’avoir perdu des illusions qui pouvaient m’animer quand, en 1931, j’avais dix ans.

La combinaison de ces deux barbaries nous mettrait en danger mortel…

Oui, car ces guerres peuvent à tout instant se développer dans le fanatisme. Le pouvoir de destruction des armes nucléaires est immense et celui de la dégradation de la biosphère pour toute l’humanité est vertigineux. Nous allons, par cette combinaison, vers des cataclysmes. Toutefois, le probable, le pire, n’est jamais certain à mes yeux, car il suffit parfois de quelques événements pour que l’évidence se retourne.

Des femmes et des hommes peuvent-ils aussi avoir ce pouvoir ?

Malheureusement, dans notre époque, le système empêche les esprits de percer. Quand l’Angleterre était menacée à mort, un homme marginal a été porté au pouvoir, qui se nommait Churchill. Quand la France était menacée, ce fut De Gaulle. Pendant la Révolution, de très nombreuses personnes, qui n’avaient aucune formation militaire, sont parvenues à devenir des généraux formidables, comme Hoche ou Bonaparte ; des avocaillons comme Robespierre, de grands tribuns. Des grandes époques de crise épouvantable suscitent des hommes capables de porter la résistance. Nous ne sommes pas encore assez conscients du péril. Nous n’avons pas encore compris que nous allons vers la catastrophe et nous avançons à toute allure comme des somnambules.

Le philosophe Jean-Pierre Dupuy estime que de la catastrophe naît la solution. Partagez-vous son analyse ?

Il n’est pas assez dialectique. Il nous dit que la catastrophe est inévitable mais qu’elle constitue la seule façon de savoir qu’on pourrait l’éviter. Moi je dis : la catastrophe est probable, mais il y a l’improbabilité. J’entends par « probable », que pour nous observateurs, dans le temps où nous sommes et dans les lieux où nous sommes, avec les meilleures informations disponibles, nous voyons que le cours des choses nous emmène à toute vitesse vers les catastrophes. Or, nous savons que c’est toujours l’improbable qui a surgi et qui a « fait » la transformation. Bouddha était improbable, Jésus était improbable, Mahomet, la science moderne avec Descartes, Pierre Gassendi, Francis Bacon ou Galilée était improbables, le socialisme avec Marx ou Proudhon était improbable, le capitalisme était improbable au Moyen-Age… Regardez Athènes. Cinq siècles avant notre ère, vous avez une petite cité grecque qui fait face à un empire gigantesque, la Perse. Et à deux reprises – bien que détruite la seconde fois – Athènes parvient à chasser ces Perses grâce au coup de génie du stratège Thémistocle, à Salamine. Grâce à cette improbabilité incroyable est née la démocratie, qui a pu féconder toute l’histoire future, puis la philosophie. Alors, si vous voulez, je peux aller aux mêmes conclusions que Jean-Pierre Dupuy, mais ma façon d’y aller est tout à fait différente. Car aujourd’hui existent des forces de résistance qui sont dispersées, qui sont nichées dans la société civile et qui ne se connaissent pas les unes les autres. Mais je crois au jour où ces forces se rassembleront, en faisceaux. Tout commence par une déviance, qui se transforme en tendance, qui devient une force historique. Nous n’en sommes pas encore là, certes, mais c’est possible.

Il est donc possible de rassembler ces forces, d’engager la grande métamorphose, de l’individu puis de la société ?

Ce que j’appelle la métamorphose, c’est le terme d’un processus dans lequel de multiples réformes, dans tous les domaines, commencent en même temps.

Nous sommes déjà dans un processus de réformes…

Non, non. Pas ces pseudo-réformes. Je parle de réformes profondes de vie, de civilisation, de société, d’économie. Ces réformes-là devront se mettre en marche simultanément et être intersolidaires.

Vous appelez cette démarche « le bien-vivre ». L’expression semble faible au regard de l’ambition que vous lui conférez.

L’idéal de la société occidentale – « bien-être » – s’est dégradé en des choses purement matérielles, de confort et de propriété d’objet. Et bien que ce mot « bien-être » soit très beau, il fallait trouver autre chose. Et quand le président de l’Equateur Rafael Correa a trouvé cette formule de « bien-vivre », reprise ensuite par Evo Morales (le président bolivien, ndlr), elle signifiait un épanouissement humain, non seulement au sein de la société mais aussi de la nature. L’expression « bien vivir » est sans doute plus forte en espagnol qu’en français. Le terme est « actif » dans la langue de Cervantès et passif dans celle de Molière. Mais cette idée est ce qui se rapporte le mieux à la qualité de la vie, à ce que j’appelle la poésie de la vie, l’amour, l’affection, la communion et la joie et donc au qualitatif, que l’on doit opposer au primat du quantitatif et de l’accumulation. Le bien-vivre, la qualité et la poésie de la vie, y compris dans son rythme, sont des choses qui doivent – ensemble – nous guider. C’est pour l’humanité une si belle finalité. Cela implique aussi et simultanément de juguler des choses comme la spéculation internationale… Si l’on ne parvient pas à se sauver de ces pieuvres qui nous menacent et dont la force s’accentue, s’accélère, il n’y aura pas de bien-vivre. —

L’IRASD dévoile son plan de recherche

Après plusieurs mois de travail, l’IRASD diffuse son plan de recherche. Cette première version, loin d’être définitive, est plutôt évolutive et les thèmes à aborder seront bonifiés au fil de l’avancement des travaux.

Le plan de recherche de l’IRASD vise à diriger les efforts de recherche vers les divers domaines des sciences naturelles, physiques et sociales identifiées pour décrire et documenter les principaux concepts clefs définissant les environnements humain, biophysique et social pouvant contribuer à valider l’hypothèse de l’objectif principal du plan maître :

Démontrer scientifiquement que des concepts-acteurs de l’environnement social interagissent avec la nature humaine pour induire des comportements décisionnels nuisibles à la pérennité de la civilisation et de l’espèce humaine.

Objectifs du plan de recherche

  • Répondre aux questions qui permettent de décrire les environnements.
  • Circonscrire, définir et documenter la portée du plan de recherche.
  • Déterminer les domaines de spécialisation requis en sciences pures et sociales.
  • Distribuer le travail de recherche et de documentation.

Le plan sera mis à jour pour préciser des aspects des travaux ou des sujets visés.

Stéphane BrousseauDirecteur de recherche
B.Sc. Géologie
Analyste et architecte en technologies de l’information et des communications
Chercheur en architecture sociale durable

L’accroissement des instabilités, des précurseurs à l’effondrement

Les instabilités boursières du système économique monétaire à la base de la civilisation humaine ne datent pas d’hier. L’instabilité du système économique humain qui s’accentue depuis 2008 n’est qu’un symptôme des déviances comportementales induites par les concepts et mécanismes de l’organisation sociale de l’espèce.

« Les villes intensifiant la mondialisation et la mondialisation intensifiant les villes, le commerce mondial s’est multiplié par 11 entre 1980 et 2004 – de 580 milliards de dollars à plus de 6000 milliards. » – Stewart Brand, « Discipline pour la planète Terre », 2010

Lorsque les pressions exercées sur les environnements humain, biophysique et social s’accroissent simultanément, la probabilité de déstabilisation du système grandit (1), augmentant le risque d’effondrement (2). Surtout lorsque plusieurs autres variables se retrouvent sous une même pression croissante; celle de la volonté comportementale de faire croitre l’économie monétaire.

La civilisation humaine est actuellement sur un pic instable. (6) La croissance économique et les déviances comportementales psychosociales pour l’accélérer ont également engendré des pressions sur la surexploitation des ressources humaines et naturelles. (3) L’augmentation est proportionnelle à l’accroissement de la population et l’agrandissement des villes supportées par les industries en est une des conséquences.

« L’argent mène le monde! » Mais il le détruit également. L’espèce humaine est-elle suffisamment évoluée pour en prendre conscience? Est-elle suffisamment mature pour se départir de ce modèle? (4)

L’homme a déjà perdu le contrôle de son système social et il est en train de perdre le contrôle de son environnement planétaire. (1)

L’adolescence de l’espèce tire à sa fin, il est temps que l’homme se prenne en main.

La partie de plaisir est terminée, il n’y a plus de place pour le jeu.

L’action est urgente, l’acquisition de connaissances une nécessité et la réforme une obligation inévitable.

Mais l’homme est-il préparé à agir? (5)

À l’IRASD, nous préparons le terrain pour agir. Car agir n’importe comment en faisant n’importe quoi mène à de mauvaises décisions ou à de pires résultats.

Corriger ce qui a été fait avec les mêmes moyens que ce qui l’a provoqué n’est pas une bonne idée.

Introduire de nouveaux concepts et mecanismes de société exige des connaissances et un certain temps.

Nos travaux de recherche ont pour objectif de documenter des dossiers thématiques qui serviront de bases de connaissances pour réaliser l’architecture sociale des solutions pour notre civilisation.

L’IRASD forme une équipe microscopique comparée à l’ampleur de la tâche qui consiste à architecturer des modèles de fonctionnement soutenables et durables pour la société humaine.

Sans l’implication de chercheurs et de citoyens engagés, la tâche est colossale et le temps requis risque de se prolonger au-delà de l’effondrement.

(1) https://irasd.wordpress.com/2015/08/05/synthese-des-donnees-planetaires-adrastia/

(2) https://irasd.wordpress.com/2015/08/10/leffondrement-analyse-critique-du-livre/

(3) https://irasd.wordpress.com/2015/08/10/lespece-humaine-vit-au-dessus-des-capacites-de-ses-niches-ecologiques-2/

(4) https://irasd.wordpress.com/2014/11/17/letat-actuel-de-levolution-de-lespece-humaine-favorise-t-il-sa-capacite-de-survie/

(5) https://irasd.wordpress.com/2015/08/22/que-sommes-nous-censes-faire-de-nos-vies-sachant-que-nous-nous-dirigeons-vers-un-effondrement/ 

(6) https://irasd.wordpress.com/2015/08/18/le-monde-sapproche-dune-grande-catastrophe-economique-et-personne-nen-parl-e/
.

http://quebec.huffingtonpost.ca/2015/08/25/bourse-impact-canada_n_8036100.html?utm_hp_ref=canada-quebec&ir=Canada+Quebec

Dégringolade boursière: quels impacts pour le Canada?

  
En pleine dégringolade, l’indice Shanghai Composite a chuté de 37 % en deux mois et dans tout le pays, l’économie continue de tourner au ralenti. Doit-on craindre la contagion? Décryptage en cinq questions.

Un texte de Christine Bureau

1. La Bourse de Shanghai a connu hier sa pire journée depuis 2007. Son principal indice, le Shanghai Composite, a chuté de 8,5 % pour clôturer à 3209,91 points. Comment la Chine en est-elle arrivée là?

L’économie chinoise est en décélération depuis plusieurs années, un phénomène qui a récemment pris de l’ampleur. Le marché boursier s’est lui aussi écrasé au cours des derniers mois. La semaine dernière, les autorités chinoises ont voulu redonner du souffle à leurs exportations en dévaluant le yuan de 2 %. La mesure a eu l’effet contraire.

« D’abord, les autorités chinoises ont interdit les ventes à découvert puis, la semaine dernière, ils ont dévalué le yuan, leur monnaie. Ce genre de choses a été vu par les investisseurs internationaux comme un signe de désespoir », soutient le directeur général chef de la recherche pour les particuliers chez BMO Nesbitt Burns, Stéphane Rochon, pour expliquer la récente dégringolade des bourses mondiales.

Selon lui, la Chine essaie « par tous les moyens » de relancer son économie. Mais le fond du problème, lui, reste le même.

« [Les Chinois] ont une économie qui a trop de capacités. Ils ont beaucoup, beaucoup investi dans leurs capacités manufacturières, mais il n’y a pas assez de demandes globalement pour absorber toute cette production. »
Stéphane Rochon

2. Quels outils se trouvent à la portée de la Chine pour freiner la dégringolade de son marché boursier?

Pékin étudie l’option d’injecter de l’argent frais dans la Bourse de Shanghai. Avec 3,5 trillions de dollars en devises étrangères, la Chine a d’ailleurs les moyens de le faire. Mais Stéphane Rochon croit que ce sera insuffisant pour calmer les marchés.

« Ils font ça depuis un bout de temps déjà et on dirait qu’à chaque fois qu’ils le font, ça a de moins en moins d’effets positifs. Oui, ils peuvent encore [réinjecter de l’argent], mais en fin de compte, l’économie va se stabiliser là où l’économie va se stabiliser. Toutes les mesures qu’ils vont prendre, ce sont des pansements », soutient-il.

Selon lui, la Chine a plutôt intérêt à limiter ses interventions pour laisser l’économie retrouver son « point d’équilibre ». Une croissance annuelle de 10 % comme celle qu’a connue la Chine n’était pas viable à long terme de toute façon, note-t-il.

3. Peut-on parler d’une crise boursière chinoise?

« C’est une correction majeure, réplique Stéphane Rochon. Le problème, c’est que je ne vois pas d’événement catalyseur qui pourrait stabiliser [l’économie chinoise] à court terme. C’est donc possible qu’on voit plus de déclin encore, du moins dans les actions chinoises. »

Il rappelle que c’est un « momentum économique » à la baisse – c’est-à-dire tous les indices -, qui a créé le mouvement de panique sur les marchés. « Généralement, c’est ce qui fait peur aux investisseurs et c’est pour ça qu’on voit les secousses qu’on voit dans la bourse », résume-t-il.

4. Quelles répercussions aura la chute de la Bourse de Shanghai sur sa consoeur de Toronto et sur l’économie canadienne?

Les secteurs de l’énergie et miniers composent 30 % de l’indice canadien S&P/TSX. Or, ce sont justement ces secteurs qui souffrent le plus du ralentissement de la Chine et de sa dégringolade boursière.

Comme il y a peu d’investisseurs étrangers sur la Bourse de Shanghai, les entreprises canadiennes en lien avec le secteur minier et de l’énergie sont celles qui vont le plus subir les impacts financiers de cette chute, ainsi que tous les secteurs connexes, comme le marché immobilier à Calgary.

« Ce n’est pas le fait que la Chine ne consomme pas beaucoup de matières premières, explique Stéphane Rochon. Elle en consomme encore beaucoup, mais d’année en année, l’augmentation de leur consommation descend », surtout pour ce qui est des métaux de base, comme le cuivre. Le prix du pétrole est lui aussi en forte chute, bien que son prix dépende aussi des surplus de production des pays de l’OPEP et de la Russie.

« Les revenus d’impôts ou de taxes de l’Alberta vont baisser en flèche. En termes d’équilibre budgétaire, ça va faire mal au Canada, ça, c’est clair. En termes de péréquation, ça pourrait avoir un effet. »
Stéphane Rochon

Les États-Unis, malgré des marchés à la baisse de près de 8 % par rapport à leur sommet cette année, s’en tireront mieux que le Canada parce qu’ils ont un énorme marché de consommation interne, note-t-il.

5. À quoi faut-il s’attendre sur les marchés boursiers au cours des prochaines semaines?

« On peut s’attendre à beaucoup de volatilité. Ça ne veut pas dire que ça va continuer descendre à ce rythme-ci, mais une chose qui est claire, c’est qu’il va y avoir beaucoup de volatilité », estime Stéphane Rochon.

Et comme la bourse précède souvent l’économie réelle de six à neuf mois, il est probable que l’économie chinoise continue de tourner au ralenti. « La trajectoire est à la baisse et jusqu’à nouvel ordre, c’est comme ça qu’on devrait penser à l’économie chinoise », conclut-il.

Que sommes-nous censés faire de nos vies, sachant que nous nous dirigeons vers un effondrement ?

Cet article démontre clairement l’effet des déviances comportementales psychosociales résultant de l’interaction des concepts de société avec la nature humaine.

http://partage-le.com/2015/08/que-sommes-nous-censes-faire-de-nos-vies-sachant-que-nous-nous-dirigeons-vers-un-effondrement/

Que sommes-nous censés faire de nos vies, sachant que nous nous dirigeons vers un effondrement?

Article original (en anglais) publié sur le site de VICE, le 28 mars 2014.

Cela devient monnaie courante de dire que nous, « les jeunes », n’avons plus d’avenir. Nous blâmons la crise financière qui entraine des taux de chômage ahurissants ; nous blâmons ces gouvernements inefficaces qui n’ont pas intérêt à nous aider ; nous blâmons les baby-boomers qui ont refusé de léguer un peu de leur richesse aux générations suivantes ; nous blâmons les corporations qui ne fournissent que des emplois à mi-temps, précaire et uniquement dans le service et l’industrie. Et nous avons raison.

Ces problèmes viennent effacer des années de progrès et ne nous laissent qu’une existence stérile et dénuée d’enfance, dont nous ne pouvons nous échapper qu’à l’aide de jeux d’alcools, de petits-dejs chez Taco Bell, de drogues qui nous font moisir de l’intérieur, et de jeux de téléphones mobiles merdiques. Mais qu’allons-nous faire lorsque tout ça nous pètera à la gueule ?

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A gauche, un des passe-temps favoris des mal nommés pays « développés », et à droite, la vie de bien trop de gens dans le mal nommé « Tiers-monde », deux facettes de la même organisation humaine mondialisée.

Tout le monde prédit la fin des temps depuis la nuit des temps, manifestement. Dieu allait nous tuer. Puis le Diable. Puis la bombe nucléaire. Maintenant des astéroïdes, ou la mer, nous nos propres comportements de merde. Peu importe ce qui se passe, nous savons qu’un jour tout partira en fumée, et pour les médias, cette paranoïa est du pain béni, l’outil de marketing ultime. La plupart des gens se sont au moins un peu souciés de savoir comment et quand leur espèce s’éteindrait, c’est pourquoi les sectes religieuses apocalyptiques sont toujours à la mode. C’est l’attrape-nigaud de première classe, avec des rebondissements alléchants, le saint Graal des médias modernes.

Malheureusement, lorsque vous lisez le New York Times, ou n’importe quel autre journal, il ne s’agit pas de prophètes de l’apocalypse à la mords-moi-le-nœud avec des pancartes « la Fin des temps » — il s’agit de scientifiques sérieux. Cela donne du poids, non seulement aux histoires individuelles effrayantes sur les grippes aviaires, les pluies acides, mais aussi à l’ensemble de ce panel terrifiant, qui suggère que — à travers une combinaison d’avidité, de stupidité et de cruauté — nous avons réellement saccagé la planète au-delà de toute remédiation, et que le futur ressemble à un film catastrophe de Michael Bay.

La dernière étude que j’ai lu, qui était en partie financée par la NASA, « a souligné la possibilité d’un effondrement de la civilisation industrielle, dans les décennies à venir, en raison de l’exploitation insoutenable des ressources et de la hausse continue de l’inégale distribution des richesses. » Et cela selon le GUARDIAN, un journal respectable, qui, apparemment, ne peut se permettre d’écrire « NOUS SOMMES FOUTUS, NOUS SOMMES FOUTUS, AHHHHH! ». Quoi qu’il en soit, cet article est une lecture intéressante bien que peu réjouissante.

La vraie question, cependant, ne dépend pas du degré d’anéantissement de l’humanité, mais de savoir ce que nous sommes supposés faire de cette information. Y-a-t-il quelque chose que nous puissions faire ? Ou devrions-nous simplement sortir les chaises de la cave, mettre de la bière au frais, et attendre que les voisins commencent à passer les bergers allemands au barbecue ? Enfin, c’est une chose pour les vieux d’entendre que leur planète est foutue et qu’ils passeront leur âge d’or à boire de l’urine sur des radeaux de survie à la Kevin Costner, mais c’en est une autre pour les jeunes d’entendre qu’ils n’ont pas d’avenir.

Si vous avez 20 ans aujourd’hui, à quoi bon? A quoi bon les enfants, la carrière, l’arrêt de la cigarette, la construction d’une famille, l’éducation, ou tout ce qui requiert quelque effort que ce soit ? Pourquoi devrions-nous passer nos années post-adolescence à viser la stabilité matérielle, quand nous savons que cette stabilité commencera à s’effriter dans 15 ans, peu importe nos agissements ? Pourquoi ne pas simplement rester assis à sniffer du protoxyde d’azote, avoir des relations non-protégées avec des étrangers rencontrés sur Grindr et/ou Tinder ?

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Cela ne me surprendrait pas. Je ne suis pas sûr que nous soyons une génération particulièrement bonne en ce qui concerne la confrontation de la réalité, de toute façon, et il me semble maintenant que nous sommes la génération qui se retrouve avec la pire des donnes en main. L’idée de la catastrophe environnementale mondiale est si effrayante à saisir que nous courons le risque de nous retrouver comme paralysés, dans un état d’inquiétude perpétuelle, et qu’alors nous continuions à faire ce qu’on a toujours fait avant — i.e., à tout ignorer au-delà de notre weekend.

Aucun d’entre nous ne sait comment réagir face aux sinistres prédictions qui émanent régulièrement des institutions de recherche les plus respectées du monde. Il est peut-être trop tard pour stopper les effets du réchauffement climatique, bien que nous n’ayons absolument pas l’air de vouloir ralentir cet engrenage infernal ; nous sommes trop ancrés dans nos quotidiens. Les solutions semblent soit impossible, soit ont l’air de mesures symboliques trop faibles et arrivant trop tard. Nous maudissons nos ancêtres d’avoir tout foutu en l’air pour nous, mais nous rappelons alors que nous sommes la génération qui a demandé à être emmenée à l’école en voiture, à avoir de plus en plus de consoles de jeux vidéo, de téléphones mobiles et de gadgets de merde. Nous n’avons pas allumé le feu, mais nous n’avons pas non plus exactement essayé de l’éteindre.

Nous vivons donc dans un monde où nous sommes tous responsables, et il n’y a rien que nous puissions y faire. Les nouvelles de l’imminence de l’apocalypse ne deviennent qu’une chose de plus arrivant à quelqu’un d’autre, un nouvel objet pour notre indifférence et notre apathie. A quoi bon en reconnaitre l’existence ? Nous savons que les calottes polaires fondent depuis des années, mais combien d’entre nous ont changé leur mode de vie pour autant ? Continuons tel que nous sommes, et, avec un peu chance, nous nous ficherons de mourir lorsque notre tour viendra.

Bien sûr, il y a eu tout un tas de pétards mouillés et de peurs en ce qui concerne la fin du monde, beaucoup de science-fiction vacillante et très peu de faits, mais le poids écrasant des problèmes auxquels nous faisons face nous donne vraiment l’impression d’être sur la dernière ligne droite du chemin de la destruction.

Le problème, c’est que l’ignorance est bénie lorsque la recherche de la vérité implique de se rendre compte que tous vos amis et vous-mêmes êtes sur la corde raide. Si rien ne peut être fait, il semble alors aussi bien de continuer à vivre nos vies comme nous l’avons toujours fait : avec nos réseaux, avec les mêmes fréquentations, les mêmes bavardages jusqu’à ce que le soleil s’assombrisse et qu’il se mette à pleuvoir des oiseaux.

L’apathie est certainement l’émotion caractérisant le mieux notre époque. Politiquement, culturellement, dans tous les domaines-ment. Tellement que nous semblons incapables de réagir lorsque la NASA suggère que nous ne sommes qu’à quelques décennies de l’effondrement social total, et que toutes les autres agences de renseignements scientifiques suggèrent que les conditions environnementales que nous avons façonnées auront eu raison de nous bien avant.

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Tout va bien, cependant. Détendons-nous. Nous avons Angry Birds. Nous avons Drake et Rihanna. Un Starbucks ouvre bientôt à côté. Nous mourrons tous. Rien que nous puissions y faire, pas vrai ?

Clive Martin

Traduction: Nicolas Casaux

Paniquer pour le concept d’argent sans s’inquiéter de l’attrition des ressources

Voici une observation symptomatique des stratégies comportementales psychosociales induites par l’interaction entre la nature humaine et des concepts de société. Nous avons publié une analyse de Jacques Atali sur l’effondrement de l’économie mondiale (1) et les statistiques de consultation sur notre site ont explosé de 25 000%!

À première vue, cette réaction semble démontrer un attachement maladif au concept d’argent qui n’est qu’un outil virtualisé d’estimation de valeur et d’échange de produits et services (2). Cette réaction s’explique par de profondes déviances de valeurs culturelles associant l’argent et l’économie à la capacité de survie de l’espèce, alors que ce sont les ressources et infrastructures naturelles de l’environnement biophysique qui assurent cette capacité.

(1) https://irasd.wordpress.com/2015/08/18/le-monde-sapproche-dune-grande-catastrophe-economique-et-personne-nen-parl-e/

(2) https://irasd.wordpress.com/dossiers/recherches/environnement-social/analyse-et-historique-du-modele-economique-monetaire-capitaliste/

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L’humain, superprédateur destructeur d’écosystèmes

L’analyse des stratégies comportementales de l’humain comme prédateur des autres espèces révèle que les impacts de ses activités de chasse et de pêche ne sont pas soutenables pour le maintien de la biodiversité de la planète. Sans des modifications profondes de ses habitudes, une réduction de sa population est inévitable.

Cette étude ne s’attarde toutefois pas aux Premiers Peuples et tribus isolées de la civilisation, dont les traditions ancestrales favorisaient des stratégies comportementales de chasse et de pêche plus soutenables. 

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http://www.lapresse.ca/actualites/environnement/201508/20/01-4894203-letre-humain-ce-superpredateur-destructeur-decosystemes.php

L’être humain, ce superprédateur destructeur d’écosystèmes

Des poissons dans la baie d'Honolulu.... (Photo Getty Images)

Agence France-Presse
WASHINGTON

La surpêche industrielle et la chasse excessive menacent les écosystèmes surtout parce que les animaux adultes, au plus fort de leur potentiel de reproduction, sont les cibles de choix, estiment des chercheurs, plaidant pour une approche plus en harmonie avec la nature.

«Notre technologie très efficace pour tuer, nos systèmes économiques mondialisés et notre gestion des ressources donnant la priorité aux bénéfices à court terme de l’humanité, a favorisé l’émergence du superprédateur humain», explique Chris Darimont, professeur de géographie à l’université de Victoria au Canada. Il est le principal auteur de cette étude publiée jeudi dans la revue américaine Science.

«Les effets de cette approche sont aussi extrêmes que l’est notre comportement de prédateur dominant et la planète en fait les frais», déplore-t-il.

«Alors que les autres prédateurs s’en prennent principalement aux jeunes et aux plus faibles, les humains s’attaquent au capital de reproduction des espèces en chassant les adultes… Une pratique particulièrement marquée dans la pêche.»

Tom Reimchen
professeur de biologie à l’université de Victoria

Pour évaluer la nature et l’étendue de la prédation humaine comparée à celle des animaux, les chercheurs ont analysé 2125 espèces de prédateurs marins et terrestres.

Ils ont conclu que les humains chassent de préférence les poissons et mammifères adultes dans l’océan à un taux quatorze fois supérieur à celui des autres prédateurs marins.

Les hommes chassent et abattent également les grands carnivores terrestres comme les ours, les loups et les lions neuf fois plus que ces derniers s’entretuent dans la nature.

«Alors que les autres prédateurs s’en prennent principalement aux jeunes et aux plus faibles, les humains s’attaquent au capital de reproduction des espèces en chassant les adultes… Une pratique particulièrement marquée dans la pêche», précise Tom Reimchen, professeur de biologie à l’université de Victoria, un des principaux co-auteurs de cette étude.

Et comme le montre la théorie de l’évolution de Darwin, le fait d’éliminer les poissons les plus grands et les plus productifs favorise les individus plus petits qui se développent lentement, relèvent ces scientifiques.

Mais les chercheurs reconnaissent aussi qu’un changement fondamental soudain des pratiques actuelles de la pêche pour adopter une technique de capture de poissons plus en phase avec la nature serait impossible car cela entraînerait une réduction des prises actuelles de 80 à 90% au niveau mondial.

Toutefois, souligne Thomas Rymkin, en prenant en compte ses avantages à long terme, une telle approche pourrait être envisagée graduellement.

Dans une analyse de l’étude, publiée également dans Science, Boris Worn, biologiste de l’université Dalhousie à Halifax, abonde dans ce sens. Il relève que les sociétés humaines «sont dotées de la capacité unique d’analyser l’impact de leurs actions et d’ajuster leur comportement pour en minimiser les conséquences néfastes».

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http://www.sciencemag.org/content/349/6250/858.full

The unique ecology of human predators

An anomalous and unbalanced predator

In the past century, humans have become the dominant predator across many systems. The species that we target are thus far in considerable decline; however, predators in the wild generally achieve a balance with their prey populations such that both persist. Darimont et al. found several specific differences between how humans and other predatory species target prey populations (see the Perspective by Worm). In marine environments, for example, we regularly prey on other predator species. These differences may contribute to our much larger ecological impact when compared with other predators.

Science, this issue p. 858; see also p. 784

Paradigms of sustainable exploitation focus on population dynamics of prey and yields to humanity but ignore the behavior of humans as predators. We compared patterns of predation by contemporary hunters and fishers with those of other predators that compete over shared prey (terrestrial mammals and marine fishes). Our global survey (2125 estimates of annual finite exploitation rate) revealed that humans kill adult prey, the reproductive capital of populations, at much higher median rates than other predators (up to 14 times higher), with particularly intense exploitation of terrestrial carnivores and fishes. Given this competitive dominance, impacts on predators, and other unique predatory behavior, we suggest that humans function as an unsustainable “super predator,” which—unless additionally constrained by managers—will continue to alter ecological and evolutionary processes globally.

Humans have diverged from other predators in behavior and influence. Geographic expansion, exploitation of naïve prey, killing technology, symbioses with dogs, and rapid population growth, among other factors, have long imposed profound impacts—including widespread extinction and restructuring of food webs and ecosystems—in terrestrial and marine systems (13). Despite contributions from the “sustainable exploitation” paradigm (4), contemporary humans can rapidly drive prey declines (57), degrade ecosystems (8, 9), and impose evolutionary change in prey (10, 11). Owing to long-term coevolutionary relationships that generally limit exploitation rates, especially on adult prey, these are extreme outcomes that nonhuman predators seldom impose. Meanwhile, whether present and future exploitation can be considered sustainable is hotly contested, especially in fisheries. Debate has been largely restricted to elements of the sustainable exploitation model, namely, a model of prey abundance and yields to humanity (e.g., 12, 13).

Here, we approach the notion of sustainable exploitation differently by asking whether humans—extreme in their impacts—are extreme in their predatory behavior (14, 15). Previous work has variously estimated exploitation by humans, nonhuman predators, or both, but systematic comparisons have focused on specific taxa or regions, have lumped all predators together, have been reconstructed indirectly, and/or did not include age classes (e.g., 14, 16, 17). We address these limitations with data spanning wildlife, tropical wild meat, and fisheries systems (data files S1 and S2). We examine variation in annual finite exploitation rates of marine fishes from every ocean (n = 1494 estimates, 282 species from 110 communities) and terrestrial mammals from every continent except Antarctica (631 estimates, 117 species from 179 communities) (fig. S1 and tables S1 and S2) by predator type (humans versus nonhuman), ecosystem (marine versus terrestrial), region, and trophic level. We focus on adult prey because hunters and fishers overwhelmingly target adults (18). We complement this quantitative assessment by identifying additionally unique predatory behaviors by humans that (i) facilitate the large differences in exploitation rates we detect and (ii) elicit the manifold consequences of humanity’s predatory hegemony.

Differences in exploitation rates between hunters and terrestrial predators varied among comparisons. Globally and pooled across trophic levels, exploitation rates by hunters (median = 0.06) did not differ from those of carnivores [median = 0.05; Wilcoxon test W = 46076, Padj(2) = 0.11] (Fig. 1A and figs. S2A and S3A). A paired comparison over shared prey within the same community, however, revealed that hunters exploit at higher rates than the highest-exploiting terrestrial predator [paired Wilcoxon test V = 929, Padj(2) = 0.03] (fig. S3B). Additionally, a similar paired comparison showed that the median proportion of mortality (an independent metric) caused by hunters (0.35) was 1.9 times that (0.19) caused by all other predators combined (paired Wilcoxon test V = 1605, P = 0.004) (Fig. 1B).

  
Fig. 1 Patterns of exploitation by human and nonhuman predators on adult prey.

(A) Complementary cumulative distribution functions showing the probability of predators exploiting prey at a rate (R) greater than or equal to a given annual finite exploitation rate (r), on the basis of the number of available individuals in populations (terrestrial mammals) or biomass (marine fishes). (B) Proportion of annual mortality caused by hunters and all other (i.e., aggregated) terrestrial predators consuming the same prey population. (C and D) Exploitation rates of human and nonhuman predators across trophic levels in (C) terrestrial and (D) marine systems. Whiskers represent distance from upper and lower quartiles to largest and smallest nonoutliers. [Art by T. Saxby, K. Kraeer, L. Van Essen-Fishman/ian.umces.edu/imagelibrary/ and K. Eberlins/123rf.com]

Trophic level and regional analyses (across taxa and areas with abundant data) revealed additional patterns. Although globally pooled comparisons showed that hunters and terrestrial predators exploited herbivores (artiodactyls) at similar rates [W = 14751, Padj(9) = 1.00] (Fig. 1C), hunters in North America and Europe exploited herbivores at median rates 7.2 and 12.5 times those of hunters in Africa [both Padj(9) < 0.04]; rates did not differ statistically between hunters and terrestrial predators within any of the regions (fig. S4A). Globally, hunters exploited mesocarnivores [W = 248, Padj(9) = 0.03] and large carnivores [W = 181, Padj(9) < 0.001] at higher rates than nonhuman predators by factors of 4.3 and 9.2, respectively (Fig. 1C). Remarkably, hunters exploited large carnivores at 3.7 times the rate that they killed herbivores [W = 2697, Padj(9) < 0.001] (Fig. 1C).

Fisheries exploited adult prey at higher rates than any other of the planet’s predators (Fig. 1A and fig. S2B). Among nonhuman predators across all oceans, 50% of exploitation rates were less than 1% of annual adult biomass. In contrast, fisheries exploited more than 10% of adult biomass in 62% of cases. Overall, the median fishing rate (0.14) was 14.1 times the take (0.01) by marine predators [W = 83614, Padj(2) < 0.001] (fig. S3A). In paired comparisons, median fisheries exploitation (0.17) was 3.1 times the median rate (0.06) by the highest exploiting marine predator of the same prey [V = 382, Padj(2) = 0.02] (fig. S3B). At all trophic levels, humans killed fishes at higher rates than marine predators [all Padj(9) < 0.04] (Fig. 1D), but there were no differences in take by each predator across trophic levels [all Padj(9) ≥ 0.5]. Pooling all trophic levels, the median rate of Atlantic fisheries exploitation (0.20) was 2.9 times that of Pacific fisheries [median = 0.07, W = 6633, Padj(4) < 0.001] (fig. S4B).

Although our varied data set could impose biases in both directions (supplementary text), we reveal striking differences in exploitation rates between nonhuman predators and contemporary humans, particularly fishers and carnivore hunters. Interactions between human and natural systems likely underlie patterns. For example, global seafood markets, industrial processing, relatively high fecundity among fishes, and schooling behavior could, in part, explain the particularly high fisheries take, whereas gape limitation by piscivores and a generally species-rich marine environment might explain why marine predator rates are comparatively low. Higher human densities and reduced fish biomass (from longer exploitation) likely explain higher fishing rates in the Atlantic versus Pacific oceans. Moreover, motivations to kill typically inedible carnivores for trophy and competitive reasons [intraguild predation; (7)] are evidently powerful and drive acutely high rates. Although, in terms of numbers, it is easy to exploit high proportions of (less abundant) carnivore populations, the implications remain profound (below). In addition, whereas declines in tropical wild meat (5) might predict an opposite pattern, lower hunting rates of African herbivores could relate to simpler technology, less reporting, and/or longer adaptation to human predation.

Whereas sociopolitical factors can explain why humans repeatedly overexploit (19), cultural and technological dimensions can explain how. Human predatory behavior evolved much faster than competing predators and the defensive adaptations of prey (20). Indeed, division of labor, global trade systems, and dedicated recreational pursuit have equipped highly specialized individuals with advanced killing technology and fossil fuel subsidy that essentially obviate energetically expensive and formerly dangerous search, pursuit, and capture. Moreover, agri- and aquaculture, as well as an ever-increasing taxonomic and geographic niche, leave an enormous and rapidly growing human population demographically decoupled from dwindling prey. In fact, low prey abundance can drive aggressive exploitation, because of the increased economic value of rare resources (21).

Emerging evidence suggests that the consequences of dominating adult prey are considerable. For example, human preference for large ornaments and/or large body size has fundamentally altered the selective landscape for many vertebrates. Not only can this rapidly alter morphological and life-history phenotypes (11), the resulting changes can modify the reproductive potential of populations (22) and ecological interactions within food webs [e.g., (23)]. In addition, owing to different behavior (e.g., age-class preferences and seasonality of exploitation), hunters likely cannot substitute for carnivores as providers of ecological services [e.g., regulation of disease and wildfire (7, 9), as well as mesopredator control (8, 24)]. Finally, less explored is the potentially substantial impact of prey biomass removal from ecosystems; global trade and sanitation systems shunt energy and nutrients from food webs of provenance to distant landfills and sewers.

These implications, the high exploitation rates that drive them, and the broadest taxonomic niche of any consumer uniquely define humans as a global “super predator.” Clearly, nonhuman predators influence prey availability to humans [e.g., (25)]. But overwhelmingly these consumers target juveniles (18), the reproductive “interest” of populations. In contrast, humans—released from limits other predators encounter—exploit the “capital” (adults) at exceptionally high rates. The implications that can result are now increasingly costly to humanity (26) and add new urgency to reconsidering the concept of sustainable exploitation.

Transformation requires imposing limits of humanity’s own design: cultural, economic, and institutional changes as pronounced and widespread as those that provided the advantages humans developed over prey and competitors. This includes, for example, cultivating tolerance for carnivores (7), designing catch-share programs (27), and supporting community leadership in fisheries (28). Also key could be a new definition of sustainable exploitation that focuses not on yields to humanity but rather emulates the behavior of other predators (14). Cultural, economic, and technological factors would make targeting juvenile prey challenging in many cases. Aligning exploitation rates on adults with those of competing predators, however, would provide management options between status quo exploitation and moratoria. Recent approaches to resolve controversies among fisheries scientists reveal how distant such predator-inspired management prescriptions are now. For example, although the mean “conservative” fishing rate estimated to rebuild multispecies fisheries across 10 ecosystems (0.04) is one-fourth their maximum sustainable yield rates (0.16) (13), it remains 4 times the median value we estimated among marine predators globally (0.01). Consequently, more aggressive reductions in exploitation are required to mimic nonhuman predators, which represent long-term models of sustainability (14).

Supplementary Materials

  • Received for publication 24 April 2015.
  • Accepted for publication 13 July 2015.

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  2. Acknowledgments: We thank M. Arseneau, L. Grant, H. Kobluk, J. Nelson, and S. Leaver for data collection; L. Reshitnyk for creating fig. S1; and P. Ehlers and J. Ehlers for statistical assistance. S. Anderson, J. Baum, T. Branch, J. Brashares, A. Calestagne, S. Carlson, T. Davies, D. Kramer, T. Levi, J. Reynolds, and the “Ecology@UVic” discussion group offered insight on drafts. We thank the Raincoast Conservation, Tula, Wilburforce, and Willowgrove Foundations. C.T.D. and T.E.R. acknowledge Natural Sciences and Engineering Research Council of Canada Discovery Grant 435683 and National Research Council Canada Operating Grant 2354, respectively. Data and R code available in Dryad (doi:10.5061/dryad.238b2). T.E.R. conceived of the idea and created the preliminary data set. C.T.D., H.M.B., C.H.F., and T.E.R. designed the research. C.T.D. led data collection and project management. H.M.B., C.T.D., and C.H.F. conducted analyses. C.T.D., C.H.F., H.M.B., and T.E.R. wrote the manuscript.